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		<title>Douleurs d'&#226;me</title>
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		<dc:date>2020-02-13T11:33:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;ventail des souffrances psychiques n'est pas bien &#233;tendu. Sur ce point, la nature ne s'est pas montr&#233;e des plus inventives. Derri&#232;re une vari&#233;t&#233; apparente de douleurs morales all&#233;gu&#233;es, il n'existe, en effet, qu'un nombre r&#233;duit de grandes souffrances psychiques de base. Toujours les m&#234;mes ? ; la folie ordinaire, comme disait l'&#233;crivain am&#233;ricain Charles Bukowski. Passons donc en revue ces douleurs de l'&#226;me fondamentales. &lt;br class='autobr' /&gt; La souffrance li&#233;e &#224; hier &lt;br class='autobr' /&gt; Lorsqu'un individu tend &#224; se promener davantage dans (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Psycho-.html" rel="directory"&gt;Articles Psycho&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;ventail des souffrances psychiques n'est pas bien &#233;tendu. Sur ce point, la nature ne s'est pas montr&#233;e des plus inventives. Derri&#232;re une vari&#233;t&#233; apparente de douleurs morales all&#233;gu&#233;es, il n'existe, en effet, qu'un nombre r&#233;duit de grandes souffrances psychiques de base. Toujours les m&#234;mes ? ; la folie ordinaire, comme disait l'&#233;crivain am&#233;ricain Charles Bukowski. Passons donc en revue ces douleurs de l'&#226;me fondamentales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_361 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L251xH201/douleurs_d_ame-4dc7a.jpg?1698809110' width='251' height='201' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e &#224; &lt;i&gt;hier&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Lorsqu'un individu tend &#224; se promener davantage dans le pass&#233; que dans le pr&#233;sent, lorsque le jadis le retient, l'englue m&#234;me, lorsque le temps s'est arr&#234;t&#233; au cadran de sa montre (comme disait si bien Aragon), c'est un v&#233;cu de &lt;i&gt;d&#233;pressivit&#233;&lt;/i&gt; qui risque, alors, de s'emparer de lui. Et ce principalement au travers du sentiment de &lt;i&gt;culpabilit&#233;&lt;/i&gt;, lequel caract&#233;rise une souffrance psychique bien sp&#233;cifique : la &lt;i&gt;d&#233;pressivit&#233; de type anxieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de culpabilit&#233; est &#224; la base du remords (le sujet se reproche d'avoir fait ce qu'il ne fallait pas faire) ainsi que du regret (le sujet se reproche, au contraire, de ne pas avoir fait ce qu'il fallait faire). Dans un cas comme dans l'autre &#8212; &#171; kidnapp&#233; &#187; comme il l'est par autrefois &#8212;, l'individu se voit contraint de constamment comparer, de mani&#232;re compulsive, sa v&#233;ritable histoire avec celle qu'il s'&#233;tait racont&#233;e&#8230; l'&#233;cart entre les deux creusant in&#233;vitablement le lit de son abattement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, la situation inverse existe &#233;galement : dans ce cas de figure, rien n'arrive &#224; la cheville du pass&#233;, rien n'&#233;gale les &lt;i&gt;good old days&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Oldies but goodies&lt;/i&gt;, ou m&#234;me &lt;i&gt;goldies&lt;/i&gt;, proclament certaines pochettes de &#171; vieux machins &#187;) ?! Cette autre souffrance, pareillement li&#233;e &#224; hier, mais sur le mode de l'id&#233;alisation positive cette-fois, porte le nom, vous l'aurez compris, de &lt;i&gt;nostalgie&lt;/i&gt; (et comme disait Simone Signoret : &#171; La nostalgie n'est plus ce qu'elle &#233;tait &#187; ?!)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e &#224; &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Lorsqu'un individu ne vit que dans la bande extr&#234;mement &#233;troite &#8212; fine comme du papier &#224; cigarette &#8212; m&#233;nag&#233;e par l'instant pr&#233;sent, lorsque tout se concentre, pour lui, sur le &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt;, c'est &#224; nouveau un v&#233;cu de d&#233;pressivit&#233; qui se met &#224; le guetter&#185;. Mais d'une tout autre nature cette fois. Alors que la d&#233;pressivit&#233; li&#233;e &#224; hier repose sur le &#171; mal faire &#187;, celle li&#233;e &#224; maintenant repose sur le &#171; mal &#234;tre &#187;. Je ne suis, en effet, qu'ici et maintenant. Je ne suis ni hier ni demain (voil&#224;, d'ailleurs, le cr&#233;do des th&#233;rapies existentielles, Gestalt en t&#234;te). Du sentiment de culpabilit&#233;, l'on glisse ainsi vers le sentiment de &lt;i&gt;honte&lt;/i&gt;. C'est d'&#234;tre qui il est qui pose fondamentalement probl&#232;me au sujet &#171; scotch&#233; &#187; &#224; l'instant pr&#233;sent. Ou, plus exactement, qui il est dans le regard de l'autre (alors que dans le cas de la d&#233;pressivit&#233; par culpabilit&#233;, c'est le regard port&#233; par l'individu lui-m&#234;me [sur ses actions, et non sur sa personne] qui l'abat). Une douleur de niveau sup&#233;rieur, donc, puisque c'est l'identit&#233; qui est, ici, attaqu&#233;e. On parle, dans ce cas, de &lt;i&gt;d&#233;pressivit&#233; de type narcissique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Vous avez probablement d&#233;j&#224; eu l'occasion d'entendre, ici ou l&#224;, que la centration sur l'ici et maintenant est un exercice chaudement recommand&#233; par de nombreuses disciplines visant le mieux-&#234;tre, que leur origine soit orientale ou occidentale. C'est que ladite centration permet de soulager les souffrances li&#233;es au pass&#233; et au futur, les plus communes, historiquement. Mais le mieux &#233;tant souvent l'ennemi du bien, l'exc&#232;s de hic et nunc nuit &#233;galement. Et ceci est d'autant plus vrai &#224; une &#233;poque o&#249; la souffrance li&#233;e &#224; maintenant est en constante augmentation (depuis quelques d&#233;cennies, en effet, honte et ennui se trouvent &#234;tre, dans nos soci&#233;t&#233;s postmodernes, les sources les plus fr&#233;quentes d'abattement).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	Pour corser le tout, la capture du sujet par l'ici et maintenant, et son in&#233;vitable factualit&#233;, tend &#224; g&#233;n&#233;rer chez lui un v&#233;cu de &#171; &lt;i&gt;d&#233;pressivit&#233; en creux&lt;/i&gt; &#187;. Lequel repose sur un sentiment de vacuit&#233;&#8230; vide engendrant, &#224; son tour, un insupportable &lt;i&gt;ennui&lt;/i&gt;, un manque cruel de sens et d'intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien entendu, la dichotomie : hier/souffrance du &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; &#8212; aujourd'hui/souffrance du &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt;, est r&#233;ductrice ? ; mais elle permet, n&#233;anmoins, de penser les choses de mani&#232;re plus claire. Dans la r&#233;alit&#233;, ces deux souffrances sont davantage entrem&#234;l&#233;es, vous vous en doutez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e &#224; &lt;i&gt;tout de suite&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Lorsqu'un individu se montre obnubil&#233; &#8212; fascin&#233; m&#234;me &#8212; par l'instant d'apr&#232;s, lorsque son horizon se r&#233;sume &#224; un minuscule point de mire juste devant lui, lorsque le futur imm&#233;diat l'emprisonne, c'est un acc&#232;s aigu de tension qui risque, alors, de se saisir de lui. Une tension paroxystique, tant physique que psychique, commun&#233;ment appel&#233;e &lt;i&gt;angoisse&lt;/i&gt;. Toute l'attention riv&#233;e soit sur l'obtention de r&#233;sultats ultra-rapides (performances imm&#233;diates, satisfactions instantan&#233;es) soit sur l'&#233;vitement de quelque &#233;v&#233;nement aversif, c'est l'angoisse de mort &#8212; d&#233;maquill&#233;e, &#224; visage d&#233;couvert &#8212; que le sujet doit, alors, affronter en combat singulier. Duel stup&#233;fiant, sid&#233;rant, en compagnie de l'angoisse de la mort imminente : &#171; la seconde d'apr&#232;s, je serai peut-&#234;tre d&#233;j&#224; mort&#185; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Des suites d'une rupture d'an&#233;vrisme, d'un arr&#234;t cardiaque, d'un accident domestique, d'un accident de voiture, d'une piq&#251;re de gu&#234;pe, etc.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	Profitons-en pour noter que la soci&#233;t&#233; actuelle &#8212; laquelle pr&#244;ne le tout-tout-de-suite, sacrifie au culte de l'imm&#233;diatet&#233; &#8212; passe son temps &#224; &#171; d&#233;s&#233;paissir le temps &#187;, nous privant ainsi de notre meilleur rempart contre l'angoisse de la mort imminente. Et si notre &#233;poque est devenue &#224; ce point anxiog&#232;ne, ce ne peut &#234;tre qu'&#224; dessein ?! Il faut bien que nous trouvions un avantage cons&#233;quent, un b&#233;n&#233;fice substantiel &#224; r&#233;tr&#233;cir de la sorte &#8212; par le truchement de la culture &#8212; notre sensation de dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e &#224; &lt;i&gt;demain&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Lorsqu'un individu vit davantage dans le futur que dans le pr&#233;sent, lorsque demain le captive, et apr&#232;s-demain le passionne, c'est l'&lt;i&gt;anxi&#233;t&#233;&lt;/i&gt; qui risque, alors, de se trouver au rendez-vous : un &#233;tat chronique de tension (davantage psychique que physique). Car le futur est incertain, et parce que rien ne permet jamais de r&#233;duire totalement cette incertitude. Le sujet en est r&#233;duit, par cons&#233;quent, &#224; ruminer des id&#233;es obs&#233;dantes : &#171; pourvu que tel &#233;v&#233;nement funeste ne se produise pas ?! &#187;, &#171; pourvu que tel &#233;v&#233;nement souhaitable se produise ?! &#187; (et si tel &#233;tait le cas, &#171; pourvu qu'il se produise le plus rapidement possible ?! &#187;). Et l'inqui&#233;tude de faire cort&#232;ge, &lt;i&gt;ad libitum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par parenth&#232;ses, notons que la notion de d&#233;sir est calqu&#233;e toute enti&#232;re sur cette m&#234;me dynamique : &#171; lorsque j'aurai, enfin, ce qui me manque, la vie ne sera plus qu'une euphorie perp&#233;tuelle &#187;&#8230; l'attraction des lendemains qui chantent, le magn&#233;tisme des miroirs aux alouettes. Un &#233;tat de tension permanent ?! Voil&#224; pourquoi, d'ailleurs, le bouddhisme a centr&#233; toute sa pratique de mieux-&#234;tre sur la notion d'extinction des d&#233;sirs. En &#233;teignant les d&#233;sirs, c'est le feu de l'anxi&#233;t&#233; que l'on &#233;teint par la m&#234;me occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e &#224; l'&lt;i&gt;unification de soi&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un des apports significatifs de Freud est, certainement, la formalisation du concept d'&lt;i&gt;ambivalence affective&lt;/i&gt;. Le contraire de l'amour n'est pas la haine, mais bien l'indiff&#233;rence. La haine est du c&#244;t&#233; de l'amour, toujours : celui de l'investissement affectif. Voil&#224; pourquoi plus je suis capable d'aimer quelqu'un, plus je suis capable de le d&#233;tester ?! L'intensit&#233; de l'investissement demeure, les valences permutent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	J'ai, du reste, une excellente raison de ha&#239;r la personne que j'adore ? ; d'embl&#233;e, avant m&#234;me qu'elle n'ait fait ou dit quoi que ce soit. Il me suffit, pour cela, de mesurer &#224; quel point la relation qui m'unit &#224; elle me plonge, &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt;, dans une intol&#233;rable d&#233;pendance affective. D'un simple geste, d'un simple mot, la personne aim&#233;e a le pouvoir de faire de moi la personne la plus heureuse, ou la plus mis&#233;rable du monde ?! Je lui en veux terriblement pour cela&#8230; Puis, je m'en veux de lui en vouloir ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ainsi donc, le prix &#224; payer pour l'acc&#232;s &#224; l'unification de soi est le conflit int&#233;rieur (l'amour qui engendre la haine, la haine qui engendre la culpabilit&#233;), le d&#233;chirement &#233;motionnel entrain&#233; par ma capacit&#233; &#224; &#233;prouver, pour la personne aim&#233;e, des sentiments si contradictoires. D&#233;chirement engendr&#233; par ma propension &#224; te ha&#239;r, toi mon amour, toi mon fils, toi ma m&#232;re, toi ma s&#339;ur, toi mon mari, toi ma fid&#232;le amie&#8230; au point, parfois, de souhaiter ta mort ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e &#224; la &lt;i&gt;comparaison&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il suffit souvent d'un simple regard jet&#233; sur l'assiette du voisin (comme dit le proverbe), et c'est parti : nous nous heurtons, instantan&#233;ment, aux tortures engendr&#233;es par la &lt;i&gt;convoitise&lt;/i&gt;, aux supplices inflig&#233;s par l'envie. Cette souffrance se manifeste d&#232;s que nous constatons que l'autre poss&#232;de quelque chose que nous ne poss&#233;dons pas. Et nous voil&#224; submerg&#233;s par la rage de nous approprier ladite chose, de la poss&#233;der &#224; notre tour, co&#251;te que co&#251;te. Car la chose est bizarrement devenue hautement int&#233;ressante, et nous nous sentons d&#233;sormais incomplets sans elle. Le bonheur ne passera plus que par elle ?! Nous nous sommes cr&#233;&#233; un faux besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La souffrance de la comparaison appara&#238;t typiquement au sein des relations de type fraternel (&#171; tu as re&#231;u plus que moi, alors que nous sommes tous deux du m&#234;me rang &#187;), que celles-ci soient r&#233;elles (au sein m&#234;me d'une fratrie, donc) ou symboliques (en r&#233;f&#233;rence &#224; un sentiment de fraternit&#233;, ce qui est la situation la plus fr&#233;quente). &#171; L'herbe est toujours plus verte ailleurs &#187;, dit encore la sagesse populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e &#224; l'&lt;i&gt;existence du tiers&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Sur le plan relationnel, le d&#233;veloppement psychologique d'un individu se marque par le passage d'une conception dyadique de la relation (sur le mode : &#171; il y a moi, ma m&#232;re, moi pour ma m&#232;re, ma m&#232;re pour moi&#8230; et rien d'autre &#187;) &#224; une conception triadique (&#171; il y a moi, la personne aim&#233;e et le reste du monde ? ; ce dernier faisant office de tiers, tant pour moi que pour la personne aim&#233;e &#187;). Dans cette conception du lien plus &#233;labor&#233;e, il me faut donc supporter cette r&#233;alit&#233; &#8212; &#244; combien p&#233;nible &#8212; que la personne aim&#233;e n'est pas l&#224; exclusivement pour moi. Et celle-ci est somm&#233;e de faire exactement la m&#234;me chose avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre du tiers (sa prise en compte, plus exactement) sp&#233;cifie un stade de croissance psycho-affective r&#233;put&#233; crucial par la psychanalyse. Freud l'a baptis&#233; complexe d'&#338;dipe (&#171; complexe &#187;, dans l'acception : &#171; ensemble organis&#233; &#187;&#8230; de repr&#233;sentations mentales et d'affects). Et, dans le m&#234;me temps, cette rencontre fait na&#238;tre une souffrance inconnue jusque-l&#224; : la &lt;i&gt;jalousie&lt;/i&gt;. D&#233;sormais, il y aura toujours un g&#234;neur, une troisi&#232;me roue au carrosse, un emp&#234;cheur d'aimer en rond. Et il va falloir apprendre &#224; composer avec ce rival. Selon Freud, cet apprentissage se compl&#232;te en deux temps : vers l'&#226;ge de six ans d'abord, &#224; la fin de l'adolescence ensuite ? ; les deux &#233;tapes de la r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe. Mais, en pratique, cette r&#233;solution est loin d'&#234;tre compl&#232;te : l'apprentissage reste souvent (nous ne le savons que trop bien) fort lacunaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e &#224; la &lt;i&gt;perte&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'homme est totalement d&#233;muni face aux &#171; jamais plus &#187;. Il n'est tout simplement pas outill&#233; pour supporter ce genre d'&#233;preuve ?! Il n'a pas re&#231;u, &#224; la naissance, le mode d'emploi d&#233;volu au bon usage du &lt;i&gt;renoncement&lt;/i&gt;. C'est pourquoi il utilise un subterfuge : il renonce sans renoncer. Ce que la psychodynamique appelle le travail de deuil, ou encore la technique des r&#233;sidus : &#171; j'int&#232;gre (&#8220;incorpore&#8221;, plus exactement) certaines &#8220;reliques&#8221; de l'objet perdu &#8212; des traits saillants (opinions, go&#251;ts, expressions verbales, valeurs, r&#244;les, statuts, rituels, mythes, look, etc.), que je survalorise &#8212;, et je les fais ensuite revivre &#224; travers moi &#187;. La personne perdue restera de la sorte constamment avec moi (&#171; dans &#187; moi) &#224; tout jamais ?! Ce processus repose sur l'utilisation d'un m&#233;canisme de d&#233;fense du Moi important : l'introjection (la capacit&#233; &#224; faire siennes certaines caract&#233;ristiques de l'autre [le contraire de la projection]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le travail de deuil n'est pas toujours couronn&#233; de succ&#232;s. Il se r&#233;v&#232;le souvent parcellaire, voire pathologique (c'est-&#224;-dire bloqu&#233;). Qui plus est, tout type de renoncement peut &#234;tre source de souffrance : un deuil, en effet, peut &#234;tre r&#233;el, mais &#233;galement symbolique ou imaginaire. Ainsi donc, se marier &#233;quivaut &#224; se confronter au deuil du c&#233;libat (et de la libert&#233; qui le caract&#233;rise) ? ; emm&#233;nager en couple dans une belle demeure, c'est se r&#233;soudre &#224; faire le deuil du petit appartement charmant des d&#233;buts, de son c&#244;t&#233; pratique et des moments boh&#232;mes et romantiques qui y sont attach&#233;s ? ; concevoir un premier enfant revient &#224; faire le deuil du couple exclusivement conjugal, auto-suffisant et structur&#233; prioritairement sur le mode de la s&#233;duction et de l'&#233;rotisme, etc. Toute situation de rupture, tout changement brusque, tout choix de cons&#233;quence peut, en v&#233;rit&#233;, &#234;tre assimil&#233; &#224; une exp&#233;rience de perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le travail de deuil est insuffisant, les souffrances r&#233;siduelles se d&#233;clinent alors au pluriel : sentiment de solitude, d'abandon, de manque, d'incompl&#233;tude, de castration, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e au &lt;i&gt;deux sans moi&lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;deux contre moi&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souffrance li&#233;e au deux sans moi est celle de l'&lt;i&gt;exclusion&lt;/i&gt;. Elle est infiniment plus douloureuse que celle li&#233;e simplement au sentiment de solitude. Dans le cas de l'exclusion, si je me retrouve seul, c'est du fait du rejet op&#233;r&#233; par mon groupe d'appartenance (quelle que soit la taille de ce groupe, le couple &#233;tant d&#233;j&#224; un groupe). Aux v&#233;cus de manque, de castration, d'abandon, se rajoute donc un v&#233;cu d'injustice, voire de trahison. Je suis &#171; laiss&#233; pour compte &#187;, je &#171; reste sur le carreau &#187;, je &#171; compte pour du beurre &#187;&#8230; la langue fran&#231;aise n'a pas m&#233;nag&#233; ses locutions pour qualifier ce v&#233;cu de mal-&#234;tre manifestement des plus fr&#233;quents. Lors d'une rupture sentimentale, par-dessus le manque de l'autre, une premi&#232;re exclusion, celle par l'&#233;ventuel nouveau couple form&#233; par l'ex-partenaire, ainsi qu'une seconde exclusion, celle par le r&#233;seau social (d'autres couples, en g&#233;n&#233;ral), provoquent souvent une souffrance aussi vive, sinon plus, que celle engendr&#233;e par la s&#233;paration elle-m&#234;me ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souffrance du deux contre moi est celle du deux sans moi, mais avec une pointe d'assaisonnement en sus : non seulement, j'ai &#233;t&#233; &#233;ject&#233; de mon (pr&#233;tendu) groupe d'appartenance, mais les membres de ce groupe se sont, en plus, ligu&#233;s contre moi ?! L'alliance d'autrefois a donc fait place &#224; une coalition, dont je fais d&#233;sormais les frais. Les amis d'antan se sont m&#233;tamorphos&#233;s en ennemis. Le sentiment de d&#233;loyaut&#233;, de &lt;i&gt;trahison&lt;/i&gt; atteint ici son paroxysme. Et mon identit&#233; d'en prendre un fameux coup : qui suis-je, encore &#8212; que reste-t-il de ma personne &#8212;, d&#232;s lors que mon groupe (mon support identitaire) s'est ainsi retourn&#233; contre moi ??&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La douleur li&#233;e &#224; la &lt;i&gt;r&#233;sonance&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?? Si je ne suis que pour moi, que suis-je ?? Et si pas maintenant, quand ?? &#187;, parole d'Hillel l'ancien, Ier si&#232;cle (repris par Maxime Le Forestier, dans sa chanson L'&lt;i&gt;&#201;cho Des &#201;toiles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre humain est un animal dou&#233; de compassion. Cela lui permet d'&#234;tre sensible &#224; la souffrance d'autrui, et, le cas &#233;ch&#233;ant, de faire preuve de solidarit&#233;. Mais il arrive parfois que les fronti&#232;res de l'&#234;tre humain se r&#233;v&#232;lent par trop poreuses, perm&#233;ables, voire m&#234;me compl&#232;tement d&#233;lit&#233;es&#8230; Il n'est plus question, d&#232;s lors, d'empathie, mais bien d'amalgame, de confusion. Et la souffrance d'autrui de s'engouffrer sans autre forme de proc&#232;s, telle l'eau inonde la vall&#233;e lors de la rupture d'un barrage. Puis m&#234;me, comme si cela ne suffisait pas, la souffrance de s'amplifier, comme dans une caisse de r&#233;sonance ?! Cette douleur en &#233;cho &#224; la douleur d'autrui porte le nom d'&lt;i&gt;apitoiement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que th&#233;rapeute, il n'est pas rare de recevoir des patients dont l'unique plainte all&#233;gu&#233;e est cette souffrance en &#233;cho ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance li&#233;e &#224; la &lt;i&gt;d&#233;r&#233;liction&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Enfin, l'ultime grande souffrance psychique envisag&#233;e ici est celle de la &lt;i&gt;d&#233;tresse humaine&lt;/i&gt;, du sentiment profond d'abandon. Elle d&#233;signe ce v&#233;cu, vertigineux, o&#249; l'homme r&#233;alise avec acuit&#233; qu'il est tout seul au monde (comme le chantait si bien Michel Berger, dans sa chanson&lt;i&gt; Les Uns Contre Les Autres &lt;/i&gt; : &#171; Mais au bout du compte/on est toujours tout seul au monde &#187;), abandonn&#233; &#224; son triste sort, &#224; sa mis&#233;rable condition d'&#234;tre humain. Souffrance (post)moderne par excellence, la figure paternelle (r&#233;elle, symbolique et imaginaire) &#8212; bienveillante, protectrice, en charge de notre salut &#8212; &#233;tant la grande absente de nos soci&#233;t&#233;s occidentales actuelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le couple : mode d'emploi</title>
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		<dc:date>2010-04-02T07:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



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&lt;p&gt;Roland Pec &lt;br class='autobr' /&gt; Cet article fait suite &#224; celui intitul&#233; &#171; Hommes femmes : mode d'emploi &#187;. Comme ce dernier, il est la version &#233;crite et synth&#233;tique d'un s&#233;minaire (donn&#233; dans le cadre de l'asbl &#171; Thema Culture &#187; en 2005-2006). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sujet &#233;tant au moins aussi vaste que le pr&#233;c&#233;dent, l'id&#233;e du &#171; mode d'emploi &#187; est &#224; prendre une fois de plus pour une formule &#224; la fois provocatrice et humoristique, servant &#224; faire ressortir, par contraste, sa complexit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une chanson qui a inspir&#233; le fil conducteur de ma (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Psycho-.html" rel="directory"&gt;Articles Psycho&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Pec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_130 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L227xH227/Couple-2-5c6a1.jpg?1698760953' width='227' height='227' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cet article fait suite &#224; celui intitul&#233; &#171; Hommes femmes : mode d'emploi &#187;. Comme ce dernier, il est la version &#233;crite et synth&#233;tique d'un s&#233;minaire (donn&#233; dans le cadre de l'asbl &#171; Thema Culture &#187; en 2005-2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet &#233;tant au moins aussi vaste que le pr&#233;c&#233;dent, l'id&#233;e du &#171; mode d'emploi &#187; est &#224; prendre une fois de plus pour une formule &#224; la fois provocatrice et humoristique, servant &#224; faire ressortir, par contraste, sa complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chanson qui a inspir&#233; le fil conducteur de ma r&#233;flexion. Il est de notori&#233;t&#233; publique que les meilleurs livres de psychologie se trouvent parmi les romans et les recueils de po&#232;mes. Alors, pourquoi pas une chanson ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chanson en question est &#171; Un homme heureux &#187;, de William Sheller. En voici les paroles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les gens qui s'aiment&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont-ils toujours un peu les m&#234;mes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont quand ils s'en viennent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me regard d'un seul d&#233;sir pour deux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des gens heureux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les gens qui s'aiment&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont-ils toujours un peu les m&#234;mes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ils ont leurs probl&#232;mes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben, y a rien &#224; dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a rien &#224; faire pour eux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des gens qui s'aiment&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les gens qui s'aiment&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont-ils toujours un peu rebelles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont un monde &#224; eux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que rien n'oblige &#224; ressembler &#224; ceux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on nous montre en mod&#232;le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les gens qui s'aiment&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont-ils toujours un peu cruels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ils vous parlent d'eux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a quelque chose qui vous &#233;loigne un peu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des choses humaines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'a imm&#233;diatement frapp&#233;, c'est que, dans cette chanson compos&#233;e de quatre couplets, il y en a trois qui parlent strictement de la m&#234;me chose. En effet, alors que le premier couplet traite de la question du d&#233;sir et de celle de la passion (par le truchement de la fusion) &#8211; &#171; ils ont le m&#234;me regard d'un seul d&#233;sir pour deux &#187;, les 3 derniers couplets sont consacr&#233;s &#224; un seul et m&#234;me sujet, celui de la singularit&#233; du couple, de sa diff&#233;rence, et donc de son identit&#233; (tant d'ailleurs l'identit&#233; du couple lui-m&#234;me, que celle conf&#233;r&#233;e par le couple &#224; ses membres) &#8211; &#171; quand ils ont leurs probl&#232;mes, y a rien &#224; dire, y a rien &#224; faire pour eux &#187;, puis &#171; ils ont un monde &#224; eux que rien n'oblige &#224; ressembler &#224; ceux qu'on nous donne en mod&#232;le &#187; et enfin &#171; quand ils vous parlent d'eux, y a quelque chose qui vous &#233;loigne un peu &#187;. Dans sa chanson sur le couple, et au risque de lasser son public, le po&#232;te a donc cru bon de se r&#233;p&#233;ter par trois fois. Et ce faisant, je pense qu'il a eu une excellente intuition. Car c'est l&#224;, dans cette notion de diff&#233;rence, d'identit&#233;, que bat probablement le c&#339;ur du couple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais commen&#231;ons par le commencement : couplet n&#176; 1 - le d&#233;sir. Tout d'abord, notons que le d&#233;sir est devenu une dimension essentielle du couple. En Belgique, actuellement, un couple sur deux divorce (deux sur trois &#224; Bruxelles) ! Et la raison le plus souvent invoqu&#233;e est la chute (ou la disparition) du d&#233;sir, de la s&#233;duction, de l'&#233;lan amoureux - et non pas une diminution de l'amour, comme on pourrait le croire). A ce titre, il est important de distinguer l'&#233;lan amoureux de l'amour. Le mot &#171; amoureux &#187; n'est pas l'adjectif du mot &#171; amour &#187;, l'adjectif de ce dernier &#233;tant le mot &#171; &#233;namour&#233; &#187; ; le mot &#171; amoureux &#187; r&#233;f&#232;re plut&#244;t au d&#233;sir et &#224; la passion (ce qui transpara&#238;t bien, pour poursuivre dans la vari&#233;t&#233; fran&#231;aise, dans la chanson de Chim&#232;ne Bady : &#171; Redevenir amoureux de la personne qu'on aime &#187;). L'amour et le d&#233;sir sont donc des notions distinctes. Et on peut m&#234;me avancer que, dans une certaine mesure, l'amour tue le d&#233;sir (puisque l'un comble alors que l'autre frustre). Ainsi donc, aujourd'hui, la plupart des gens qui se s&#233;parent s'aiment encore (ce qui complique d'ailleurs furieusement les relations ult&#233;rieures), mais ne se d&#233;sirent plus suffisamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, qu'est-ce que le d&#233;sir ? On peut penser avec Jacques Lacan que le d&#233;sir c'est ce qui fait d'un &#234;tre humain un sujet, c'est ce qui le diff&#233;rencie d'un objet. Un objet peut &#234;tre d&#233;sir&#233;, mais il n'est jamais d&#233;sirant. Dans une relation saine, de sujet &#224; sujet, chacun a droit &#224; son d&#233;sir, et le d&#233;sir de chacun est reconnu ; refuser de reconna&#238;tre le d&#233;sir d'autrui &#233;quivaut &#224; le transformer en objet, ce qui est d'ailleurs le propre de la relation perverse. Par ailleurs, le d&#233;sir se distingue fondamentalement du besoin. Le besoin est instinctuel (propre &#224; l'esp&#232;ce), il est li&#233; au corps (&#224; une tension dans le corps), il pousse &#224; agir (il est en cela une impulsion) et il se satisfait du r&#233;el (et le moteur s'arr&#234;te &#224; ce moment-l&#224;). Le d&#233;sir quant &#224; lui est subjectif (propre au sujet, telle une empreinte digitale), il est li&#233; au mental (&#224; l'imaginaire), il ne pousse pas n&#233;cessairement &#224; agir (il r&#233;pond &#224; la d&#233;finition de la pulsion), il se nourrit de fantasmes, et par l&#224;-m&#234;me il n'est jamais satisfait (ainsi le moteur est toujours relanc&#233;). Fran&#231;oise Dolto disait que &#171; le besoin c'est termin&#233; et le d&#233;sir continue &#187;, et le psychanalyste li&#233;geois Fran&#231;ois Duyckaerts enseignait que &#171; du besoin au d&#233;sir, il y a un saut du r&#233;p&#233;titif au tendanciel &#187;. C'est donc l'id&#233;e de l'asymptote qui est associ&#233;e au d&#233;sir. De nombreuses dimensions de l'existence peuvent &#234;tre v&#233;cues tant sur le mode du besoin que sur celui du d&#233;sir. Ainsi, on peut &#233;prouver un besoin sexuel &#8211; autrement dit une pouss&#233;e strictement instinctuelle, visant &#224; r&#233;duire une tension corporelle, et aboutissant &#224; un plaisir. Et on peut par ailleurs avoir un d&#233;sir sexuel, distinct du besoin, consistant en une pouss&#233;e strictement personnelle, visant &#224; la r&#233;alisation d'un fantasme, celui de la jouissance ultime, et aboutissant toujours, par d&#233;finition, &#224; une frustration. Le d&#233;sir est donc en m&#234;me temps le moteur de la vie psychique et une source intarissable de souffrance, puisqu'il se nourrit du manque, de l'incompl&#233;tude. Voil&#224; d'ailleurs pourquoi le bouddhisme est essentiellement une philosophie de l'an&#233;antissement du d&#233;sir (rappelons les quatre nobles v&#233;rit&#233;s de Bouddha : l'homme souffre, sa souffrance est due au manque li&#233; au d&#233;sir, l'homme peut ne plus souffrir, il doit pour cela s'atteler &#224; annuler ses d&#233;sirs). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il d&#233;coule de tout cela qu'entre un homme et une femme, le d&#233;sir n'appara&#238;t et ne se maintient qu'&#224; la condition sine quoi non que soit distill&#233; et entretenu le manque, la frustration. La s&#233;duction, et ses jeux, n'est d'ailleurs rien d'autre qu'une entreprise de frustration. Se faire d&#233;sirer, c'est g&#233;rer habilement l'emp&#234;chement. Si les Capulet et les Montaigu avaient &#233;t&#233; copains, Rom&#233;o et Juliette auraient tout au mieux v&#233;cu une amourette !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un petit bout de chanson, de l'excellent B&#233;nabar cette-fois, pour illustrer cette id&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combin&#233; dans les mains j'h&#233;site et je raccroche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas press&#233; d'passer pour celui qui s'accroche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;brile et collant &#231;a donne pas vraiment envie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lointain et distant, j'sais pas pourquoi mais c'est sexy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si je ne pense qu'&#224; elle, si je r&#234;ve de la revoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vade retro t&#233;l&#233;phone, elle ne doit pas le savoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos meilleurs techniciens se sont pench&#233;s sur la formule&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est trois jours au moins le r&#233;sultat de leurs calculs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut pas qu'j'l'appelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendre encore quelques jours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut pas qu'j'l'appelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas encore, c'est trop court&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour le d&#233;sir. Alors, dans le premier couplet de &#171; Un homme heureux &#187;, il &#233;tait &#233;galement question de fusion - et donc de passion. Qu'est-ce que la passion ? On peut dire que c'est un &#233;tat psychique dans lequel la vie s'intensifie, o&#249; l'&#233;nergie est accrue, o&#249; l'on se sent recompos&#233;, globalis&#233; autour de l'objet passionnel, o&#249; les choses semblent -enfin- avoir un sens (une signification et une direction), o&#249; on a le sentiment vif d'exister... Soit l'antith&#232;se, point par point, du v&#233;cu de d&#233;liquescence et de d&#233;r&#233;liction propre &#224; la d&#233;pression. C'est pourquoi la passion (l'&#233;tat amoureux) peut donc &#234;tre comprise comme un travail mental destin&#233; &#224; traiter un v&#233;cu possible de d&#233;pression. Un antid&#233;presseur naturel en quelque sorte, une expression de nos capacit&#233;s psychiques d'autogu&#233;rison ! La passion doit en effet avoir une fonction psychique, puisqu'elle est par ailleurs elle-m&#234;me source de souffrance (de &#171; pathos &#187;). En somme, il s'agirait donc d'une souffrance consentie (de l'ordre de la tension) servant &#224; &#233;viter une souffrance redout&#233;e (de l'ordre de l'abattement). Sur un autre plan, la passion se construit sur une illusion : celle de la fusion (l'accord parfait) avec l'objet passionnel (l'&#226;me s&#339;ur, l'&#233;lu). Dans la relation sexuelle, cette illusion de la fusion se trouve renforc&#233;e par le fait de la p&#233;n&#233;tration, et plus encore, par celui de l'orgasme simultan&#233;. La passion, dans le fond, c'est quand un et un font un. Les &#171; pathos &#187; de la passion sont li&#233;s aux in&#233;vitables d&#233;senchantements de la fusion. La r&#233;alit&#233; vient sans cesse cogner, et arrive in&#233;vitablement le jour o&#249;, sortant du cin&#233;ma, l'un a aim&#233; le film et l'autre pas ! Ces d&#233;senchantements finissent par d&#233;truire la passion, et chacun est alors oblig&#233; d'en revenir &#224; la logique arithm&#233;tique de base, celle o&#249; un et un font deux. Si on regarde les choses encore plus dans le d&#233;tail, le processus passionnel consiste en un syllogisme sophistique (c'est &#224; dire un raisonnement - faussement logique - en trois &#233;tapes). D'abord, le passionn&#233; prend l'autre comme m&#233;tonymie du monde (la m&#233;tonymie consiste &#224; prendre la partie pour le tout) : &#171; tu es mon monde &#187; ; or, le passionn&#233; se sent totalement en phase avec l'autre (c'est l'illusion de la fusion) ; d&#232;s lors, il est (enfin) en phase avec le monde. Ainsi r&#233;accord&#233;, il ne d&#233;prime donc plus ! Pour cr&#233;er l'illusion de la fusion, la passion proc&#232;de &#224; un double aveuglement : &#171; tu m'&#233;blouis &#187; - donc je ne te vois plus, &#171; tu me fascines &#187; - donc je ne vois plus les autres. La passion est donc aveugle, contrairement &#224; l'amour qui voit tr&#232;s clair, lui ! On peut d'ailleurs avancer que la passion se termine l&#224; o&#249; la perception commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un roman de Kundera, le personnage f&#233;minin dit &#224; son amant d'une nuit, en le b&#226;illonnant de sa main : &#171; Surtout ne me dis pas ton pr&#233;nom ! Jusqu'&#224; pr&#233;sent tu es l'homme id&#233;al, car je ne sais rien de toi. Maintenant, imagine que je n'aime pas ton pr&#233;nom : ce sera le d&#233;but du d&#233;senchantement ! &#187;. De nombreux couples se s&#233;parent d&#232;s lors que la passion s'&#233;teint, d&#232;s lors que le d&#233;sir s'&#233;vanouit&#8230; et que le reste ne suit pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste ! Quel reste ? Revenons une fois encore &#224; notre chanson. Et rappelons-nous que les trois derniers couplets ne sont que des variations sur un m&#234;me th&#232;me, celui de l'identit&#233;. Et bien, le voil&#224; notre reste ! L'identit&#233; est probablement le c&#339;ur battant du couple, c'est ce qui reste (ou ne reste pas) lorsque le d&#233;sir et la passion se sont &#233;rod&#233;s. Une vignette clinique (livr&#233;e par Robert Neuburger) pour introduire le propos. Monsieur et Madame forment un couple depuis plusieurs d&#233;cennies. Et cela fait naturellement bien longtemps que des difficult&#233;s ont vu le jour. Mais, r&#233;cemment, les choses ont pris un tour nouveau, ce qui a d'ailleurs motiv&#233; la demande de th&#233;rapie. Le point est le suivant : depuis le d&#233;but de leur mariage, &#224; chaque fois que Madame demande &#224; Monsieur s'il aime les &#233;pinards, ce dernier r&#233;pond : &#171; c'est bon pour la sant&#233; &#187;. Le mois dernier, lorsque Monsieur a, sans crier gare, r&#233;pondu : &#171; oui, j'aime les &#233;pinards &#187;, Madame a su que son couple &#233;tait en p&#233;ril ! L'un et l'autre sacrifiaient depuis toujours &#224; ce rituel, &#224; ce jeu, qui sp&#233;cifiait ce couple, qui le diff&#233;renciait de tous les autres. Maintenant que Monsieur a d&#233;cid&#233;, unilat&#233;ralement, de &#171; d&#233;sp&#233;cifier &#187; le couple, de lui faire perdre son identit&#233;, Madame sait que les choses sont fortement compromises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fond, la bonne question &#224; se poser est : &#224; quoi &#231;a sert de vivre en couple (alors que c'est si compliqu&#233;) ? Et la r&#233;ponse pourrait bien &#234;tre : &#224; se procurer plus d'identit&#233; ! En langage freudien, on dirait : &#224; r&#233;aliser la pulsion du moi. La fonction du couple n'aurait donc pas grand chose &#224; voir avec le d&#233;sir, ni m&#234;me avec l'amour. Il peut d'ailleurs tr&#232;s bien y avoir de l'amour sans couples, tout comme il peut y avoir des couples sans amour. Le point central de cette r&#233;flexion est l'axiome suivant : si on peut tr&#232;s bien vivre tout seul (ce qui est une r&#233;alit&#233; biologique), on ne peut pas se faire exister tout seul (ce qui est un sentiment). On a besoin de passer par les autres, on a besoin d'appartenir &#224; des groupes, afin de se procurer le sentiment d'exister, afin d'&#233;toffer son identit&#233;. Dans cette perspective, et pour paraphraser Sartre, on pourrait dire que &#171; l'enfer, c'est l'absence des autres &#187;, on n'existe pas sans les autres. Sans &#171; tu &#187;, point de &#171; je &#187; ! Pour exister, il faut pouvoir d&#233;velopper un sentiment d'appartenance. Or actuellement, on constate que le couple est le groupe d'appartenance le plus investi dans notre soci&#233;t&#233;, et c'est donc par cons&#233;quent le principal support identitaire. Ceci est probablement li&#233; &#224; la d&#233;liquescence des autres grands groupes d'appartenance au cours du si&#232;cle pass&#233; (je pense notamment &#224; la famille d'origine &#8211; le clan familial, au groupe religieux, au groupe politique, au cercle professionnel, etc.). Aujourd'hui, force est de constater qu'il n'y a plus que la dimension couple qui soit v&#233;ritablement porteuse d'espoir, de r&#233;ussite et d'identit&#233;. A notre &#233;poque, nous vouons un v&#233;ritable culte &#224; notre couple, en tant que groupe d'appartenance. Nous tenons d'ailleurs souvent plus &#224; cette appartenance qu'&#224; la relation elle-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut penser &#224; ce propos que si le couple contemporain va mal, c'est parce qu'il est surcharg&#233;. Parce que ce qui &#233;tait, nagu&#232;re, r&#233;parti sur plusieurs groupes, repose &#224; pr&#233;sent sur les seules &#233;paules de deux individus. On en demande probablement trop au couple aujourd'hui. Le couple moderne doit r&#233;pondre &#224; des attentes plus importantes, et suscite donc des d&#233;ceptions plus fr&#233;quentes. C'est probablement ce qui explique le taux incroyablement &#233;lev&#233; de divorce. Notons incidemment que la mort du couple entra&#238;ne, ce faisant, chez chacun de ses membres, un double deuil : d'abord celui de la perte affective du partenaire, et ensuite celui de la perte du support identitaire. Et cette perte-l&#224; entra&#238;ne un sentiment de d&#233;sappartenance, distinct de la simple solitude affective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple est le plus petit groupe que l'on puisse imaginer. C'est un club exclusif qui, en se faisant exister, s'institutionnalise lui-m&#234;me, fait tiers pour deux personnes. Ainsi, on peut dire que le couple est une troisi&#232;me personne, cr&#233;&#233;e par les deux individus qui le composent. Un et un font trois, selon la belle expression de Philippe Caill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit d&#232;s lors maintenant se d&#233;gager clairement l'&#233;volution d'un couple dans le temps, son histoire naturelle. Lorsqu'un couple na&#238;t, un et un font un. S'il persiste suffisamment longtemps, alors un et un font deux. Et s'il survit &#224; cette crise, alors un et un font trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette troisi&#232;me personne, cette pure cr&#233;ation du couple, Philippe Caill&#233; l'appelle l'absolu du couple et Robert Neuburger l'intime du couple. Dans le fond, un couple n'est rien d'autre que cette cr&#233;ation. Cet ensemble de croyances et de valeurs (les mythes du couple) et de comportements r&#233;p&#233;titifs (les rituels de couple), qui permet de diff&#233;rencier ce petit groupe de tous les autres. Et qui conf&#232;re ainsi une identit&#233; &#224; ses deux membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exemple, les mythes peuvent &#234;tre : l'importance accord&#233;e, dans le couple, &#224; la bonne communication, &#224; la confiance, &#224; la fid&#233;lit&#233;, au respect, &#224; la r&#233;sistance, &#224; la libert&#233;, &#224; la d&#233;sob&#233;issance, &#224; la dignit&#233;, aux convictions politiques, religieuses, etc. Et, dans pratiquement tous les cas, les couples se cr&#233;ent sur un mythe de pr&#233;destination et d'exceptionnalit&#233; (ce dernier &#233;tant tr&#232;s bien illustr&#233; dans le film mettant &#224; nouveau en sc&#232;ne Edouardo Di Caprio et Kate Winslet : &#171; Revolutionary road &#187;). Et puisque la conservation des mythes est une priorit&#233; absolue, les couples qui ne vont pas bien sont souvent ceux qui communiquent trop et trop bien. Et non l'inverse ! La mode actuelle est au tout-dire. Se r&#233;clamant de Fran&#231;oise Dolto, on affirme aujourd'hui avec conviction que &#171; toute v&#233;rit&#233; est bonne &#224; dire &#187;. On le fait au nom de la valeur supr&#234;me de la sinc&#233;rit&#233; (qui d&#233;signe la transparence), laquelle est all&#232;grement confondue avec celle de l'honn&#234;tet&#233; (qui d&#233;signe l'&#233;quit&#233;, ce qui est juste). Dans les couples d'aujourd'hui, on se jure sinc&#233;rit&#233;, pensant ainsi poursuivre un id&#233;al d'honn&#234;tet&#233;. Or, au sein des relations affectives fortement investies, plus ont est sinc&#232;re, plus on risque de devenir malhonn&#234;te ! En effet, en quoi est-il &#233;quitable de charger l'autre, de lui infliger le fracas du savoir, afin de s'all&#233;ger soi-m&#234;me ? Mais il y a encore plus grave que cette violence. Certaines choses ne peuvent tout simplement pas &#234;tre dites dans un couple, sous peine de l'ab&#238;mer, parfois de mani&#232;re irr&#233;m&#233;diable. On l'a vu, un couple repose sur ses mythes (ses illusions). Ses deux membres doivent donc absolument entretenir ces illusions, qui sont les v&#233;ritables piliers de tout l'&#233;difice. Un couple ne fait pas bon m&#233;nage avec la v&#233;rit&#233;. L'insu lui convient beaucoup mieux. D'ailleurs, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le mensonge ne nuit pas au couple. Le mensonge par omission (le pieux mensonge), lui est tout simplement indispensable. Et le mensonge actif est parfois bien utile. Neuburger a cette tr&#232;s jolie formule : &#171; &#234;tre en couple, c'est mensonger ensemble &#187; ! Ce qui est extr&#234;mement d&#233;l&#233;t&#232;re, par contre, c'est la d&#233;sinformation. Cela consiste &#224; faire croire &#224; l'autre qu'il n'a pas vu ce qu'il a vu, pas entendu ce qu'il a entendu, pas compris ce qu'il a compris, et qu'il ne doit donc pas penser ce qu'il pense (ce qu'on appelle aussi la disqualification) ! La d&#233;sinformation fait prendre &#171; des vessies pour des lanternes &#187;, et peut tout simplement rendre fou. A proscrire absolument. Sur un tout autre plan, rappelons-nous que le d&#233;sir se nourrit du manque. Pour le maintenir en vie, dans un couple, chacun a donc int&#233;r&#234;t &#224; conserver sa part de myst&#232;re, &#224; cultiver son jardin secret, &#224; ne pas tout l&#226;cher &#224; l'autre. Autrement dit : &#224; ne pas trop communiquer ! Lacan disait d'ailleurs qu'aimer, c'est demander &#224; l'autre ce qu'il ne peut pas donner. In fine, rappelons-nous le mythe de Psych&#233;. Cette derni&#232;re, simple mortelle, a l'insigne honneur de faire l'amour avec Eros (dieu de l'amour). Mais &#224; la seule condition qu'elle ne cherche jamais &#224; le regarder &#224; la lumi&#232;re. Apr&#232;s un certain temps, elle finit par d&#233;sob&#233;ir. Alors qu'il est endormi, Psych&#233; d&#233;couvre Eros &#224; la lueur d'une bougie. Mais, r&#233;veill&#233; par la douleur d'une goutte de cire ayant coul&#233; sur sa joue, Eros s'enfuit &#224; tout jamais. Psych&#233; paye ainsi le savoir de la disparition de l'amour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rituels, quant &#224; eux, cadrent les actes importants de la vie quotidienne du couple, notamment lors des repas et de la sexualit&#233;. Ce sont des gestes, des regards, des clins d'&#339;il, des petits mots, des fa&#231;ons de s'appeler, des plaisanteries priv&#233;es, des allusions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple id&#233;al serait celui qui r&#233;ussit la difficile acrobatie qui consiste &#224; cr&#233;er et &#224; conserver un absolu de couple, tout en restant int&#233;gr&#233; dans la soci&#233;t&#233;, tout en &#233;tant reconnu par elle. Etre diff&#233;rent &#224; l'int&#233;rieur (bizarre, voire fou), et normal &#224; l'ext&#233;rieur. La seule folie qui puisse transpara&#238;tre &#224; l'ext&#233;rieur &#233;tant les sc&#232;nes de m&#233;nage, qui participent &#233;minemment de l'identit&#233; du couple : &#171; nous, on est les seuls au monde &#224; se disputer pour &#231;a, et comme &#231;a ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; au terme de cette r&#233;flexion, il me semble int&#233;ressant de pr&#233;senter les r&#233;sultats d'une &#233;tude sociologique r&#233;cente, men&#233;e en Suisse par Jean Kellerhals, sur 1200 couples. La sociologie, c'est la vision large, celle qui vient avantageusement compl&#233;ter la vision plus &#233;troite du psychologue, fond&#233;e quant &#224; elle sur le cas par cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, ce sociologue note, tr&#232;s justement, que les couples sont pass&#233;s en quelques d&#233;cennies du pr&#234;t-&#224;-porter social au sur-mesure &#224; d&#233;cider soi m&#234;me. Ce qui a entra&#238;n&#233; beaucoup d'enthousiasme, mais &#233;galement une angoisse profonde, qui n'est probablement pas &#233;trang&#232;re aux difficult&#233;s rencontr&#233;es actuellement par les couples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il distingue 5 types de couple diff&#233;rents, qu'il classe selon 4 axes principaux. Il d&#233;crit ainsi le couple Bastion (ferm&#233; sur lui-m&#234;me, fusionnel, normatif et dans lequel les r&#244;les sont d&#233;finis), le couple Cocon (ferm&#233; sur lui-m&#234;me, fusionnel, spontan&#233; et dans lequel les r&#244;les ne sont pas d&#233;finis), le couple Association (ouvert sur l'ext&#233;rieur, non fusionnel, spontan&#233; et dans lequel les r&#244;les ne sont pas d&#233;finis), le couple Parall&#232;le (ferm&#233; sur lui-m&#234;me, non fusionnel, normatif et dans lequel les r&#244;les ne sont pas d&#233;finis) et enfin le couple Compagnonnage (ouvert sur l'ext&#233;rieur, fusionnel, spontan&#233; et dans lequel les r&#244;les sont d&#233;finis). Ce qui est tr&#232;s int&#233;ressant, c'est que Kellerhals constate que les couples Parall&#232;le et Association ont plus de difficult&#233;s que les couples Bastion, Cocon et Compagnonnage ; et d'ailleurs, ils se s&#233;parent deux fois plus. La configuration id&#233;ale serait un couple &#224; la fois ouvert sur le monde (ce qui permet de fournir &#224; ses membres plusieurs sources d'identit&#233;), fusionnel (ce qui tord le cou &#224; un sacr&#233; mythe) et o&#249; chacun a un r&#244;le d&#233;fini (jouer la carte de la compl&#233;mentarit&#233;, du puzzle) ; donc, en somme, toutes les caract&#233;ristiques du couple Compagnonnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour finir, il identifie trois modes diff&#233;rents de gestion des probl&#232;mes par le couple (ce qu'on appelle en anglais le coping). Il distingue le mode Cognitif (qui consiste &#224; d&#233;finir le probl&#232;me qui se pose et &#224; s'informer &#224; son sujet), le mode Affectif (qui consiste &#224; s'enqu&#233;rir de ce que l'autre ressent face au probl&#232;me, de ses &#233;motions) et enfin le mode Action ( qui consiste &#224; d&#233;cider une action, &#224; l'ex&#233;cuter et &#224; contr&#244;ler les r&#233;sultats). Il note que les Associations sont surtout dans le Cognitif, les Cocons dans l'Affectif, les Bastions dans l'Action, et que seuls les Compagnonnage sont dans les trois &#224; la fois. La sup&#233;riorit&#233; des Compagnonnage se confirme donc une fois encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion finale - et tr&#232;s surprenante - de cette &#233;tude, est que le coping serait la variable-cl&#233; du bon fonctionnement d'un couple ! Autrement dit, un couple qui fonctionne bien serait avant tout une organisation d'entraide mutuelle (la d&#233;finition m&#234;me du compagnonnage), qui parvient &#224; bien g&#233;rer les probl&#232;mes qui se posent &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vision quelque peu d&#233;po&#233;tis&#233;e du couple&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Hommes femmes : mode d'emploi</title>
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		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



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&lt;p&gt;Roland Pec &lt;br class='autobr' /&gt; En guise de pr&#233;ambule, voici un avenant apport&#233; &#224; un contrat de mariage, envoy&#233; par un &#233;poux &#224; sa tendre et ch&#232;re, dix ans exactement apr&#232;s le d&#233;but de leur union : &lt;br class='autobr' /&gt;
1.	Tu veilleras &#224; ce que : mes v&#234;tements et mon linge soient tenus en parfait &#233;tat, trois repas chauds me soient quotidiennement servis dans ma chambre, ma chambre et mon bureau soient toujours dans un ordre parfait, sans que personne d'autre que moi ne touche &#224; ma table de travail. &lt;br class='autobr' /&gt;
2.	Tu renonceras &#224; toute relation (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Psycho-.html" rel="directory"&gt;Articles Psycho&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Pec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_129 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L225xH198/-1-05722.jpg?1698808073' width='225' height='198' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En guise de pr&#233;ambule, voici un avenant apport&#233; &#224; un contrat de mariage, envoy&#233; par un &#233;poux &#224; sa tendre et ch&#232;re, dix ans exactement apr&#232;s le d&#233;but de leur union :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Tu veilleras &#224; ce que :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	mes v&#234;tements et mon linge soient tenus en parfait &#233;tat,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	trois repas chauds me soient quotidiennement servis dans ma chambre,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	ma chambre et mon bureau soient toujours dans un ordre parfait, sans que personne d'autre que moi ne touche &#224; ma table de travail.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;2.	Tu renonceras &#224; toute relation personnelle avec moi, sauf celles indispensables pour le maintien d'apparences sociales. En particulier, tu ne me demanderas pas :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	que je reste pr&#232;s de toi &#224; la maison,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	que je sorte avec toi, ni que je voyage avec toi.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;3.	Tu dois t'engager explicitement &#224; respecter les points suivants :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	tu ne devras attendre de moi aucune affection, et tu ne me feras aucun reproche &#224; ce sujet,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	tu me r&#233;pondras imm&#233;diatement lorsque je te parlerai,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	tu sortiras imm&#233;diatement de mon bureau ou de ma chambre si je te le demande, sans aucune protestation,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	tu t'engages &#224; ne pas me d&#233;nigrer devant mes enfants, ni par mots, ni par actions.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Avez-vous reconnu ce merveilleux mari ? Figurez-vous que ce n'est autre qu'Albert Einstein ! La femme en question est sa premi&#232;re &#233;pouse, Mileva Maric, avec qui il vivra encore pendant sept ans (sic !) - et dont on ne saura probablement jamais &#224; quel point elle a contribu&#233; &#224; la th&#233;orie de la relativit&#233;. Un patient &#224; qui je faisais r&#233;cemment lecture de ce contrat s'est &#233;cri&#233; : &#171; Maintenant, je comprends pourquoi Einstein est un g&#233;nie ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui illustre parfaitement le propos de cet article : sur le plan psychologique, un homme et une femme sont deux &#234;tres qui ne fonctionnent pas du tout de la m&#234;me mani&#232;re. Il existe de r&#233;elles diff&#233;rences. Et, contrairement aux apparences, cette th&#232;se ne va pas de soi. Loin s'en faut. De nombreux scientifiques ont du reste affirm&#233; le contraire. On peut citer par exemple, la c&#233;l&#232;bre ethnologue Margaret Mead, dont l'id&#233;e centrale &#233;tait que les hommes et les femmes &lt;i&gt;jouent&lt;/i&gt; &#224; &#234;tre diff&#233;rents, alors qu'ils ne le sont pas &lt;i&gt;intrins&#232;quement&lt;/i&gt;. Ils joueraient des r&#244;les, de mani&#232;re extr&#234;mement variable selon les cultures du reste, ce afin de s'octroyer plus d'identit&#233;, plus d'existence. Plus proche de nous, dans la lign&#233;e de Simone de Beauvoir (&#171; on ne na&#238;t pas femme, on le devient &#187;), on se doit de citer Elisabeth Badinter qui, livre apr&#232;s livre, ne cesse de clamer que la diff&#233;rence inter-sexe est une pure invention du patriarcat (dont le seul objet est la domination des femmes par les hommes). Et que, pour reprendre sa c&#233;l&#232;bre formule, &#171; l'un est l'autre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les donn&#233;es scientifiques actuellement disponibles permettent de toute &#233;vidence d'infirmer la th&#232;se de l'identit&#233; des sexes. Et, de surcro&#238;t, je pense que c'est en connaissant et en reconnaissant leurs diff&#233;rences, que les deux sexes peuvent apprendre &#224; mieux se comprendre et, partant, &#224; mieux s'entendre. Ce qui, en tant que th&#233;rapeute de couple, ne me para&#238;t pas tout &#224; fait d&#233;nu&#233; d'int&#233;r&#234;t&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons donc passer en revue une s&#233;rie de diff&#233;rences entre les sexes. Elles ont &#233;t&#233; mises &#224; jour par diverses sciences, et ce parfois tr&#232;s r&#233;cemment. Ce texte est une synth&#232;se d'un s&#233;minaire de 45 heures que j'ai eu l'occasion de donner dans la cadre de l'asbl Thema Culture en 2004-2005. L'id&#233;e des diff&#233;rences conduit assez naturellement &#224; celle de la n&#233;cessit&#233; d'un mode d'emploi, &#224; l'usage des deux parties. Mais le titre de cet article est bien entendu humoristique, volontairement pr&#233;somptueux, et ce pour souligner, par contraste (un peu &#224; la mani&#232;re de &#171; La vie mode d'emploi &#187; de Georges Perec) &#224; quel point le sujet est vaste, in&#233;puisable, et par nature myst&#233;rieux. Autrement dit, ni vous ni moi ne serons malheureusement jamais l'&#233;quivalent d'un Tir&#233;sias, ce devin de la mythologie grecque qui passa sept ann&#233;es de sa vie dans la peau d'une femme. Et je ne peux que le d&#233;plorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tout seigneur tout honneur : commen&#231;ons ce tour d'horizon par le commencement, c'est &#224; dire par la g&#233;n&#233;tique. Chacun sait qu'un homme poss&#232;de au sein du noyau de chacune de ses cellules un chromosome sexuel Y &#224; c&#244;t&#233; du chromosome sexuel X, alors qu'une femme poss&#232;de uniquement deux chromosomes X. C'est donc le chromosome Y qui porte les g&#232;nes qui d&#233;terminent le m&#226;le. On pourrait penser na&#239;vement que les chromosomes sexuels sont apparus en m&#234;me temps que la sexualit&#233; elle-m&#234;me. Et bien, pour le chromosome Y, il n'en n'est rien ! La sexualit&#233; est apparue sur terre il y a plus ou moins un milliard d'ann&#233;es, alors que Y, lui, n'est apparu qu'il y a 300 millions d'ann&#233;es. Autrement dit, pendant 700 millions d'ann&#233;es, les femelles se sont fort bien pass&#233;es des m&#226;les, procr&#233;ant par parth&#233;nogen&#232;se (c'est &#224; dire gr&#226;ce &#224; une division cellulaire purement sexuelle - dite m&#233;iose, mais sans f&#233;condation). En somme, en ce qui concerne la procr&#233;ation sexuelle, Y (donc le m&#226;le), n'est absolument pas indispensable ! Et notons au passage que, contrairement &#224; l'expression consacr&#233;e, la femme est bien le premier sexe (et non pas le deuxi&#232;me) ! Par ailleurs, le chromosome Y s'est diff&#233;renci&#233; &#224; partir de X, et ce chez les tous premiers mammif&#232;res. Aussi, et contrairement &#224; ce que nous enseigne la bible, la g&#233;n&#233;tique nous apprend que c'est bien l'homme qui est issu de la c&#244;te d'Eve (et non l'inverse) ! En outre, Y est un chromosome minuscule, ne portant que 76 g&#232;nes (contre 4000 sur X). De plus, il se d&#233;t&#233;riore &#224; chaque division cellulaire, car il ne sait pas se recombiner. Aussi, selon l'avis de nombreux g&#233;n&#233;ticiens actuels, &#224; ce rythme-l&#224;, Y pourrait bien avoir disparu dans 10 millions d'ann&#233;es (l'histoire de l'homme remontant plus ou moins &#224; 15 millions d'ann&#233;es). L'humanit&#233; pourrait donc bien se retrouver un jour sans m&#226;les : une humanit&#233; compos&#233;e uniquement de femmes, procr&#233;ant par parth&#233;nogen&#232;se, ainsi que le font les reptiles ou les pucerons ! Dans cet incroyable cas de figure, &#171; La femme est l'avenir de l'homme &#187; ne serait plus seulement une formule de po&#232;te ou de chanteur ! Une derni&#232;re m&#233;prise : si ce n'est sur le plan de la structure osseuse, de la masse musculaire ou de la capacit&#233; cardio-pulmonaire, la femme est indiscutablement le sexe fort ! A tous les moments de la vie, du zygote originel jusqu'au grand &#226;ge, les femmes sont nettement plus r&#233;sistantes que les hommes. A la conception, il y a 120 gar&#231;ons pour 100 filles (les spermatozo&#239;des m&#226;les sont plus rapides, car plus l&#233;gers, &#224; cause du faible poids du chromosome Y) ; &#224; la naissance, ils ne sont d&#233;j&#224; plus que 105 pour 100 filles (ils font davantage les frais des fausses couches) ; entre 30 et 40 ans : &#231;a s'&#233;quilibre ; et, finalement, la femme pourra esp&#233;rer vivre 7 ans de plus que l'homme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restons encore un instant dans le domaine de la biologie, et allons nous balader du c&#244;t&#233; de l'anatomie et de la physiologie. Le cerveau de la femme diff&#232;re-t-il de celui de l'homme ? La r&#233;ponse est indiscutablement oui : on peut dire que le cerveau a un sexe ! Ceci r&#233;sulte surtout de l'impr&#233;gnation du cerveau m&#226;le en testost&#233;rone durant la p&#233;riode embryonnaire. Chez la femme, par exemple, les ponts (commissures) reliant l'h&#233;misph&#232;re droit (affectif) et l'h&#233;misph&#232;re gauche (rationnel) sont nettement plus larges. La circulation est donc plus fluide entre la rive droite et la rive gauche ! Ce fait contribue &#224; expliquer toute une s&#233;rie de diff&#233;rences comportementales : pourquoi les femmes sont moins &#171; asym&#233;triques &#187; dans l'utilisation de leur cerveau, pourquoi elles cloisonnent moins l'affectif et le rationnel, pourquoi elles parviennent &#224; se charger de plusieurs t&#226;ches &#224; la fois (alors que l'homme est notoirement mono-t&#226;che &#8211; selon l'adage : il ne parvient pas &#171; &#224; m&#226;cher son chewing gum et &#224; marcher en m&#234;me temps &#187; !), pourquoi elles ont une meilleure intuition (d&#233;duction sur base d'observation), pourquoi elles sont plus empathiques, etc. Par ailleurs, hommes et femmes n'utilisent pas les m&#234;mes parties de leur cerveau pour des op&#233;rations mentales similaires : &#233;couter une personne, lire une carte routi&#232;re, s'orienter dans l'espace, faire des maths, etc. Ces diff&#233;rences biologiques sont-elles inn&#233;es ou acquises ? Il est impossible de r&#233;pondre &#224; cette question, car si le nombre de cellules nerveuses est fix&#233; d&#232;s la conception, les connexions nerveuses (donc la grande toile d'araign&#233;e que forme le cerveau), se d&#233;veloppent quant &#224; elles au cours des vingt premi&#232;res ann&#233;es de la vie, dans et par l'exp&#233;rience (c'est ce qu'on appelle la plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale, ou encore l'&#233;pigen&#232;se).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec la biologie, voyons &#224; pr&#233;sent ce qui ressort des &#233;tudes &#233;thologiques. Elles montrent surtout que ce qui nous attire chez l'autre est largement sous-tendu par l'instinct de conservation de l'esp&#232;ce. Autrement dit, l'autre me s&#233;duit car il exhibe - &#224; mon insu - des signes de bonne fertilit&#233; ! Prenons une exp&#233;rience r&#233;cente men&#233;e en 2004 : des femmes sont invit&#233;es &#224; composer sur l'&#233;cran d'un PC le visage de l'homme id&#233;al. Et bien, ce visage change en fonction du moment du cycle menstruel ! Hors de la p&#233;riode d'ovulation, ces femmes composent un visage fin et d&#233;licat (&#171; m&#233;trosexuel &#187; dirait-on aujourd'hui) ; par contre, en p&#233;riode de pr&#233;-ovulation (6 jours durant), elles composent un visage viril, aux arcades sourcili&#232;res et au menton saillants : comme si leur instinct de g&#233;nitrices leur dictait d&#232;s lors d'&#234;tre attir&#233;es par le meilleur candidat procr&#233;ateur. On note par ailleurs que les femmes sont attir&#233;es par les hommes en forme de T (langage non verbal = &#171; je suis fort &#187; = &#171; je pourrai assurer la survie de ma prog&#233;niture &#187;). Et les hommes, quant &#224; eux, sont attir&#233;s par les femmes en forme de sablier (rapport taille/hanche id&#233;al : 0,7) (= Marilyne Monroe = &#171; je suis jeune et fertile &#187;). En outre, les femmes sont attir&#233;es par le portefeuille de ces messieurs (c'est en tout cas ce qui ressort d'une large &#233;tude r&#233;alis&#233;e dans 33 pays par le professeur am&#233;ricain Buss) : des hommes plus &#226;g&#233;s et d'un statut socioprofessionnel plus &#233;lev&#233; = capables d'assurer une existence confortable &#224; leur descendance. Toujours dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, l'&#233;loignement g&#233;n&#233;tique entre deux individus est &#233;galement un attracteur : on a pu montrer que des femmes sont d'autant plus attir&#233;es par l'odeur de T-shirts port&#233;s par des hommes, que ceux-ci sont tr&#232;s diff&#233;rents sur le plan g&#233;n&#233;tique - notamment au niveau des facteurs immunitaires (= brassage des caract&#232;res = assurer la p&#233;rennit&#233; de l'esp&#232;ce, lors d'&#233;ventuels changements du milieu). En passant, notons que les c&#233;l&#232;bres ph&#233;romones sont des substances qui n'agissent pas sur l'&#234;tre humain : l'organe de r&#233;ception - organe vom&#233;ro-nasal, est chez lui vestigial, il ne fonctionne donc pas. Relevons enfin, pour clore ce chapitre, que l'ocytocine, une hormone qui est bien connue dans le cadre de l'accouchement et de la lactation, s'av&#232;re avoir un r&#244;le non n&#233;gligeable dans les relations de couple. A savoir, l'envie de vivre ensemble, la confiance qu'on accorde &#224; l'autre et la fid&#233;lit&#233; dont on fait preuve. Le campagnol des plaines (rat des champs), champion de l'ocytocine, forme des couples ins&#233;parables, tandis que son cousin des montagnes, peu r&#233;ceptif &#224; cette hormone, est polygame et mauvais p&#232;re ! A quand les injections d'ocytocine pour maris volages ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abordons &#224; pr&#233;sent un petit point de sociologie. Avant tout, ce point troublant : le monde se masculinise progressivement (bien que les femmes restent toujours plus nombreuses). En Inde et en Chine (des pays qui totalisent &#224; eux seuls 1/3 de la population mondiale), il na&#238;t 125 gar&#231;ons pour 100 filles (ce qui est largement d&#251; &#224; l'avortement des filles apr&#232;s &#233;chographie). Et, de plus, les filles sont n&#233;glig&#233;es apr&#232;s la naissance (on d&#233;plore chez elles un taux de mortalit&#233; plus &#233;lev&#233; de 40%). Force est de constater que dans une bonne partie du monde, avoir un fils est bien plus int&#233;ressant qu'avoir une fille. Pour des raisons &#233;conomiques - &#171; une fille va arroser le jardin du voisin &#187;, spirituelles - les rituels fun&#233;raires entre autres, etc.. Un autre point int&#233;ressant est que 60% des femmes vivant sur la surface du globe ne choisissent pas leurs &#233;poux. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, une femme &#231;a s'ach&#232;te - par le truchement de la dot - le mariage s'assimilant d&#232;s lors &#224; un &#233;change de biens ! La dot est d'ailleurs le plus souvent pay&#233;e par la famille du gar&#231;on (chez les Malink&#233;s du Mali une femme vaut neuf g&#233;nisses, chez les juifs ancestraux une femme valait une perouta - la plus petite pi&#232;ce des temps talmudiques). Plus rarement, la dot est pay&#233;e par la famille de la fille, comme si cette derni&#232;re n'avait pas suffisamment de valeur &#224; elle seule pour motiver la transaction&#8230; Notons enfin qu'en Belgique, &#224; poste &#233;gal, une femme gagne en moyenne 83% du salaire d'un homme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la sociologie &#224; l'histoire, il n'y a qu'un pas. On peut se demander, par exemple, si, fort de sa sup&#233;riorit&#233; physique, l'homme a domin&#233; la femme de tous temps. Autrement dit, le patriarcat est-il le mod&#232;le ancestral, naturel et universel ? La r&#233;ponse est r&#233;solument non ! Tout d'abord, de nombreux arguments pr&#233;historiques plaident en faveur d'une compl&#233;mentarit&#233; des r&#244;les hommes/femmes, et d'une &#233;galit&#233; des statuts pendant toute la p&#233;riode pal&#233;olithique (c'est &#224; dire pendant &#224; peu pr&#232;s 30 mille ans). Ensuite, et ce pendant une p&#233;riode approximative de 3000 ans, la femme s'est mise &#224; dominer l'homme ! Ce fut v&#233;ritablement l'&#232;re du matriarcat ! Inventant coup sur coup les outils, l'horticulture puis l'agriculture, la femme s'est en effet retrouv&#233;e au centre de la r&#233;volution n&#233;olithique. En outre, dans ces temps anciens, l'homme pensait n'intervenir que tr&#232;s peu dans la procr&#233;ation, il ne comprenait pas sa r&#233;elle implication dans ce processus. Ainsi donc, &#224; la femme &#233;tait r&#233;serv&#233;e tant la fertilit&#233; v&#233;g&#233;tale que la f&#233;condit&#233; humaine. Parall&#232;lement &#224; cela, se muant en p&#226;tre paisible, l'homme avait progressivement perdu tout son prestige de chasseur h&#233;ro&#239;que s'en allant trucider la b&#234;te sauvage. En &#233;cho &#224; cette supr&#233;matie du prestige f&#233;minin, &#224; ce matriarcat, on ne garde d'ailleurs de cette &#233;poque que des repr&#233;sentations f&#233;minines de dieu, les fameuses V&#233;nus, ces d&#233;esses-M&#232;re et d&#233;esses-Terre. Puis, il y a &#224; peu pr&#232;s 4000 ans (&#224; l'&#226;ge du bronze), sont apparus subitement les dieux masculins, les P&#232;res de l'humanit&#233; (Brahm&#226;, Zeus, Jupiter, Yahv&#233;&#8230;), traduisant ainsi l'av&#232;nement du patriarcat. La r&#233;volution technologique du n&#233;olithique avait permis l'accumulation de nouvelles richesses. Ces derni&#232;res ont suscit&#233; des guerres, lesquelles ont permis aux hommes de redorer leur blason, de retrouver leur prestige de h&#233;ro. Voil&#224; en tout cas une des th&#232;ses avanc&#233;es par les protohistoriens pour expliquer ce basculement vers le patriarcat. Et il faudra attendre la r&#233;volution fran&#231;aise, puis surtout l'invention de la pilule contraceptive en 1960, pour remettre ce patriarcat en question. Lorsqu'on appr&#233;hende de la sorte le temps long, on peut r&#233;ellement affirmer que le patriarcat n'est qu'un soubresaut de l'histoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Questionnons maintenant la sexologie. Parmi les tr&#232;s nombreuses diff&#233;rences existant sur le plan de la sexualit&#233; entre les hommes et les femmes, une des plus int&#233;ressantes me semble &#234;tre li&#233;e &#224; la nature contrast&#233;e des leurs conflits infantiles. Partons d'un constat simple : le p&#232;re est pareillement manquant pour la fille et pour le fils ! Quelques chiffres r&#233;cents (nouveaux p&#232;res ou pas) : 75% des p&#232;res ne prennent aucune responsabilit&#233; dans les soins prodigu&#233;s aux jeunes enfants ; une femme salari&#233;e consacre 42 minutes quotidiennes aux soins des enfants, contre 6 minutes pour le p&#232;re ; les p&#232;res passent 4 fois moins de temps que les m&#232;res en t&#234;te-&#224;-t&#234;te avec l'enfant ; la moiti&#233; des p&#232;res s&#233;par&#233;s voient leurs enfants moins d'une fois par mois (et 27% des p&#232;res s&#233;par&#233;s ne les voient plus jamais) ! Par cons&#233;quent, une petite fille, principalement &#233;lev&#233;e par sa m&#232;re, se d&#233;veloppe avec un exc&#232;s identificatoire et un d&#233;ficit oedipien (elle n'est pas suffisamment d&#233;sir&#233;e). A l'inverse, un petit gar&#231;on, &#233;lev&#233; principalement par sa m&#232;re, se d&#233;veloppe avec un d&#233;ficit identificatoire et un exc&#232;s oedipien (il est trop d&#233;sir&#233;). A l'&#226;ge adulte, dans les relations amoureuses, et y compris sexuelles, gare aux projections et aux transferts ! Ainsi, l'homme va tr&#232;s souvent vivre la femme comme une m&#232;re oedipienne encombrante. Or, on ne couche pas avec sa m&#232;re. Il va donc tout faire pour dissocier &#171; la maman et la putain &#187; (pour reprendre un titre de film bien connu). Il adressera par exemple des mots crus &#224; sa partenaire pendant l'acte, ou perdra subitement tout d&#233;sir pour sa femme r&#233;cemment devenue m&#232;re. Beaucoup d'hommes sont incapables de d&#233;sirer la femme qu'ils aiment (qu'ils respectent, comme maman), et incapables d'aimer la femme qu'ils d&#233;sirent (qu'ils m&#233;prisent, comme une putain). Certains hommes souffrent m&#234;me du &#171; syndrome milanais &#187;, la tranche milanaise de l'amour : une femme que j'admire (avec ma t&#234;te), une femme que j'aime (avec mon c&#339;ur), une femme que j'ai dans les tripes et une femme qui attire mon slip ! Par ailleurs, puisqu'il souffre d'un d&#233;ficit identitaire, l'homme va souvent chercher &#224; utiliser la relation sexuelle pour &#233;toffer son identit&#233;. Ce qui se traduit par la course &#224; la performance, cause de nombreux troubles d'&#233;rection et d'&#233;jaculation. La femme, pour sa part, au travers de sa relation aux hommes, va souvent chercher &#224; se prot&#233;ger d'un p&#232;re manquant. Ainsi, et pour reprendre les paroles de la princesse de Cl&#232;ves (lesquelles r&#233;sonnent depuis 1672), la femme est tent&#233;e de &#171; refuser de s'abandonner de peur d'&#234;tre abandonn&#233;e &#187;. Aussi, de nombreux probl&#232;mes sexuels f&#233;minins peuvent r&#233;sulter du souci de ne pas tout donner &#224; son partenaire, de peur de tout perdre. Et, particuli&#232;rement lorsqu'il y a beaucoup d'amour, il s'agit de ne pas tout mettre dans le m&#234;me panier ; de ne surtout pas se retrouver sous l'emprise de cet homme qui va probablement pr&#233;f&#233;rer, un jour, une autre (dans le champ de la pathologie, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce souci qui sous-tend les conduites hyst&#233;riques). Fort heureusement, avec l'&#226;ge, et la distance prise vis &#224; vis des conflits infantiles, un certain nombre de femmes d&#233;couvrent qu'elles peuvent jouir avec un homme qu'elles n'aiment pas, et un certain nombre d'hommes d&#233;couvrent qu'ils peuvent s'autoriser &#224; jouir avec une femme qu'ils aiment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abordons maintenant un domaine qui, g&#233;n&#233;ralement, passionne les couples : celui de la communication. Un premier point int&#233;ressant, issu de la th&#233;orie de la communication : lorsqu'on communique, on transmet toujours deux choses en m&#234;me temps : un contenu et une d&#233;finition de la relation. Par exemple, dans cet article, je vous parle de la diff&#233;rence hommes/femmes et, en m&#234;me temps, je vous donne ma d&#233;finition de notre relation. Si je commen&#231;ais ma phrase par : &#171; Dites donc les gars, j'ai un truc marrant &#224; vous raconter&#8230; &#187; je vous donnerais une autre d&#233;finition de notre relation (avec laquelle je doute fort que vous seriez d'accord). Et bien, de tr&#232;s nombreux probl&#232;mes de communication entre sexes proviennent du fait que la femme parle surtout de relation, alors que l'homme parle surtout de contenu. Un exemple : monsieur annonce &#224; madame que Jean vient d&#238;ner ce soir &#224; la maison. Madame s'offusque et dit qu'il n'en n'est pas question. En r&#233;alit&#233;, madame adore Jean, et serait ravie de l'avoir &#224; d&#238;ner. Mais puisqu'elle n'a pas &#233;t&#233; consult&#233;e, elle a l'impression de compter pour du beurre. Elle n'est pas d'accord avec cette d&#233;finition de la relation qui la lie &#224; son mari, et c'est &#224; &#231;a qu'elle dit non, pas au contenu. Mais monsieur est parfaitement imperm&#233;able &#224; cette dimension de la communication. Il va rester bloqu&#233; au niveau du contenu : &#171; Mais voyons, ch&#233;rie, je ne comprends pas : tu as toujours appr&#233;ci&#233; la compagnie de Jean, pourquoi cette subite lubie de ne plus vouloir le recevoir ? &#187;. Et face &#224; tant d'incompr&#233;hension, lasse, madame souvent de baisser les bras&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre point : les couples croient fr&#233;quemment qu'ils ne communiquent pas assez, qu'ils communiquent mal, et que c'est l&#224; qu'il faut trouver la source de leurs probl&#232;mes. En r&#233;alit&#233;, les couples qui ne vont pas bien sont souvent des couples qui communiquent trop et trop bien ! Pendant longtemps, on n'a pas assez dit les choses, que ce soit au sein des couples ou des familles. Tout le monde a entendu parler des dommages psychologiques caus&#233;s par les non-dits, les secrets de familles, etc. &#171; Ce qui n'est pas dit est transmis dans le para-dit &#187; a &#233;crit Boris Cyrulnik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette prise de conscience date des ann&#233;es 70 et 80. Elle fut amen&#233;e par la p&#233;dopsychiatrie et la th&#233;rapie syst&#233;mique. Elle a notamment donn&#233; naissance &#224; la psychog&#233;n&#233;alogie et aux th&#233;rapies transg&#233;n&#233;rationnelles, lesquelles tentent de mettre des mots sur les silences transmis d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. Mais aujourd'hui, le pendule penche plut&#244;t vers l'autre extr&#234;me. Du non-dit, on est pass&#233; au tout-dire. Se r&#233;clamant de Fran&#231;oise Dolto, on affirme actuellement avec conviction que &#171; toute v&#233;rit&#233; est bonne &#224; dire &#187;. Alors qu'en r&#233;alit&#233;, Dolto recommandait, avec infiniment plus de nuances, de &#171; dire quelque chose qui est sur le chemin de la v&#233;rit&#233; &#187;, d'&#233;noncer plut&#244;t que de d&#233;noncer, d'&#233;voquer plut&#244;t que d'&#233;noncer, et ce toujours avec &#171; les mots pour le dire &#187;. Actuellement, le culte du tout-dire a malheureusement envahi les couples, avec une violence parfois sid&#233;rante. Aujourd'hui, on n'h&#233;site pas &#224; blesser son conjoint avec des informations insupportables. On le fait au nom de la valeur supr&#234;me de l'honn&#234;tet&#233;. Et ce faisant, on confond all&#232;grement honn&#234;tet&#233; (qui d&#233;signe l'&#233;quit&#233;, ce qui est juste) et sinc&#233;rit&#233; (qui d&#233;signe la transparence : dire ce qu'on a fait, ce qu'on ressent, ce qu'on pense, ce qu'on fantasme&#8230;). Or, dans un couple, plus ont est sinc&#232;re, plus on devient malhonn&#234;te ! En effet, en quoi est-il &#233;quitable de charger l'autre pour se d&#233;charger soi-m&#234;me ? D'infliger &#224; l'autre le fracas du savoir et de la v&#233;rit&#233;, afin de se d&#233;culpabiliser ou d'expurger ses quatre v&#233;rit&#233;s ? S'op&#232;re ici en r&#233;alit&#233; un passage de la stricte morale &#224; l'&#233;thique (qui est l'&#233;tude des fondements de la morale dans un contexte donn&#233;). Il y a des choses qui ne peuvent &#234;tre dites dans un couple, sous peine de l'ab&#238;mer, parfois irr&#233;m&#233;diablement. Le couple est un mythe (une illusion), que les partenaires se doivent absolument d'entretenir (Neuburger dit que pour former un couple, il faut pouvoir &#171; mensonger ensemble &#187;)&#8230; Le couple ne fait pas bon m&#233;nage avec la v&#233;rit&#233;, il lui pr&#233;f&#232;re largement l'insu. Par ailleurs, entre confiance et la fid&#233;lit&#233;, il faut choisir. Ce sont des notions tr&#232;s diff&#233;rentes. Si la confiance existe dans un couple, cela signifie que chacun peut confier &#224; l'autre ses d&#233;sarrois, ses difficult&#233;s (m&#234;me sexuelles). Contrairement &#224; la confiance, la fid&#233;lit&#233; ne peut &#234;tre un a priori fondateur, elle ne peut qu'en &#234;tre la cons&#233;quence librement consentie. Si le couple choisit de se structurer autour de cette notion de fid&#233;lit&#233;, la confiance en sera n&#233;cessairement absente, qui suppose que l'on puisse justement confier &#224; l'autre ses d&#233;sarrois, ses tentations, etc. O&#249; commence l'infid&#233;lit&#233; d'ailleurs, doit-on y inclure les &#171; mauvaises pens&#233;es &#187;, les r&#234;ves &#233;rotiques, les fantasmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple a besoin de certains piliers mythiques pour tenir debout. Le pilier principal est probablement la conviction absolue que l'autre n'a d'yeux que pour moi. Aussi stupide qu'elle puisse para&#238;tre, cette croyance n'en n'est pas moins indispensable. Tout ce qui vient infirmer cette illusion risque de laminer d&#233;finitivement le couple. Ceci est remarquablement illustr&#233; dans le film de Kubrick &#171; Eyes wide shut &#187;. Un couple &#233;chappe de justesse &#224; l'explosion, suite &#224; la r&#233;v&#233;lation, par la femme, d'un simple fantasme - fort ancien de surcro&#238;t - pour un autre homme. L'amour et le savoir s'opposent donc, comme le dramatise si bien le mythe de Psych&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travaux du groupe de Palo Alto sur la communication dans le couple, datant des ann&#233;es 60, ont parfois &#233;galement &#233;t&#233; mal compris et mal assimil&#233;s. Ces chercheurs avaient constat&#233; que les membres de couples en crise ne parvenaient pas &#224; commenter ce qu'ils communiquaient &#224; l'autre, avec quel &#233;tat d'esprit, suite &#224; quel v&#233;cu, etc. Ces chercheurs pr&#244;naient d&#232;s lors la m&#233;tacommunication, c'est-&#224;-dire la communication sur la communication. Mais ce qui avait &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233; uniquement pour les moments de crise, semble souvent s'appliquer aujourd'hui en toute circonstance ! Actuellement, on voit nombre de partenaires davantage spectateurs qu'acteurs de leur couple, plus en train de r&#233;fl&#233;chir &#224; leur couple qu'&#224; le vivre, tout occup&#233;s qu'ils sont &#224; analyser leur communication et &#224; veiller &#224; bien se faire comprendre&#8230; partenaires dont certains iront apprendre chez un psychologue &#224; moins psychologiser leur couple !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;sir se nourrit du manque. Pour maintenir le d&#233;sir dans un couple, chacun a int&#233;r&#234;t &#224; conserver sa part de myst&#232;re, &#224; cultiver son jardin secret, &#224; ne pas tout donner &#224; l'autre, &#224; continuer &#224; pouvoir le surprendre. Bref, &#224; ne pas trop, ni trop bien communiquer ! Lacan disait qu'aimer c'est demander &#224; l'autre ce qu'il ne peut pas donner&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, le mensonge ne nuit pas au couple. Le mensonge par omission (le pieux mensonge), lui, est tout simplement indispensable. Et le mensonge actif est parfois bien utile au maintien de la mythique du couple (encore une fois, il faut pouvoir se lib&#233;rer de la stricte morale, et r&#233;-interroger l'&#233;thique au cas par cas). Par contre ce qui peut &#234;tre fatal au couple, c'est la d&#233;sinformation. C'est faire croire &#224; l'autre qu'il n'a pas vu ce qu'il a vu, pas entendu ce qu'il a entendu, pas compris ce qu'il a compris, et qu'il ne doit donc pas penser ce qu'il pense (ce qu'on appelle aussi la disqualification) ! Il s'agit donc de &#171; faire prendre des vessies pour des lanternes &#187;. La d&#233;sinformation est une communication extr&#234;mement toxique puisqu'elle provoque une perte totale de confiance en soi, et plonge dans une confusion insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, interroger la communication, dans le couple, ne doit se faire qu'avec parcimonie, quand cela s'av&#232;re vraiment indispensable, et de fa&#231;on s&#233;curis&#233;e. Il faut pouvoir en quelque sorte appuyer sur la touche pause, et sortir trois pas hors du couple. Pour ce faire, il peut &#234;tre utile de recourir &#224; la technique de Pryce, le co-fondateur de la gestalt th&#233;rapie. Ce jeu communicationnel se joue en 4 rounds. Un des deux partenaires prend la main et d&#233;bute un round de 5 minutes, en commen&#231;ant son discours par : &#171; Il est important pour moi que tu saches que&#8230; &#187; ; et pendant ces 5 minutes, l'autre offre son &#233;coute, sans mot dire et sans connoter affectivement le discours du premier. Puis, ce sera au tour du second de prendre la main, et au premier d'&#233;couter pendant 5 minutes. Ensuite, le cycle recommence : 5 minutes l'un, 5 minutes l'autre. Apr&#232;s 20 minutes, le jeu s'arr&#234;te, et il est strictement interdit d'&#233;voquer les sujets abord&#233;s jusqu'au prochain jeu (qu'on prendra soin de ne pas programmer avec trop d'empressement). Au sein de ce jeu, on peut aussi utiliser la technique de Rappoport : parler pour l'autre (de mani&#232;re crois&#233;e), se mettre dans les pantoufles de l'autre, &#233;noncer ses plaintes et ses demandes. R&#233;sultat de ces deux jeux : rangeant l'amour-propre de c&#244;t&#233;, chacun se met &#224; &#233;couter attentivement, sans interrompre l'autre &#224; tout bout de champ pour sauver la face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il serait dommage de parler des hommes et des femmes sans aborder la question de la passion amoureuse et de l'amour. Que peut-on apprendre de la m&#233;tapsychologie &#224; ce sujet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La passion est intensification de la vie, globalisation de soi, suppl&#233;ment de sens, accroissement de l'&#233;nergie et de l'&#233;lan, sentiment d'exister, euphorie... Autrement dit, l'antith&#232;se, point par point, du v&#233;cu de d&#233;liquescence et de d&#233;r&#233;liction propre &#224; la d&#233;pression. La passion (dont l'&#233;tat amoureux et le coup de foudre sont plus ou mois des synonymes) peut ainsi &#234;tre comprise comme un travail mental destin&#233; &#224; traiter la d&#233;pression. Un Prozac naturel, une expression de nos capacit&#233;s d'auto-gu&#233;rison ! Il nous faut en effet comprendre la fonction de la passion, car elle est elle-m&#234;me source de souffrance. Il s'agit donc d'une souffrance consentie (de l'ordre de la tension) servant &#224; &#233;viter une souffrance redout&#233;e (de l'ordre de l'abattement). D&#232;s qu'un v&#233;cu d&#233;pressif pointe le bout de son nez, une passion peut &#234;tre enclench&#233;e par l'appareil psychique. La passion se construit sur une illusion : celle de l'accord parfait, avec une chose ou un &#234;tre (l'&#226;me s&#339;ur, l'&#233;lu). La recherche de l'orgasme simultan&#233; en est l'expression la plus m&#233;taphorique. La passion est la construction d'une synchronie fictive, servant &#224; lutter contre le v&#233;cu de d&#233;r&#233;liction. La passion, c'est quand un et un font un. Les &#171; pathos &#187; de la passion sont les in&#233;vitables d&#233;senchantements, d&#233;sillusions par rapport &#224; la fusion, &#224; la symbiose, &#224; l'accord parfait d&#233;sir&#233; ; c'est aussi l'in&#233;vitable lourdeur de la passion, le r&#233;el qui cogne &#224; la porte de l'obsession, la jalousie ; c'est encore la rage face &#224; sa propre d&#233;pendance affective. La cons&#233;quence de toutes ces souffrances, c'est le triste constat que un et un font deux. Dans la passion, on prend l'autre comme m&#233;tonymie du monde : &#171; tu es mon monde &#187; ; or, je suis totalement en phase avec toi ; donc je suis (enfin) en phase avec le monde&#8230;. Ceci constitue le syllogisme sophistique de la passion ! La passion proc&#232;de &#224; un double aveuglement : &#171; tu m'&#233;blouis - donc je ne te vois plus &#187;, &#171; tu me fascines - donc je ne vois plus les autres &#187;. Ainsi, la passion est aveugle, contrairement &#224; l'amour, qui est bien clairvoyant lui ! L'objet passionnel est d&#233;fini par Winnicott comme &#233;tant objet d'investissement avant que d'&#234;tre objet de perception. La passion se termine l&#224; o&#249; la perception commence. &#171; Surtout ne me dis pas ton pr&#233;nom ! Jusqu'&#224; pr&#233;sent tu es l'homme id&#233;al car je ne sais rien de toi ; mais imagine que ton pr&#233;nom ne me plaise pas : ce sera le d&#233;but du d&#233;senchantement. &#187; (Kundera). La passion r&#233;sulte de la projection d'un id&#233;al sur une sorte d'&#233;cran de cin&#233;ma sur pieds. La passion est une non-relation d'un sujet &#224; un objet (purement fonctionnel), servant &#224; lutter contre sa propre d&#233;pression. La passion est, par essence, narcissique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour, quant &#224; lui, est intersubjectif. C'est-&#224;-dire qu'il s'agit d'une relation d'un sujet &#224; un autre sujet. C'est aller au-del&#224; du narcissisme (partiellement du moins). C'est sortir en quelque sorte de la relation perverse (duelle et utilisationnelle), et rentrer dans la relation dite n&#233;vrotique (triangulaire). L'amour c'est quand un et un font trois. L'ensemble est plus (et diff&#233;rent) que la somme des parties. Le couple forme un syst&#232;me (comme l'eau est plus et diff&#233;rente que la somme de 2 H et de 1 O). L'amour, c'est le passage de l'aveuglement &#224; la clairvoyance. On peut parler d'un v&#233;ritable dualisme amour / passion. L'amour est le plus souvent le fruit d'un malentendu, d'un quiproquo (chacun pense qu'il int&#233;resse l'autre, alors que l'autre est en fait uniquement int&#233;ress&#233; par l'int&#233;r&#234;t qu'il lui est, pense t-il, port&#233; !). Cet hasard se transforme en n&#233;cessit&#233; de r&#233;parer ses pass&#233;s douloureux. Le choix d'objet, tel que d&#233;crit par Freud, n'existe pas ! Ce choix d'objet est ce que Fran&#231;ois Duyckaerts appelle &#171; le complexe du sultan &#187;. Selon Lacan, la demande caract&#233;rise l'amour, le besoin imp&#233;rieux de preuves d'amour : recevoir du respect, du temps, du trouble&#8230; Dans cette condition, il n'existe ni amour ni preuves d'amour (tel que le pensait Cocteau). Il n'y aurait que des demandes de preuves d'amour ! Une des toutes grandes observations de Freud est que l'ambivalence affective est intrins&#232;quement li&#233;e &#224; l'amour, c'est &#224; dire qu'amour et haine sont indissociables. Cette ambivalence peut s'expliquer par le fait de l'ali&#233;nation qui se produit dans l'amour, l'abdication de la volont&#233; propre dans la d&#233;pendance amoureuse, le pouvoir exorbitant que l'on place entre les mains de celui dont on est &#233;namour&#233; (&#171; tu peux faire de moi la personne la plus heureuse de la terre si tu acc&#232;des &#224; ma demande, et tu peux faire de moi la personne la plus mis&#233;rable si tu refuses &#187;). Selon Freud, cette composante haine peut tr&#232;s bien &#234;tre refoul&#233;e, projet&#233;e sur l'ext&#233;rieur, et nourrir ainsi une phobie, voire une parano&#239;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fine, l'amour &#233;chappe &#224; toutes d&#233;finitions. Il se nourrit du myst&#232;re, tel que nous l'enseigne le mythe de Psych&#233;. Cette derni&#232;re, simple mortelle, a l'insigne honneur de faire l'amour avec Eros (dieu de l'amour). Mais &#224; la seule condition qu'elle ne cherche jamais &#224; le regarder &#224; la lumi&#232;re. Apr&#232;s un certain temps, elle finit par d&#233;sob&#233;ir. Alors qu'il est endormi, Psych&#233; d&#233;couvre Eros &#224; la lueur d'une bougie. Mais, r&#233;veill&#233; par la douleur d'une goutte de cire ayant coul&#233; sur sa joue, Eros s'enfuit &#224; tout jamais. Psych&#233; paye ainsi la connaissance, le savoir, par la disparition de l'amour&#8230;L'amour reste donc bien cette illusion d&#233;licieuse (invent&#233;e au 12&#232;me si&#232;cle dans les romans courtois), qu'il faut se garder de trop interroger, au risque de le voir s'envoler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de conclusion, passons la parole au po&#232;te, lequel d&#233;fini tr&#232;s justement l'amour comme quelque chose qui apporte de la l&#233;g&#232;ret&#233; &#224; la vie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans les ailes que &#231;a vous donne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'&#234;tre aim&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste au ras des p&#226;querettes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envie de voler si l&#233;gitime&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passe par des moments intimes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'amour est une montgolfi&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie un voyage pas long &#224; faire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montons au-dessus des villes des campagnes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'effet de nos baisers de propane&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#339;urs l&#233;gers dans les nacelles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les amoureux volent dans le ciel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant en bas les c&#339;urs lourds&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ceux qui n'ont pas d'amour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie sans l'amour et ses d&#233;lices&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme un avion sans h&#233;lice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste au ras des p&#226;querettes &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au ras des p&#226;querettes &#187; - Alain Souchon&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;ternel, le f&#233;minin ?</title>
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		<dc:date>2010-04-02T07:52:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Roland Pec &lt;br class='autobr' /&gt; INTRODUCTION &lt;br class='autobr' /&gt;
1.	Le r&#244;le &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le est un sch&#233;ma de comportement qui est escompt&#233; d'un individu dans une situation sociale donn&#233;e (notion d'attente de r&#244;le). &#171; Alors que le statut est l'ensemble des comportements &#224; quoi un individu peut s'attendre l&#233;gitimement de la part des autres, son r&#244;le est l'ensemble des comportements &#224; quoi les autres s'attendent de sa part. &#187; (J. Stoezel). &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux m&#233;canismes sont essentiels pour rendre compte de la mani&#232;re dont les r&#244;les sont jou&#233;s : la pression sociale (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Psycho-.html" rel="directory"&gt;Articles Psycho&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Pec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_91 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L255xH170/femmee-17ca0.jpg?1698809258' width='255' height='170' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;INTRODUCTION&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.	Le r&#244;le&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le est un sch&#233;ma de comportement qui est escompt&#233; d'un individu dans une situation sociale donn&#233;e (notion d'attente de r&#244;le). &#171; Alors que le &lt;i&gt;statut&lt;/i&gt; est l'ensemble des comportements &#224; quoi un individu peut s'attendre l&#233;gitimement de la part des autres, son &lt;i&gt;r&#244;le &lt;/i&gt; est l'ensemble des comportements &#224; quoi les autres s'attendent de sa part. &#187; (J. Stoezel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux m&#233;canismes sont essentiels pour rendre compte de la mani&#232;re dont les r&#244;les sont jou&#233;s : &lt;i&gt;la pression sociale&lt;/i&gt; (les normes - si la contrainte sociale est ressentie comme ext&#233;rieure, et les &#171; aspirations personnelles &#187; - si la contrainte sociale est int&#233;rioris&#233;e), et &lt;i&gt;l'imitation&lt;/i&gt; (un processus psychosociologique fondamental pour comprendre ce qui motive les comportements humains).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	Les r&#244;les &#034;sexuels&#034; (li&#233;s au genre)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#244;les masculins et f&#233;minins sont par excellence des r&#244;les institu&#233;s. C'est-&#224;-dire qu'ils correspondent &#224; des diff&#233;renciations socialement reconnues et que leurs mod&#232;les de comportement sont tr&#232;s ext&#233;rieurs aux individus ; c'est la soci&#233;t&#233; qui les d&#233;finit. Dans toutes les cultures, la diff&#233;renciation sexuelle a donn&#233; lieu &#224; des r&#244;les distincts pour les hommes et pour les femmes. Ces r&#244;les d&#233;coulent des &#034;natures&#034; distinctes que chaque soci&#233;t&#233; assigne &lt;i&gt;arbitrairement&lt;/i&gt; &#224; ses hommes et &#224; ses femmes. Ayant &#233;tudi&#233; sept peuplades oc&#233;aniennes dans les ann&#233;es quarante, la c&#233;l&#232;bre anthropologue Margaret Mead affirme dans &#171; L'un et l'autre sexe &#187; que &#171; L'une et l'autre de ces qualit&#233;s s'est trouv&#233;e tant&#244;t attribu&#233;e &#224; un sexe tant&#244;t &#224; l'autre. Parfois, ce sont les gar&#231;ons qu'on consid&#232;re comme infiniment vuln&#233;rables et n&#233;cessitant des soins tr&#232;s particuliers, d'autres fois ce sont les filles. Certaines soci&#233;t&#233;s estiment que les femmes sont trop faibles pour travailler hors du logis, d'autres en revanche les consid&#232;rent comme porteuses &#233;minemment qualifi&#233;es de lourds fardeaux - &#171; car leur t&#234;te est plus solide que celle de l'homme &#187;. Chez certaines, les femmes sont tenues pour incapables de garder un secret ; dans d'autres, ce sont les hommes qui sont les bavards. On retrouve &lt;i&gt;toujours&lt;/i&gt; la distinction rev&#234;tant des formes infiniment vari&#233;es, et souvent contradictoires, des r&#244;les attribu&#233;s respectivement aux hommes et aux femmes. On ne conna&#238;t aucune culture qui ait express&#233;ment proclam&#233; une absence de diff&#233;rence entre hommes et femmes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'anthropologue am&#233;ricaine, cette division artificielle des r&#244;les a pour fonction de d&#233;velopper chez chacun des caract&#233;ristiques propres (constructivisme), contribuant ainsi &#224; former le sentiment &lt;i&gt;d'identit&#233;&lt;/i&gt;. L'indiff&#233;renciation sexuelle p&#232;serait d&#232;s lors comme une menace redoutable sur cette identit&#233; et, partant, sur le sentiment m&#234;me d'exister. Elle affirme ainsi que le sentiment d'appartenance &#224; un sexe prime sur ce qu'elle appelle &#034;la solidarit&#233; sociale&#034;. &#171; La fille issue d'une race qui se consid&#232;re comme sup&#233;rieure vous dira qu'elle pr&#233;f&#232;re &#234;tre femme dans une race consid&#233;r&#233;e comme inf&#233;rieure plut&#244;t qu'homme dans la sienne. &#187; ! Notons &#224; cet &#233;gard que la circoncision, pratiqu&#233;e par les juifs, les musulmans et de nombreuses soci&#233;t&#233;s traditionnelles, consiste, en partie du moins, &#224; ritualiser l'appartenance du jeune gar&#231;on au genre masculin, &#224; dramatiser le renoncement &#224; la bisexualit&#233; ; selon le psychanalyste Groddeck, en &#244;tant son pr&#233;puce au gar&#231;on, on &#244;te en fait le &#171; vagin &#187; qui recouvre son p&#233;nis ; et selon Bettelheim, la circoncision d&#233;tache le gar&#231;on de la m&#232;re (en modifiant le corps cr&#233;&#233; par elle), introduisant ainsi le gar&#231;on dans la communaut&#233; des hommes ; de m&#234;me, l'excision (clitoridectomie) contribue &#224; s&#233;parer les filles de leur part masculine, et &#224; les faire appartenir ainsi officiellement au genre f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.	Les cons&#233;quences de 1960&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations de Mead datent de 1948. Mais depuis une cinquantaine d'ann&#233;es, et plus pr&#233;cis&#233;ment depuis la commercialisation de la pilule de Gregory Pincus en 1960, la donne a profond&#233;ment chang&#233;. Les femmes des soci&#233;t&#233;s occidentales ont commenc&#233; &#224; refuser que l'anatomie p&#232;se encore et toujours sur leur destin (pour citer la c&#233;l&#232;bre formule de Freud). Se mettant &#224; contr&#244;ler la procr&#233;ation, et, donc leur corps (gr&#226;ce &#224; la pilule contraceptive, l'avortement, la procr&#233;ation m&#233;dicalement assist&#233;e &#8211; PMA&#8230;), les femmes ont op&#233;r&#233; en Occident une v&#233;ritable r&#233;volution. Les changements ne se sont pas fait attendre. Aujourd'hui, la division sexuelle du travail est pratiquement abolie ; les st&#233;r&#233;otypes de l'homme viril et de la femme f&#233;minine sont consid&#233;r&#233;s comme obsol&#232;tes ; les r&#244;les parentaux sont pulv&#233;ris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#232;s lors penser qu'en mettant fin au sch&#233;ma universel de la diff&#233;renciation des r&#244;les, notre civilisation s'est engag&#233;e sur une route inexplor&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il du r&#244;le f&#233;minin dans cette nouvelle &#232;re ? A-t-il r&#233;ellement perdu toute sp&#233;cificit&#233;, ou joue-t-il encore sa partition en coulisse ? Assiste-t-on &#224; l'av&#232;nement de l'androgyne ou &#224; la perp&#233;tuation secr&#232;te de &lt;i&gt;l'&#233;ternel f&#233;minin&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, je propose de diff&#233;rencier le r&#244;le &lt;i&gt;manifeste&lt;/i&gt;(discours officiel, superstructure) du r&#244;le &lt;i&gt;latent&lt;/i&gt;(sc&#232;ne inconsciente, infrastructure), et d'analyser l'un et l'autre s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; I. LE ROLE MANIFESTE : VERS UNE SOCIETE UNISEXUELLE ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A travers les &#226;ges, le r&#244;le manifeste de la femme a subi de nombreux changements de direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.	Lucie, la femme au foyer originelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division sexuelle des t&#226;ches n'existe pas chez l'animal (sauf chez le chimpanz&#233;, lequel est probablement plus proche de la lign&#233;e des hominid&#233;s que de celle des singes). Chez les carnassiers, m&#226;les et femelles chassent de la m&#234;me mani&#232;re (y compris les lions, la plupart du temps). Chez les primates (les animaux les plus proches de nous), la recherche de nourriture est individuelle et ne donne lieu &#224; aucune sp&#233;cialisation sexuelle. A l'inverse, chez l'homme, la diff&#233;rence sexuelle a toujours donn&#233; lieu &#224; la division sexuelle des t&#226;ches. Cette r&#232;gle est &#224; ce point universelle, qu'elle occupe un statut analogue &#224; celui que L&#233;vi-Strauss conf&#233;rait &#224; la prohibition de l'inceste. Ces deux r&#232;gles fondent v&#233;ritablement la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux hypoth&#232;ses explicatives (biologiques) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.La division sexuelle des t&#226;ches est probablement li&#233;e &#224; la perte progressive de l'&#339;strus et du rut (qui a lieu chez les mammif&#232;res de mi- septembre &#224; mi-octobre). C'est &#224; dire que les femelles se sont mise &#224; avoir des rapports sexuels &#224; des moments quelconques de leur cycle et de l'ann&#233;e, ce qui les s&#233;dentarise (elles sont tout le temps enceintes et tout le temps maman). Ainsi d&#233;butent au temps de Lucie, notre m&#232;re australopith&#232;que (dont le statut de femme est d'ailleurs quelque peu remis en question aujourd'hui&#8230;), il y a 3 millions d'ann&#233;es, les pr&#233;misses de la vie de couple et de la famille nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.Par ailleurs, cette division est concomitante des d&#233;buts de la bip&#233;die. Se mettant debout, il y a 2 millions d'ann&#233;es, les hominid&#233;s femelles (homo erectus) ont commenc&#233; &#224; porter leur nourrisson dans les bras ou &#224; les fixer sur le dos ; ce qui a d&#232;s lors rendu mal ais&#233;e la capture des animaux. Tout ceci a contraint les femelles ainsi que leurs petits &#224; une immobilit&#233; croissante. La m&#232;re s'occupe de plusieurs petits &#224; la fois, elle ne se d&#233;place plus et passe sa vie sur un territoire restreint, qu'elle conna&#238;t par cons&#233;quent &#224; fond. Ce faisant, elle va se mettre tout naturellement &#224; se sp&#233;cialiser dans la cueillette des v&#233;g&#233;taux, pendant que le m&#226;le continue de partir &#224; la chasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	La compl&#233;mentarit&#233; de l'homme deux fois sage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme de Cro-Magnon, le premier repr&#233;sentant d'homo sapiens sapiens en Europe (plus ou moins 30 000 ans, en Dordogne), m&#226;le, physiquement sup&#233;rieur, partait &#224; la chasse tandis que la femelle, immobilis&#233;e par ses grossesses, se r&#233;servait la cueillette. Chacun &#233;tait indispensable &#224; l'autre, car compl&#233;mentaire (notons que l'alliance des l&#233;gumes et de la viande assurait ainsi l'&#233;quilibre alimentaire). Ce faisant, et pour citer le c&#233;l&#232;bre pr&#233;historien Leroi-Gourhan, les sexes ont v&#233;cu sous l'angle de la collaboration tout au long du &lt;i&gt;pal&#233;olithique sup&#233;rieur&lt;/i&gt; (de 35 000 &#224; 10 000 ans) et du &lt;i&gt;m&#233;solithique&lt;/i&gt; (de 9000 &#224; 7000 ans), c'est &#224; dire pendant plus ou moins 30 000 ans. L'homme qui, fort de son physique, a domin&#233; la femme de tout temps serait donc un mythe. Pour illustrer ce dernier point, Margaret Mead nous donne un exemple contemporain : chez les Tchambuli, une peuplade d'&#224; peine six cents personnes vivant au bord d'un lac de Nouvelle-Guin&#233;e, les femmes sont vives, sans parure, dominatrices et travailleuses, alors que les hommes, d&#233;coratifs et couverts d'ornements, font de la sculpture, de la peinture et de la danse, et sont plut&#244;t soumis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.	L'empire des V&#233;nus : apog&#233;e du prestige f&#233;minin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques 7000 ans appara&#238;t une transformation radicale de la vie quotidienne : la chasse et la cueillette font place &#224; la domestication de l'animal et de la plante ; c'est la r&#233;volution n&#233;olithique, une r&#233;volution technique. La femme va s'av&#233;rer &#234;tre au centre de cette brusque mutation, et son prestige va v&#233;ritablement monter en fl&#232;che. Un des arguments de cette th&#232;se est l'apparition des &lt;i&gt;V&#233;nus&lt;/i&gt;. On a retrouv&#233; en effet un nombre impressionnant de sculptures et de repr&#233;sentations diverses de d&#233;esses datant du n&#233;olithique. Le raisonnement des protohistoriens est le suivant : puisque les religions d'alors, tout comme les id&#233;ologies d'aujourd'hui, n'&#233;taient pas coup&#233;es du monde r&#233;el, les V&#233;nus t&#233;moignent certainement de la place centrale occup&#233;e par la femme dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux hypoth&#232;ses explicatives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Au cours de cette p&#233;riode o&#249; l'&#234;tre humain commence &#224; ma&#238;triser la nature plut&#244;t que de se contenter de la subir, ce sont les femmes avant tout qui font pousser les produits de la terre. Leroi-Gourhan d&#233;fend m&#234;me l'id&#233;e que l'agriculture est une invention f&#233;minine, trouvant son origine dans l'horticulture. De surcro&#238;t, on pense aujourd'hui que ce sont les femmes qui ont invent&#233; les outils. Chez les chimpanz&#233;s, esp&#232;ce extr&#234;mement proche de la n&#244;tre (nous avons 97 % de g&#232;nes en commun), ce sont effectivement les femelles qui cr&#233;ent les outils (tels &#171; le marteau &#187; et &#171; l'enclume &#187;), les utilisent et transmettent le mode d'emploi &#224; leurs filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Par ailleurs, il semble de plus en plus certain que dans les croyances ancestrales, l'homme n'intervenait que tr&#232;s peu, voire pas du tout, dans la procr&#233;ation ! On concevait probablement la reproduction de l'esp&#232;ce comme une sorte de parth&#233;nogen&#232;se (procr&#233;ation sans f&#233;condation), conf&#233;rant ainsi aux femmes le pouvoir grandiose, et exclusif, de cr&#233;er la vie. Un pouvoir de nature litt&#233;ralement divine. Progressivement, les valeurs de la vie vont ainsi l'emporter sur la fascination de la mort (qui &#233;tait bien entendu l'apanage de l'homme, du chasseur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la femme &#233;tait donc r&#233;serv&#233;es la fertilit&#233; v&#233;g&#233;tale et la f&#233;condit&#233; humaine. Les V&#233;nus &#233;taient d&#233;s lors des &lt;i&gt;d&#233;esses-Terre&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;d&#233;esses-M&#232;re&lt;/i&gt;. Les repr&#233;sentations que l'on en faisait tenaient en un cercle, comprenant les seins, le ventre, le pubis et les hanches, le tout hypertrophi&#233;, v&#233;ritable &#171; cercle magique de la f&#233;condit&#233; &#187; (Elisabeth Badinter).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement au sacre de la femme, se produit le d&#233;clin de l'homme. Abandonnant la chasse pour &#233;lever son troupeau, on peut facilement imaginer le coup port&#233; &#224; son prestige. De v&#233;ritable h&#233;ros osant se mesurer &#224; d'effrayantes b&#234;tes sauvages, il se mue en paisible p&#226;tre, parfaitement inoffensif&#8230; L'ascension de l'un fut donc bien concomitante de la chute de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette supr&#233;matie f&#233;minine va se maintenir pendant 2 mille ans environ. La soci&#233;t&#233; d'alors est v&#233;ritablement matriarcale. Il est int&#233;ressant de noter qu'on retrouve encore ce genre de soci&#233;t&#233; de nos jours chez les chimpanz&#233;s bonobos, l'esp&#232;ce la plus proche de la n&#244;tre (99% de g&#232;nes en commun, ils se d&#233;placent debout, copulent face &#224; face, s'embrassent sur la bouche, etc.) ; chez eux, la domination du groupe est le fait d'une femelle, la matriarche, qui souffle v&#233;ritablement le chaud et le froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, l'&#233;quilibre va progressivement se r&#233;tablir. A l'&#226;ge des m&#233;taux (de - 4000 &#224; - 2000 ans), on va voir appara&#238;tre des dieux masculins aux c&#244;t&#233;s des d&#233;esses (un exemple de dualisme divin apparu lors de la p&#233;riode m&#233;galithique, &#224; partir de &#8211; 3000 ans, est l'association des menhirs - masculins et c&#233;lestes , et des dolmens - f&#233;minins et terrestres). Et rien ne nous interdit de penser que la relation entre les sexes &#233;tait, &#224; cette &#233;poque b&#233;nie, pendant environ 2000 ans, &#224; l'image de ces couples de dieux qui se partageaient le ciel et la terre : &#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.	Les d&#233;esses sont tomb&#233;es sur la t&#234;te : la domination des hommes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Moyen-Orient, &#224; l'&#226;ge du Bronze (en -1800), s'op&#232;re une v&#233;ritable r&#233;volution religieuse : le remplacement des d&#233;esses d'antan par un dieu tout-puissant. En moins de 1000 ans, Brahm&#226;, Zeus, Jupiter et Yahv&#233; s'imposent aux hommes comme les p&#232;res de l'humanit&#233;. Ces d&#233;esses renvers&#233;es t&#233;moignent de l'av&#232;nement d'une nouvelle &#232;re : celle du patriarcat (celui-ci &#233;tant, pour rappel, une forme de famille fond&#233;e sur la domination paternelle et sur la patrilin&#233;arit&#233;). Adorer Dieu, c'&#233;tait abandonner la M&#232;re pour le P&#232;re. Chouraqui, le c&#233;l&#232;bre traducteur de la bible, dit que la famille biblique est &#171; endogamique (on se marie avec un membre de sa propre parent&#232;le), patrilin&#233;aire (la filiation vient du p&#232;re), patrilocale (on r&#233;side l&#224; o&#249; r&#233;sidait le mari) et polygame (en fait : polygine) &#187;, et aussi que &#171; le p&#232;re peut vendre ses enfants ou les offrir en sacrifice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le patriarcat appara&#238;t-il ? Probablement parce que la r&#233;volution n&#233;olithique a entrain&#233; une accumulation de richesses, que la convoitise &#224; ainsi &#233;t&#233; attis&#233;e, et que les guerres ont d&#232;s lors commenc&#233; &#224; se g&#233;n&#233;raliser. Ce qui a r&#233;g&#233;n&#233;r&#233; le culte du h&#233;ros et le culte de la force physique. Les muscles sont revenus ainsi conf&#233;rer &#224; l'homme le prestige qu'il avait perdu depuis le n&#233;olithique. Le patriarcat stricto sensu fut introduit en Occident par la d&#233;mocratie ath&#233;nienne au V&#232;me si&#232;cle avant J.-C. &#171; C'est l'homme qui transmet l'&#226;me, principe divin qui fait de l'&#234;tre vivant un humain. Comme tel, il est sup&#233;rieur &#224; la femme dont la mati&#232;re est d&#233;nu&#233;e de forme et de raison. &#187; (Aristote).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acte fondamental du patriarcat fut de reconna&#238;tre sa paternit&#233; biologique &#224; l'homme (d'o&#249; la patrilin&#233;arit&#233;). Partant, la procr&#233;ation et la filiation se sont trouv&#233;es &#234;tre du ressort de ce dernier. On retrouve cette pr&#233;occupation de la paternit&#233; dans les rituels de couvade, tr&#232;s largement r&#233;pandus dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles : une strat&#233;gie pour les hommes de prouver leur paternit&#233; ; notons que dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, ces rituels existent &#233;galement, mais sous la forme d&#233;guis&#233;e de sympt&#244;mes psychosomatiques : prise de poids, troubles dentaires, troubles ORL, orgelet... Le concept de paternit&#233; va m&#234;me beaucoup plus loin avec la notion du &#171; pater familias &#187; qui appara&#238;t dans la famille romaine. Ce chef de famille omnipotent, outre son droit de vie ou de mort sur ses enfants, pouvait exercer un droit de regard sur la filiation ; il pouvait ainsi exclure un membre de la famille ou bien au contraire y adjoindre un &#233;tranger (comme C&#233;sar le fit avec Brutus). Le patriarcat eut donc comme principale cons&#233;quence de d&#233;poss&#233;der les femmes de leur r&#244;le traditionnel de procr&#233;ation et de filiation. Afin d'officialiser cela, les hommes ont invent&#233; le mariage ! &#171; D&#233;signant qui sont les p&#232;res, les rites du mariage ajoutent une autre filiation &#224; la filiation maternelle, seule &#233;vidente. &#187; (Margaret Mead). Et l'obsession des hommes quant &#224; la fid&#233;lit&#233; des femmes a pour essentielle finalit&#233; de prot&#233;ger leur filiation : en &#233;pousant une femme, le mari prend possession de son ventre et de tout ce qu'il abritera. Le patriarcat est donc venu r&#233;pondre &#224; la profonde inqui&#233;tude de l'homme quant &#224; la r&#233;alit&#233; de sa paternit&#233;. Angoisse &#224; laquelle met potentiellement fin les r&#233;cents tests de paternit&#233;&#8230; avec quel impact sur le devenir des relations homme-femme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de l'antiquit&#233; (&#224; partir de -3000), du moyen-&#226;ge (&#224; partir de 476) et des temps modernes (de 1453 &#224; 1789) (ce qui ne repr&#233;sente somme toute que 3 &#224; 4 mill&#233;naires), le patriarcat r&#233;gnera en ma&#238;tre. Les femmes y joueront le m&#234;me r&#244;le au fil des si&#232;cles : se mettre au lit et mettre au monde&#8230;Depuis l'invention du patriarcat, les soci&#233;t&#233;s matriarcales ont p&#233;riclit&#233; partout dans le monde. Seuls subsistent quelques vestiges, comme la tribu Na dans le Yunnan, tel qu' &#224; l'ouest de la Chine et au nord de l'Inde (au N&#233;pal, au Ladakh, le peuple tib&#233;tain Somo&#8230;), entre le Yunnan et le Sichuan, le peuple Kunuma dans la r&#233;gion nilo-saharienne ou les tribus iroquoises au sud du lac Ontario. On retrouve dans ces soci&#233;t&#233;s la matrilin&#233;arit&#233; et la polyandrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.	Le triple parricide : la femme contre-attaque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise va s'articuler autour d'une triple ex&#233;cution, un triple parricide en l'occurrence. Les trois p&#232;res &#224; qui l'on va successivement trancher la t&#234;te sont le Roi, Dieu et le P&#232;re. Remarquons que le besoin de fraternit&#233; dut &#234;tre particuli&#232;rement pr&#233;gnant pour les r&#233;volutionnaires ; et ceci en r&#233;f&#233;rence &#224; Freud, lequel a montr&#233; que le sentiment de fraternit&#233; prend naissance autour du meurtre du p&#232;re perp&#233;tr&#233; en commun ! Sur ce point de la fraternit&#233;, notons encore la r&#233;flexion du philosophe Jean Lacroix : &#171; La d&#233;mocratie moderne se pr&#233;sente comme une recherche de fraternit&#233; accompagn&#233;e d'un refus de paternit&#233;. &#187;. Les Temps Modernes furent ceux de la royaut&#233;, de la religion et du patriarcat ; l'&#233;poque contemporaine sera donc celle de la r&#233;publique, de la la&#239;cit&#233; et de l'&#233;galit&#233; en droit des sexes. Sur le plan id&#233;ologique du moins... Condorcet fut sans doute le premier homme politique &#224; militer pour l'&#233;galit&#233; des sexes. Son projet de d&#233;cret de 1792 (droit des femmes &#224; l'&#233;ducation, car seuls sont libres ceux qui ont acc&#232;s &#224; l'instruction) n'eut pas le moindre d&#233;but d'ex&#233;cution, mais les id&#233;es &#233;taient du moins pos&#233;es. Dans les faits, pendant pr&#232;s de deux si&#232;cles, les femmes ont d&#251; lutt&#233; pour leurs droits civiques, &#233;ducatifs et, in fine, corporels (le contr&#244;le de la procr&#233;ation). Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que l'&#233;galit&#233; civique et &#233;ducative des sexes devienne une r&#233;alit&#233; en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, rappelons quelques dates : en 1869, l'&#233;tat du Wyoming est le premier &#224; accorder le droit de vote aux femmes (3 ans seulement apr&#232;s l'abolition de l'esclavage !) ; en 1929, toutes les femmes peuvent voter aux Etats-Unis ; en France, les femmes devront attendre 1944 (De Gaulle). En 1879, les Fran&#231;aises acqui&#232;rent le droit d'int&#233;grer les &#233;coles normales afin de devenir institutrices ; en 1914, elles peuvent passer leur bac et, en 1924, elles peuvent entrer &#224; l'universit&#233;. En 1957, le trait&#233; de Rome proclame le principe &#171; A travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187;. En 1917, l'infirmi&#232;re am&#233;ricaine Margaret Sanger distribue les premiers diaphragmes (Birth Control) ; c'est encore elle qui en 1951 sollicite le Dr Pincus pour la mise au point d'un contraceptif oral ; ce dernier verra le jour en 1960 ; l'avortement est l&#233;galement accept&#233; en Angleterre en 1967, aux Etats-Unis en 1973 et en France en 1975. Il est int&#233;ressant de noter que les deux guerres mondiales ont beaucoup fait pour l'&#233;mancipation des femmes ! Ne fusse-que parce qu'elles ont &#233;loign&#233; les hommes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait en outre dommage de ne pas citer, dans cette br&#232;ve chronologie du combat des femmes, le cas assez exceptionnel des Pr&#233;cieuses. Ces f&#233;ministes avant la lettre militaient entre 1650 et 1660, en France, pour leur droit &#224; l'ascension sociale, &#224; la dignit&#233; et au savoir ; elles combattaient l'autoritarisme de p&#232;re et du mari, et s'insurgeaient contre l'obligation du mariage et de la maternit&#233;. Comme on le sait, cette attitude les conduisit &#224; se faire traiter de &#171; ridicules &#187; par leurs contemporains&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.	Les ann&#233;es mutantes : l'av&#232;nement de l'androgyne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Occident des ann&#233;es soixante et septante est le lieu de transformations sans pr&#233;c&#233;dents. A la suite d'Elisabeth Badinter, on peut v&#233;ritablement parler d'&#171; ann&#233;es mutantes &#187;. La r&#233;volution est cette fois-ci &#224; la fois m&#233;dicale et &#233;thique. Il s'agit bien entendu du contr&#244;le de la procr&#233;ation. Et dans la foul&#233;e, l'antique amalgame chr&#233;tien amour/sexualit&#233;/procr&#233;ation vole en &#233;clat, donnant naissance &#224; trois notions parfaitement distinctes ! Ensuite, les femmes ont mis fin &#224; l'ancestrale division sexuelle du travail (m&#234;me si les r&#233;tributions et les pouvoirs sont encore distribu&#233;s de mani&#232;re in&#233;quitable, les femmes ont acc&#232;s, pour l'ensemble, aux m&#234;mes professions que les hommes). Et enfin, le mariage ne constitue plus &#034;un &#233;change de femmes entre deux groupes d'hommes, simple instrument de paix sociale&#034; (ainsi que le d&#233;finissait Claude L&#233;vi-Strauss), mais bien le pacte romantique conclu par deux individus. N'ayant plus pour essentielle vocation de r&#233;unir deux parent&#232;les, le mariage a ainsi perdu la majeure partie de sa signification traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons au passage que puisque les femmes n'ont plus ni valeur d'&#233;change ni valeur de paix, la n&#233;cessaire prohibition de l'inceste perd sa principale justification ; de plus, on sait aujourd'hui que sur le plan biologique, les unions endogames ne sont pas n&#233;cessairement plus n&#233;fastes que les autres (&#224; l'&#233;chelle d'une g&#233;n&#233;ration du moins) ; et on peut m&#234;me aller jusqu'&#224; se poser la question sur le plan psychologique&#8230;(W. Pomeroy &#8211; co-auteur du rapport Kinsey : &#171; il est temps de reconna&#238;tre que l'inceste n'est pas n&#233;cessairement une perversion ou une forme de maladie mentale, mais qu'il peut &#234;tre parfois b&#233;n&#233;fique &#187;) ! Dans nos soci&#233;t&#233;s hyper-individualistes, peu soucieuses des parent&#232;les, le tabou universel de l'inceste va-t-il donc tomber en d&#233;su&#233;tude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mutations proc&#232;dent d'un seul et m&#234;me dynamisme : la femme qui se soustrait &#224; la domination de l'homme, l'&#233;galit&#233; des droits qui s'instaure entre les sexes... Et cette &#233;galit&#233; n'a pas tard&#233; &#224; engendrer la ressemblance. Depuis lors, on a effectivement parfois bien du mal &#224; diff&#233;rencier les r&#244;les masculins et f&#233;minins. Une femme qui travaille, qui part &#224; la guerre (la tr&#232;s traditionnelle Royal Navy admet &#224; ce titre des femmes &#224; bord de ses b&#226;timents depuis la fin des ann&#233;es quatre-vingts), qui confie ses enfants pendant la journ&#233;e&#8230; en quoi est-ce donc fondamentalement diff&#233;rent d'un homme ? De nos jours, nous nous rendons chez des coiffeurs unisexes, enfilons des jeans unisexes, nous aspergeons de parfums unisexes, il semble m&#234;me nous venir des pens&#233;es unisexes, des &#233;mois unisexes&#8230; serions-nous devenus unisexu&#233;s, ou plus exactement bisexu&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Freud, tout &#234;tre humain est bisexu&#233; &#224; l'origine. Cette bisexualit&#233; doit normalement prendre fin gr&#226;ce &#224; la r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe (vers l'&#226;ge de six ans) ; cette r&#233;solution dote l'individu d'une identit&#233; sexuelle stable, par l'instauration d'un Surmoi &#171; h&#233;t&#233;rosexualisant &#187;. A l'adolescence, p&#233;riode des ultimes transformations, l'individu ach&#232;ve son d&#233;veloppement psycho-sexuel par la revendication de son identit&#233; sexuelle, m&#226;le ou femelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lumi&#232;re de cette th&#233;orie, l'&#233;volution psycho-sexuelle observ&#233;e dans notre soci&#233;t&#233; ne conduirait donc plus les individus &#224; refouler leur bisexualit&#233;. Le complexe d'&#338;dipe, si tant est qu'il existe encore, aurait d&#232;s lors subi de tr&#232;s profonds remaniements. Et pass&#233; le cap de l'adolescence, les individus continueraient toute leur vie &#224; cultiver la part h&#233;t&#233;rog&#232;ne de leur psychisme. Ceci semble &#234;tre confirm&#233; par le second rapport Kinsey (r&#233;alis&#233; en 1970, dans la r&#233;gion de San Francisco notamment) ; ce dernier met en &#233;vidence un continuum h&#233;t&#233;ro-homosexuel chez les &#234;tre humains, allant du penchant h&#233;t&#233;ro exclusif (degr&#233; 0 de l'&#233;chelle) au penchant homo exclusif (degr&#233; 6 de l'&#233;chelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors qu'en est-il des r&#233;percussions sur l'identit&#233; (rappelez-vous la th&#232;se centrale de M Mead) ? Priv&#233;s de notre principal support, sommes-nous davantage expos&#233;s &#224; des crises existentielles ? Sommes-nous davantage sujet &#224; la d&#233;pression ? Avons-nous perdu dans le fond le moyen le plus s&#251;r de nous faire exister ? Les donn&#233;es &#233;pid&#233;miologiques semblent bien aller dans ce sens, en effet. Il est clair qu'au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, la d&#233;pression est devenue le grand mal psychique de nos soci&#233;t&#233;s (au d&#233;triment de la n&#233;vrose). Et, de surcro&#238;t, la nature de la d&#233;pression a fortement chang&#233; ; traditionnellement la cons&#233;quence d'une auto-culpabilisation pers&#233;cutrice, la d&#233;pression se traduit plus aujourd'hui par un sentiment de vide, d'ennui, de d&#233;personnalisation&#8230; De l&#224; &#224; trouver dans la plus large indiff&#233;renciation des r&#244;les sexuels une source importante de ces &#034;d&#233;pressions-vacuit&#233;&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, Elisabeth Badinter propose une lecture infiniment plus optimiste. Elle affirme qu'&#171; Il faut modifier le sch&#233;ma freudien. A la bisexualit&#233; originaire succ&#232;de toujours l'&#233;laboration du sentiment d'identit&#233; sexuelle, mais l'&#233;volution psychologique ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Lorsque l'identit&#233; de genre est bien int&#233;gr&#233;e, l'&#234;tre humain peut retrouver, telle une possibilit&#233; suppl&#233;mentaire d'&#233;panouissement, les avantages de sa bisexualit&#233;. &#187; Donc, construire avant de d&#233;construire. Et sans aucune menace pour l'identit&#233;. Il ne s'agit pas d'aboutir &#224; un flou, &#224; une fusion, &#224; une simultan&#233;it&#233;, mais bien &#224; une alternance des genres. Cette position est assez proche de celle d'un Groddeck, lequel d&#233;fendait l'id&#233;e d'une bisexualit&#233; universelle qui perdure la vie enti&#232;re (l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; exclusive &#233;tant le signe d'un refoulement excessif). Ou encore de celle d'un Jung, qui proposait l'id&#233;e d'une bisexualit&#233; de l'&#226;me (animus/anima), laquelle ne s'actualisait v&#233;ritablement qu'&#224; l'&#226;ge adulte (c'est-&#224;-dire autour de 40 ans !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Robert Neuburger affirme que le couple actuel est pri&#233; de conf&#233;rer &#224; ses membres l'ensemble des identit&#233;s qui &#233;taient autrefois fournies par les diverses institutions sociales. En ce y compris l'identit&#233; sexuelle. D&#232;s lors, les couples d'aujourd'hui sont surcharg&#233;s, on leur demande de prodiguer toutes les satisfactions : affectives, sexuelles, intellectuelles, mat&#233;rielles... c'est beaucoup leur demander, et voil&#224; probablement l'une des origines de leur fr&#233;quente faillite. Faillite dont l'indiff&#233;renciation des r&#244;les sexuels &#224; l'&#233;chelle soci&#233;tale ne serait sans doute pas &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, sur la sc&#232;ne manifeste, notre soci&#233;t&#233; semble pouvoir clamer que &lt;i&gt;l'anatomie ne fait plus le destin&lt;/i&gt;, et para&#238;t d&#232;s lors pr&#234;te &#224; accueillir l'androgyne en grande pompe. La femme ne sera pas &#034;l'avenir de l'homme&#034; (comme le chantait le po&#232;te), elle &lt;i&gt;sera&lt;/i&gt; l'homme. L'androgyne arrive, l'androgyne est d&#233;j&#224; l&#224;, qui remplace une diff&#233;renciation sexuelle dissoute dans une civilisation individualiste et narcissique, o&#249; chacun se veut le tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'homme ne peut &#234;tre le tout, il le sait. Et on peut se demander, avec Elisabeth Badinter, s'il va accepter encore longtemps de tout partager avec les femmes, tout sauf l'essentiel : la capacit&#233; d'enfanter, ainsi que la capacit&#233; &#224; identifier le p&#232;re avec certitude ! Il est ais&#233; de concevoir que pour l'homme d'aujourd'hui, l'&#233;galit&#233; des sexes ressemble fort &#224; un jeu de dupe. Une arnaque o&#249; il a c&#233;d&#233; ses pouvoirs sans contre-partie. Et si les tests de paternit&#233; avaient tendance &#224; se g&#233;n&#233;raliser ? Et si les hommes cherchaient un jour &#224; &#244;ter aux femmes l'exclusivit&#233; de la maternit&#233; ?! Il est d&#233;j&#224; envisageable que les femmes partagent leur pr&#233;rogative avec la machine : le d&#233;veloppement complet d'un f&#339;tus in vitro est aujourd'hui techniquement possible. Mais bien plus incroyable, bien plus fou, l'homme enceint, la grossesse masculine, semble &#233;galement possible ! D'abord, on sait que l'embryon peut parfois se d&#233;velopper jusqu'&#224; terme dans la cavit&#233; abdominale (grossesse extra-ut&#233;rine) ; il s'agit donc d'implanter dans l'abdomen d'un homme un embryon &#233;prouvette &#226;g&#233; de quelques jours. Ensuite, les r&#233;gulations hormonales au cours de la grossesse peuvent &#234;tre assur&#233;es par l'interm&#233;diaire d'injections hormonales appropri&#233;es. Qui peut affirmer aujourd'hui que nul ne franchira l'ultime fronti&#232;re ? Lorsque la soci&#233;t&#233; occidentale a reconnu &#224; la femme le droit d'avorter, elle a admis que le d&#233;sir de l'adulte l'emportait sur toute autre consid&#233;ration. Qu'est-ce qui emp&#234;che d&#232;s lors l'humanit&#233; de franchir une &#233;tape suppl&#233;mentaire sur la voie de la toute-puissance, de la compl&#233;tude absolue, de l'hermaphrodite ultime ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Il y avait trois esp&#232;ces d'hommes et non deux, comme aujourd'hui ; le m&#226;le, la femelle et une troisi&#232;me compos&#233;e des deux autres. C'&#233;tait l'esp&#232;ce androgyne, ronde et compl&#232;te, &#224; pr&#233;sent disparue. &lt;/i&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;(Aristophane au &lt;i&gt;Banquet&lt;/i&gt; de Platon)&lt;/h3&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;II. LE ROLE LATENT : DEUX DESEQUILIBRES FONDATEURS&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur la sc&#232;ne latente, force est de constater que l'anatomie fait toujours et encore le destin. La diff&#233;rence biologique entre les deux sexes donne toujours lieu &#224; d'in&#233;luctables d&#233;s&#233;quilibres. Parmi ces d&#233;s&#233;quilibres, il en est deux qui s'av&#232;rent capitaux, car la femme y trouve le moyen de tisser, en catimini, le destin de l'humanit&#233;. On les baptisera ici le d&#233;s&#233;quilibre&lt;i&gt; Jocaste &lt;/i&gt; et le d&#233;s&#233;quilibre &lt;i&gt;Aphrodite&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. LE DESEQUILIBRE JOCASTE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.	La petite m&#232;re des peuples&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#234;tre humain est issu d'une femme, et pratiquement tout &#234;tre humain est &#233;lev&#233; par une femme. Il faut bien admettre que, m&#234;me aujourd'hui, le paternage reste une pratique anecdotique. Le ph&#233;nom&#232;ne des &#171; nouveaux p&#232;res &#187;, tr&#232;s en vogue dans les ann&#233;es quatre-vingts, est actuellement vu par les sociologues comme un mythe et non une r&#233;alit&#233;. Margaret Mead, quant &#224; elle, tient le paternage comme tout &#224; fait exceptionnel dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles (elle l'a trouv&#233; par exemple chez les Arapesh, une peuplade vivant dans les montagnes de Nouvelle-Guin&#233;e). L'enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par Hite en 1981 aupr&#232;s de 7000 hommes confirme que tr&#232;s peu d'entre eux reconnaissent avoir &#233;t&#233; ou &#234;tre proches de leur p&#232;re (par exemple, tr&#232;s peu ont &#233;t&#233; tenus dans ses bras ou c&#226;lin&#233;s par lui). Selon une statistique de l'INSEE datant de la fin des ann&#233;es 80, une femme salari&#233;e consacrait 42 minutes quotidiennes aux soins des enfants (et passait 3 heures en leur compagnie) alors que le p&#232;re ne leur accordait que 6 minutes. Et selon une &#233;tude am&#233;ricaine r&#233;cente, les p&#232;res passent 4 fois moins de temps que la m&#232;re en t&#234;te-&#224;-t&#234;te avec l'enfant. En outre, 50% des p&#232;res s&#233;par&#233;s voient leurs enfants moins d'une fois par mois et 27% ne les voient plus jamais !! Guy Corneau, quant &#224; lui, parle des p&#232;res &lt;i&gt;manquants &lt;/i&gt; : &#171; ce sont des p&#232;res absents physiquement et psychologiquement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les gar&#231;ons comme les filles soient pareillement &#233;lev&#233;s par une femme, donne lieu, selon la vision classique de la psychanalyse notamment, &#224; un d&#233;s&#233;quilibre fondamental. En effet, d&#232;s la naissance, le gar&#231;on est d&#233;sir&#233; par sa m&#232;re, car il constitue pour elle un objet sexuel ad&#233;quat ! Ce d&#233;sir reste bien-entendu inconscient. A ce titre, Freud &#233;crit : &#171; Les m&#232;res seraient bien &#233;tonn&#233;es si on leur disait que leur regard de m&#232;re contient en m&#234;me temps que l'amour, le d&#233;sir du sexe oppos&#233;, donc le d&#233;sir de leur fils. &#187; Ce d&#233;sir n'existe &#233;videmment pas pour la fille. D'autre part, de son c&#244;t&#233;, le gar&#231;on rencontre d'embl&#233;e son objet d'amour &#339;dipien. La fille devra quant &#224; elle patienter de nombreuses ann&#233;es avant de rencontrer le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences inaugur&#233;es d&#232;s le berceau par Jocaste marqueront le destin des hommes, des femmes et, in fine, de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	Destin du petit gar&#231;on&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	Stade oral :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Un nourrisson qui t&#232;te se remplit non seulement de lait, mais aussi de tout le contexte maternel (on parle aussi de &#171; gestalt &#187; maternelle) : son odeur, sa voix, et aussi son amour et son d&#233;sir. Un gar&#231;on est tr&#232;s fort aim&#233; et d&#233;sir&#233; par sa m&#232;re. D'une part, il constitue pour elle un objet sexuel satisfaisant. Et d'autre part, il r&#233;pond &#224; son vieux r&#234;ve de compl&#233;tude : la bisexualit&#233;. Freud disait &#224; ce propos qu'un fils repr&#233;sente pour sa m&#232;re un substitut de p&#233;nis ! L'intensit&#233; de cet amour entra&#238;ne chez le petit gar&#231;on l'intensit&#233; de l'amour de soi, autrement dit le narcissisme primaire. Un gar&#231;on h&#233;rite ainsi de sa m&#232;re une confiance de base solide, tant en lui-m&#234;me que dans le monde ext&#233;rieur. Et, de surcro&#238;t, gr&#226;ce au d&#233;sir dont il est l'objet, une identit&#233; sexuelle pr&#233;coce, acquise lors d'un stade de l'&#233;volution psychologique qu'on pourrait qualifier de &#171; proto-oedipienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de noter que ce dernier point est contest&#233; par de nombreux psychanalystes actuels, lesquels accordent davantage d'importance aux processus pr&#233;-oedipiens chez l'enfant de moins de 2 ans. Selon cette lecture, qui accorde plus d'importance &#224; la notion d'identification qu'&#224; celle de d&#233;sir, les petits gar&#231;ons ont infiniment plus de mal &#224; acqu&#233;rir leur identit&#233; sexuelle que les petites filles (et cela les poursuivrait d'ailleurs tout au long de leur vie). En effet, d&#232;s la naissance, leur objet identificatoire est souvent loin, parfois absent, alors que les petites filles ont le leur sous la main. Le processus identificatoire des filles s'accomplit ainsi sous la forme positive &#8211; par identification &#224; la m&#232;re, alors que celui des gar&#231;ons ne peut s'accomplir que de mani&#232;re n&#233;gative - par contre-identification &#224; la m&#232;re (ce qu'il ne faut &lt;i&gt;pas faire&lt;/i&gt; pour &#234;tre masculin). Par cons&#233;quent, on est d'embl&#233;e une fille, alors qu'on &lt;i&gt;devient &lt;/i&gt; un gar&#231;on - &#171; Tu seras un homme mon fils ! &#187; (et &#224; quel prix, cf. Rudyard Kipling : &#171; si tu peux voir d&#233;truit l'ouvrage de ta vie et sans dire un mot te mettre &#224; reb&#226;tir&#8230; &#187; !). Remarquons d'ailleurs que dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, la plupart des rituels de passage s'adressent aux gar&#231;ons et non aux filles. Et ces rituels sont souvent tr&#232;s longs et traumatisants (&#224; la mesure du lien m&#232;re/fils qu'il s'agit de d&#233;nouer) : arrachage des gar&#231;ons &#224; leur m&#232;re par surprise entre l'&#226;ge de sept et de dix ans ; mutilations diverses ; confrontation &#224; la douleur et &#224; la mort, soumission &#224; des fellations homosexuelles&#8230; Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, la circoncision fait rena&#238;tre le gar&#231;on sans pr&#233;puce (sans vulve) et en fait donc un homme (elle signifie de surcro&#238;t &#224; la m&#232;re que son fils ne lui appartient pas). Donc, &#234;tre fille, puis femme, se fait naturellement ; devenir gar&#231;on, puis homme, est le r&#233;sultat d'un processus culturel, lequel encourage l'homme &#224; &#234;tre contre les femmes ! A propos de la difficult&#233; &#224; devenir un homme, Robert Stoller note que la transsexualit&#233; (identification pr&#233;coce &#224; l'autre sexe alors que la biologie est normale) touche quatre fois plus souvent les gar&#231;ons que les filles. Groddeck note quant &#224; lui un renversement originaire des r&#244;les : &#171; pendant la t&#233;t&#233;e, la m&#232;re est l'homme qui donne ; le petit gar&#231;on, la femme qui re&#231;oit &#187; ! L'Am&#233;ricain Gary Fine s'est int&#233;ress&#233; quant &#224; lui aux &#171; dirty plays &#187; des gar&#231;ons : jets de pierres aux grenouilles, blagues agressives, activit&#233;s bruyantes, jeux sales, obsc&#233;nit&#233;, discussions interminables sur le sexe&#8230; ; il y voit une fa&#231;on d'affirmer sa virilit&#233; contre l'univers f&#233;minin maternel o&#249; de telles choses sont interdites ; et cela se maintient d'ailleurs chez l'adulte, dans les douches et les vestiaires sportifs par exemple. Notons aussi que les gar&#231;ons ont davantage besoin du groupe de pairs pour se construire : ils s'organisent en bandes, gangs, &#233;quipes, groupes&#8230; sous la f&#233;rule d'un chef (p&#232;re de substitution). Relevons enfin le r&#244;le masculinisant des sports collectifs, o&#249; la douleur est au centre de l'apprentissage de la virilit&#233; sportive. Et Ferdinando Camon de conclure : &#171; S'il est difficile d'&#234;tre une femme, il est impossible d'&#234;tre un homme. &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	Stade anal :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Acc&#233;dant, entre l'&#226;ge de deux et quatre ans, &#224; l'&#233;laboration de son identit&#233; et &#224; la d&#233;couverte de l'autonomie, le gar&#231;on va se d&#233;fendre du fantasme fusionnel de compl&#233;tude maternel, pour acqu&#233;rir son ind&#233;pendance&#8230; laquelle est &#233;videmment peu souhait&#233;e par la m&#232;re. Cette derni&#232;re, selon la th&#232;se de la psychanalyste Christiane Olivier, a du mal &#224; renoncer au seul m&#226;le qu'elle ait jamais eu, son p&#232;re ayant &#233;t&#233; absent et son mari restant avant tout le fils de sa m&#232;re ! Le gar&#231;on entre donc dans une phase d'opposition (Alfred Adler : &#171; L'av&#232;nement de la masculinit&#233; passe par une protestation virile. &#187; ; Philippe Roth : &#171; La virilit&#233; c'est dire non &#224; sa m&#232;re. &#187;), laquelle se concr&#233;tise &#224; l'encontre de l'apprentissage &#224; la propret&#233;. Ce dernier point est &#233;galement motiv&#233; par l'angoisse de castration. Freud dit que le jeune enfant, totalement &#233;gocentrique, croit le reste de l'humanit&#233; &#224; son image. Les femmes doivent donc &#233;galement &#234;tre pourvues d'un p&#233;nis. Aussi, si la m&#232;re n'en a pas, c'est qu'elle l'a perdu, ou pire, qu'on le lui a pris ! Le gar&#231;on va d&#232;s lors commencer &#224; imaginer des sc&#233;narii o&#249; on pourrait aussi le lui prendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment pr&#233;cis que la m&#232;re vient lui demander de donner quelque chose de lui, autrement dit ses selles. Elle ne peut vraiment pas tomber plus mal. Imm&#233;diatement, le gar&#231;on assimile ses selles au p&#233;nis et engage d&#232;s lors la lutte anale. De sorte que son apprentissage &#224; la propret&#233; tra&#238;nera en longueur. Notons &#224; ce propos qu'entre l'&#226;ge de deux et quatre ans, les gar&#231;ons motivent beaucoup plus de visites chez le p&#233;diatre et le psychologue que les filles, et que l'&#233;nur&#233;sie ainsi que l'encopr&#233;sie sont des troubles typiquement masculins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, d&#232;s ce moment critique qu'est la phase anale, le gar&#231;on apprend &#224; se d&#233;fendre de la femme. Il voudra la dominer de peur d'&#234;tre domin&#233; par elle. Il voudra &#233;galement la contr&#244;ler, ce qui fonde probablement la dimension souvent obsessionnelle de sa personnalit&#233; (&#171; je suis ce que je peux contr&#244;ler &#187;). Pour ne jamais &#234;tre confondu avec elle, il lui assignera la fonction familiale, se r&#233;servant la fonction sociale. Et plus que tout, il la soup&#231;onnera toujours de vouloir le castrer. &#171; Et, plus ou moins, la femme est toujours Dalila. &#187; (A. de Vigny).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	Stade &#339;dipien :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	Vers l'&#226;ge de cinq - six ans, il s'agit de renoncer &#224; son objet &#339;dipien, et de s'ouvrir aux relations extra-familiales afin de rencontrer, &#224; terme, des objets sexuels exogames. Arriver &#224; se d&#233;faire de la personne qu'il a le plus aim&#233;e, et dont il a &#233;t&#233; le plus aim&#233;, n'est pas chose ais&#233;e pour le gar&#231;on. En fait, il n'y parviendra jamais que partiellement. Un fois grand, il restera toujours attach&#233; &#224; sa m&#232;re par des liens ambivalents. Et une fois mari&#233;e, sa femme n'&#233;pousera finalement que le fils d'une autre femme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.	Destin de la petite fille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	Stade oral :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La petite fille ne peut constituer pour Jocaste un objet sexuel satisfaisant. Se sentant insatisfaisante, ind&#233;sirable, elle va d&#233;velopper un narcissisme fr&#234;le, un manque de confiance fondamental en elle-m&#234;me. En outre, l'identification sexuelle lui pose un probl&#232;me sp&#233;cifique : alors que le jeune gar&#231;on ressemble d&#233;j&#224; &#224; son p&#232;re, en miniature, la petite fille, elle, ne ressemble pas du tout &#224; sa m&#232;re. En ce qui la concerne, elle devra attendre la pubert&#233; afin de voir enfin appara&#238;tre seins et hanches. Mais pour l'heure, elle doit se contenter de ressembler &#224; un gar&#231;on, avec quelque chose en moins&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'adolescence, tout ceci engendrera un besoin effr&#233;n&#233; de plaire. Une volont&#233; farouche d'&#234;tre, enfin, un objet de d&#233;sir satisfaisant. Cela conduira de nombreuses femmes &#224; adopter des conduites histrioniques, &#224; s&#233;duire &#224; tout prix, &#224; tabler davantage sur le para&#238;tre que sur l'&#234;tre. Fondant leur sentiment d'exister sur leur aptitude &#224; susciter le d&#233;sir (&#171; je plais donc je suis &#187; ou encore &#171; je suis le d&#233;sir que je peux provoquer &#187;), ces femmes-l&#224; r&#233;pondront tr&#232;s exactement &#224; la d&#233;finition de la personnalit&#233; hyst&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; ce d&#233;ficit en d&#233;sir, la p&#233;riode de l'oralit&#233; est donc sem&#233;e d'emb&#251;ches pour la fille. Il n'est donc pas surprenant qu'un p&#233;diatre comme Brunet-L&#233;zine observe, entre z&#233;ro et deux ans, beaucoup plus de troubles physiques et psychologiques chez la fille que chez le gar&#231;on, et l'anorexie et la boulimie sont des troubles sp&#233;cifiquement f&#233;minins.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	Stade anal :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La fille manifeste peu d'opposition et apprend rapidement la propret&#233;. Elle ne craint en effet ni la fusion, ni la castration. Son probl&#232;me &#224; elle est bien de s'attacher et non de se d&#233;tacher. L'acc&#232;s &#224; l'autonomie ne pose donc aucun probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	Stade &#339;dipien :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'&#338;dipe, pour la fille, c'est la d&#233;couverte du p&#232;re, de l'objet d'amour et de d&#233;sir. C'est &#224; partir de ce moment que la fille va commencer sa course effr&#233;n&#233;e au d&#233;sir masculin. Adulte, elle deviendra femme-objet, objet du d&#233;sir de l'homme. Cette d&#233;pendance au d&#233;sir de l'homme, v&#233;ritable assu&#233;tude, la rendra plus sensible &#224; l'emprise op&#233;r&#233;e par certains hommes. Et c'est cette m&#234;me d&#233;pendance qui favorisera l'h&#233;g&#233;monie du patriarcat dans les diff&#233;rentes parties du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.	Destin du couple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marque grav&#233;e au berceau par Jocaste reste ind&#233;l&#233;bile. La crainte pour l'homme d'&#234;tre &#224; nouveau enferm&#233; et la peur pour la femme de ne pas &#234;tre suffisamment d&#233;sir&#233;e, seront les deux constantes de la vie de couple. Si l'homme cherche &#224; pr&#233;server sa libert&#233;, la femme subira une blessure narcissique. Si la femme demande des preuves d'amour, l'homme se sentira, &#224; nouveau, pris au pi&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre plan, Jocaste est la premi&#232;re initiatrice de la sexualit&#233; de l'enfant : &#171; La m&#232;re &#233;veille par sa tendresse la pulsion sexuelle de son enfant et en d&#233;termine ainsi l'intensit&#233;. &#187; (Freud). Ce faisant, Jocaste laisse chez l'homme &lt;i&gt;la trace du d&#233;sir interdit &lt;/i&gt; (par la loi qui prohibe l'inceste &#8211; &#171; La maman et la putain &#187;) et chez la femme l&lt;i&gt;a trace du non d&#233;sir&lt;/i&gt; (la jouissance de la petite fille n'&#233;tant ni la cause ni la cons&#233;quence du d&#233;sir de sa m&#232;re). Aussi, au cours de l'acte sexuel, chaque partenaire risque de d&#233;velopper une agressivit&#233; infantile &#224; l'encontre de l'autre, sur lequel il transf&#232;re une imago de mauvaise m&#232;re, qui ne permet pas la jouissance (m&#233;canisme de projection). Il faudra que l'individu parvienne &#224; un refoulement suffisant de Jocaste, pour pouvoir imaginer le partenaire comme un bon objet, distinct de la m&#232;re, et accepter ainsi la symbiose, indispensable &#224; la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.	Destin de la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jocaste, &#233;ducatrice exclusive, perp&#233;tue de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration un cercle vicieux. Son fils, reli&#233; secr&#232;tement &#224; elle, va prendre une femme avec qui il gardera toujours une distance. Cette femme, sans v&#233;ritable mari, va trouver en son fils le seul homme r&#233;ellement proche d'elle. Du coup, elle va se transformer &#224; son tour en une Jocaste, qui pr&#233;parera pour son fils une distance pour la femme &#224; venir. Ce faisant, elle participe &#224; la fondation d'une soci&#233;t&#233; patriarcale o&#249; r&#232;gne l'incommunicabilit&#233; entre les sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.	Jocaste et les ann&#233;es mutantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution de 1960 a finalement peu touch&#233; le r&#244;le de Jocaste. Aujourd'hui encore, La&#239;os ne prend que tr&#232;s modestement part &#224; l'&#233;ducation des enfants. D'apr&#232;s les &#233;tudes sociologiques des ann&#233;es 2000, les p&#232;res jouent un r&#244;le tr&#232;s limit&#233; dans les soins prodigu&#233;s aux jeunes enfants. Kotelchuck a montr&#233; qu'aux Etats-Unis, 75% des p&#232;res ne prennent aucune responsabilit&#233; dans ces soins. Par ailleurs, nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; le ph&#233;nom&#232;ne des &#171; nouveaux p&#232;res &#187;, lequel n'est justement qu'un ph&#233;nom&#232;ne ! Ce sont encore et toujours les femmes qui &#233;duquent, soignent et pr&#233;servent ; elles sont pu&#233;ricultrices, institutrices, infirmi&#232;res, ministres de la sant&#233; et de l'environnement&#8230; Nagu&#232;re, Margaret Mead pr&#233;conisait d&#233;j&#224; d'ailleurs la revalorisation de ces r&#244;les, dont elle affirmait qu'ils &#233;taient traditionnellement d&#233;volus aux femmes : &#233;lever les enfants, soigner les malades, ensevelir les morts, assister les accouchements, consoler les afflig&#233;s&#8230; Pour elle, l'&#233;galit&#233; des statuts ne devait en aucun cas impliquer l'&#233;galit&#233; des r&#244;les : les femmes devaient lutter contre cet amalgame, afin de maintenir leur sp&#233;cificit&#233;. D&#233;cid&#233;ment, non, Jocaste n'a pas fini d'imprimer son empreinte sur le destin de l'humanit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. LE DESEQUILIBRE APHRODITE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; Aphrodite, Eros ne fait pas le poids. La femme est indiscutablement mieux &#233;quip&#233;e sexuellement que l'homme. Cela tient en particulier au fait que contrairement &#224; ceux de l'homme, les organes g&#233;nitaux de la femme n'expulsent pas tout le sang apr&#232;s l'orgasme. Apr&#232;s avoir joui, la femme ne rencontre donc pas cette p&#233;riode dite &#171; r&#233;fractaire &#187;, qui emp&#234;che l'homme de retrouver et sa libido et son &#233;rection. La femme &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; continuer ainsi &#224; faire l'amour sans probl&#232;me, et peut encore jouir plusieurs fois (20% des femmes d&#233;clarent &#234;tre multi-orgasmiques). D'ailleurs, plus elle aura d'orgasmes, plus ceux-ci seront fr&#233;quents et plus ils gagneront en intensit&#233;. Bruckner et Finkielkraut &#233;crivaient &#224; ce titre dans &#171; Le nouveau d&#233;sordre amoureux &#187; : &#171; C'est du c&#244;t&#233; de la femme que la puissance sexuelle est fond&#233;e. Car le vrai phallus n'est pas le fr&#234;le p&#233;nis qui ne se dresse fi&#232;rement que s'il est mis en confiance, qu'il faut bichonner avec sollicitude ; le vrai phallus infatigable et toujours vaillant, c'est le sexe de la femme. &#187; (&#034;phallus&#034; en tant que symbole du sexe puissant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce d&#233;s&#233;quilibre f&#226;cheux, purement biologique, d&#233;coule le fait qu'un homme seul est tout simplement incapable de satisfaire une femme ! Cette insuffisance, cette inf&#233;riorit&#233;, est chose inacceptable pour l'homme. Se voyant condamn&#233; &#224; toujours vivre, sur ce plan du moins, sa sexualit&#233; sur le mode de l'&#233;chec, son narcissisme en prend un sacr&#233; coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le d&#233;sir insatiable des femmes pousse les hommes &#224; la rivalit&#233;, &#224; se dresser les uns contre les autres. Ce d&#233;sir trop grand constitue ainsi une menace pour le lien social. Il est source de d&#233;sordre et peut m&#234;me provoquer des guerres (la guerre de Troie, p. ex.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;s&#233;quilibre f&#226;cheux, inaugur&#233; par la nature, l'homme va s'acharner, d&#232;s la protohistoire, &#224; le r&#233;duire, et m&#234;me &#224; l'inverser, et ce par le truchement de la culture. Ainsi sera secr&#233;t&#233;e, &#224; des fins d'hom&#233;ostasie sociale, l'id&#233;ologie qui impose son r&#244;le tragique &#224; la femme, celui d'&#234;tre &lt;i&gt;hors&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.	La femme &lt;i&gt;hors du social&lt;/i&gt;, ou la naissance du patriarcat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'an&#233;antir le d&#233;s&#233;quilibre Aphrodite, l'homme va immobiliser la femme, il va la cacher, la s&#233;parer de lui autant que possible&#8230; Autrement dit, il va la dominer. La th&#232;se d&#233;velopp&#233;e ici est que l'origine du patriarcat est &lt;i&gt;&#233;galement&lt;/i&gt;&#224; trouver dans &lt;i&gt;la peur sexuelle&lt;/i&gt; inspir&#233;e aux hommes par les femmes. On trouve trace de cette peur dans presque toutes les cultures. Voici, &#224; titre d'exemple, un passage du Mahabharata (po&#232;me &#233;pique hindouiste, contenant la c&#233;l&#232;bre Bhagavad Gita) : &#171; Les femmes sont f&#233;roces. Elles sont dot&#233;es de pouvoirs f&#233;roces. Elles ne sont jamais satisfaites par un seul &#234;tre du sexe oppos&#233;. Les hommes ne devraient point les aimer ; celui qui se comporte autrement est assur&#233; de courir &#224; sa perte. &#187; Ou encore, selon un texte musulman : &#171; En &#233;coutant les muscles qui palpitent entre ses jambes, la femme corrode la hi&#233;rarchie sociale, ouvre son vagin au gros phallus des hommes de basse condition, des pauvres, et op&#232;re ainsi un renversement des valeurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou enfin, un passage de &#171; Petit trou, petit rien &#187;, une chanson de salle de garde, tr&#232;s en vogue dans les h&#244;pitaux fran&#231;ais au d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ah ! Tu peux l&#233;cher ta babine ros&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vilain monstre d'orgueil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu peux, ouvrant ta gueule &#224; crini&#232;re fris&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#226;iller comme un cercueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ventouse venimeuse, insatiable gouffre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si funeste et si cher ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux te m&#233;priser, toi par qui pleure et souffre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur de ma chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux te d&#233;tester toujours, chose inf&#226;me,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toi qui rends mal pour bien ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit n&#233;ant creus&#233; dans le bas de la femme,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit trou, petit rien ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'homme va dominer pour ne pas &#234;tre domin&#233; (sexuellement). Plus il aura peur de la femme, plus il cherchera &#224; la soumettre. Il va aller jusqu'&#224; la rabaisser au rang d'objet, de bien d'&#233;change. Il invente ce faaisant le mariage, v&#233;ritable fondement du patriarcat. Le psychosociologue Eug&#232;ne Enriquez avance qu'autrefois la femme &#233;tait contre le lien social, &#171; un p&#233;ril majeur pour l'organisation sociale &#187; dit-il, car les hommes se battaient pour elle. Et c'est le mariage qui va faire d'elle un v&#233;ritable garant du lien social. A ce propos, L&#233;vi-Strauss dit que &#171; la relation globale d'&#233;change qui constitue le mariage ne s'&#233;tablit pas entre un homme et une femme : elle s'&#233;tablit entre deux groupes d'hommes &#187;. Ce qui d'ailleurs justifie la loi d'exogamie, le tabou de l'inceste. Partant, ce sont finalement les femmes, bien malgr&#233; elles, qui ont instaur&#233; la paix dans les soci&#233;t&#233;s patriarcales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	La femme &lt;i&gt;hors la vie&lt;/i&gt;, ou l'alt&#233;rit&#233; malfaisante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette femme qui, lors du co&#239;t, s'&#233;panouit en affaiblissant l'homme, ne peut &#234;tre que l'ennemie de ce dernier, une pure incarnation du mal ! C'est peut-&#234;tre d'ailleurs pour cette raison que, dans toutes les mythologies, on retrouve la mort sous les traits d'une femme. &#171; La mort est femme &#187; disait Simone de Beauvoir. Remarquons &#224; ce titre que la lune - froide, st&#233;rile, et souvent consid&#233;r&#233;e comme mal&#233;fique, est au f&#233;minin dans presque toutes les langues ; alors que le soleil - chaud, bienfaisant et source de vie, est au masculin (sauf chez les Inuits). Dans le tao&#239;sme, le Yin &#8211; l'&#233;l&#233;ment f&#233;minin, est le froid, l'ombre, la pluie, le nord et l'inf&#233;rieur ; alors que le Yang &#8211; l'&#233;l&#233;ment masculin, est le ciel, la chaleur, l'ensoleillement, le sud et le sup&#233;rieur. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, on peut relever que dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, le vagin est souvent d&#233;crit comme une force d&#233;vorante, une ventouse dent&#233;e et mortelle. Selon un mythe maori (Nouvelle-Z&#233;lande) : &#171; Le vagin est la maison de la mort et du malheur &#187;. Et selon le Mahabharata : &#171; Il n'y a rien qui soit plus coupable qu'une femme. En v&#233;rit&#233; les femmes sont les racines de tous les maux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fantasme que l'on retrouve aux quatre coins de la plan&#232;te, est celui selon lequel ce qui a engendr&#233; est capable de r&#233;absorber ! Ainsi, alors qu'elle est indubitablement source de vie (et m&#234;me, &#224; une certaine &#233;poque, nous l'avons vu, per&#231;ue comme son unique source), la femme est finalement surtout per&#231;ue, dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelle,s comme une menace perp&#233;tuelle de mort ! Et par ailleurs, la femme est bien s&#251;r associ&#233;e au sang ; le sang des menstrues, impur, d&#233;go&#251;tant, malfaisant. Du coup, la femme sera sorci&#232;re, elle portera les mal&#233;fices&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, pour avoir &#233;t&#233; trop proche de la vie, d'Eros, la femme a finalement &#233;t&#233; rang&#233;e par l'homme aux c&#244;t&#233;s de Thanatos. Et pour avoir &#233;t&#233; trop &#034;chaude lapine&#034;, la femme fut assimil&#233;e &#224; la mante religieuse ! En attribuant &#224; la mort des traits f&#233;minins et en ordonnant &#224; la femme de devenir le signifiant du non-&#234;tre, l'homme s'est finalement impos&#233; en tant que r&#233;f&#233;rent de l'&#234;tre. Voil&#224; comment l'homme a manipul&#233; la culture afin de faire de la femme le symbole de l'alt&#233;rit&#233;. L'hommes est l'un, la femme est l'Autre, l'&#233;trang&#232;re. Constatons d'ailleurs que, dans la soci&#233;t&#233; chr&#233;tienne, l'autre grand symbole de l'alt&#233;rit&#233;, &#224; savoir le Juif, proc&#232;de &#233;galement d'une mort : celle du Christ. On pourrait ainsi dire, en s'autorisant un certain degr&#233; de pens&#233;e associative, que la femme est en quelque sorte le Juif de l'homme ! L'analogie entre la femme et le Juif se retrouve du reste chez de nombreux auteurs du 20&#232;me si&#232;cle : &#224; c&#244;t&#233; du d&#233;lirant Otto Weininger (&#171; le Juif comme la femme incarne l'immoralit&#233;, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence, le n&#233;gatif&#8230; &#187;), se c&#244;toient Henry Miller, D.H. Lawrence, Hemingway , Drieu La Rochelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Margaret Mead a &#233;crit dans &#171; M&#339;urs et sexualit&#233; en Oc&#233;anie &#187; (son grand livre) que &#171; pendant longtemps, le r&#244;le de la femme fut de s'occuper des morts &#187;&#8230; s'occuper de ses semblables pourrions-nous rajouter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.	La femme &lt;i&gt;hors du jouir&lt;/i&gt;, ou la logique par l'absurde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui menace l'homme, nous l'avons dit, c'est la trop grande&lt;i&gt; propension potentielle &lt;/i&gt; des femmes &#224; jouir. Dans de nombreuses soci&#233;t&#233;s, la d&#233;fense culturelle des hommes est tout &#224; la fois d'une simplicit&#233; et d'une perversit&#233; d&#233;concertantes : leur interdire cette jouissance ! Combattant le mal par le mal, cette culture machiav&#233;lique va renverser les r&#244;les : l'homme se trouvera &#234;tre le phallus puissant et jouissant, la femme devra se contenter d'&#234;tre l'objet de cette jouissance, un objet qui n'est absolument pas concern&#233; par le plaisir sexuel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique &#233;cologique &#233;tait celle de la &lt;i&gt;polyandrie&lt;/i&gt;, celle de l'absurde fut celle de la &lt;i&gt;polygamie&lt;/i&gt; (ou plus exactement de la polygynie). A la femme arabe qui avait d&#233;j&#224; du mal &#224; &#234;tre satisfaite par un homme entier, la soci&#233;t&#233; patriarcale a d&#233;cid&#233; de ne plus accorder qu'une petite fraction (limit&#233;e par le Coran, dans un &#233;lan progressiste, &#224; un quart) ! Dans le fond, la polygamie a justifi&#233; l'homme dans son impuissance &#224; satisfaire suffisamment les femmes. Voil&#224; probablement pourquoi cette pratique contre-nature a si largement essaim&#233; (il est &#224; noter toutefois que la polyandrie existe encore parfois, sous forme end&#233;mique, dans certaines r&#233;gions rurales retir&#233;es, telles celles du Tibet, de l'Inde ou de l'Asie du Sud-Est).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre la femme hors du jouir, d'autres cultures vont inventer &lt;i&gt;l'excision&lt;/i&gt; - autrement dit l'ablation du clitoris et/ou des petites l&#232;vres (deux millions de jeunes filles dans le monde subissent chaque ann&#233;e cette mutilation, perdant ainsi le plus souvent leur facult&#233; de jouissance), &lt;i&gt;l'introcision&lt;/i&gt; - c'est &#224; dire une incision pratiqu&#233;e dans la partie la plus voluptueuse du vagin (la paroi ant&#233;rieure proximale, l&#224; o&#249; l'on situe habituellement le point G), ou encore &lt;i&gt;l'infibulation&lt;/i&gt; - c'est &#224; dire la couture entre elles des grandes l&#232;vres, ce qui rend tout bonnement impossibles les rapports sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre la femme hors du jouir, la religion catholique, pour sa part, a invent&#233; le culte de la Vierge Marie, et la condamnation cons&#233;cutive de la femme jouisseuse. En Occident, ce code moral a v&#233;ritablement rong&#233; la sexualit&#233; f&#233;minine. L'exemple probablement le plus repr&#233;sentatif est celui de la Vienne 1900, sa c&#233;l&#232;bre hypocrisie sexuelle et son triste cort&#232;ge cons&#233;cutif d'hyst&#233;ries de conversion. Face au &#171; malaise &#187; que provoquait la &#171; civilisation &#187; chez la femme, Freud a postul&#233; chez elle l'existence d'une insuffisance sublimatoire intrins&#232;que ! De par son incapacit&#233; &#224; convertir l'&#233;nergie sexuelle en &#171; libido inhib&#233;e quant au but &#187;, la femme aurait moins bien support&#233; le Surmoi civilisateur ! Elle en &#233;tait donc r&#233;duite &#224; faire de l'hyst&#233;rie plut&#244;t qu'&#224; se lancer dans des activit&#233;s intellectuelles ou artistiques ! En r&#233;alit&#233;, cette &#171; incapacit&#233; &#187; &#224; fabriquer de la culture n'&#233;tait rien d'autre qu'une interdiction masculine. La vie sexuelle de la femme &#233;tant d&#233;cid&#233;ment demeur&#233;e pour Freud un &#171; continent noir &#187; (comme il le conc&#233;dait lui-m&#234;me), il n'a pas su percevoir la simplicit&#233; du drame f&#233;minin : celui d'&#234;tre tout simplement mieux &#233;quip&#233;e sexuellement que l'homme. Le destin de cette anatomie dans une civilisation patriarcale : hyst&#233;rie et frigidit&#233; (anh&#233;donie, dyspareunie, anorgasmie, vaginisme...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.	Aphrodite et les ann&#233;es mutantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre de la soci&#233;t&#233; patriarcale fut, nous venons de le voir, d'exclure Aphrodite. Le propre des ann&#233;es mutantes fut de la r&#233;int&#233;grer. Depuis une quarantaine d'ann&#233;es, &#224; la faveur de la mort (proclam&#233;e du moins) du patriarcat, Aphrodite est pour ainsi dire &#224; nouveau &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois lev&#233;es les d&#233;fenses contre le d&#233;s&#233;quilibre Aphrodite, instaur&#233;es par ce Moi social que constituait la civilisation patriarcale, le d&#233;s&#233;quilibre sexuel ne pouvait que se manifester &#224; nouveau. Les effets ne se sont pas fait attendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	Le complexe de Priape&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Abandonn&#233; par une culture qui l'a prot&#233;g&#233; pendant plusieurs mill&#233;naires, l'homme n'a plus d'autres choix aujourd'hui que de se raccrocher d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; la nature. Aphrodite revendiquant &#224; nouveau son &lt;i&gt;droit&lt;/i&gt; au plaisir, l'homme doit d'aujourd'hui se faire un &lt;i&gt;devoir&lt;/i&gt; de la satisfaire ; &#224; tout prix. Si la femme n'est pas satisfaite, ce n'est plus sa pr&#233;tendue frigidit&#233; qui est mise en cause, mais bien la virilit&#233; de son amant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Exit&lt;/i&gt; les &#171; quatre-vingt-quinze pour cent des femmes s'emmerdent en baisant &#187; (chanson &#233;crite par Brassens, avant les ann&#233;es mutantes) : si elles ne prennent pas leur pied, ce n'est pas que &#231;a ne les int&#233;resse pas, c'est qu'elles sont &#171; mal bais&#233;es &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; La femme qui suscite en nous tant de passion brutale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme est avant tout sentimentale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre-vingt-quinze fois sur cent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme s'emmerde en baisant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pauvres bougres convaincus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du contraire sont des cocus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; encore &#187;, les &#171; c'est bon &#187;, les &#171; continue &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elles crient pour simuler qu'elles montent aux nues&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pure charit&#233;, les soupirs des anges ne sont&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral que de pieux mensonges&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la seule fin que son partenaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se croie un amant extraordinaire&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, le m&#226;le est devenu un tantinet obs&#233;d&#233; par ses performances sexuelles. Il est obnubil&#233; par le spectre de l'impuissance, par la taille de son p&#233;nis et par les moyens d'allonger ce dernier. Ce &#224; quoi r&#233;pondent d'ailleurs tr&#232;s judicieusement les soci&#233;t&#233;s pharmaceutiques (Viagra), d'innombrables tenants du commerce &#233;lectronique (cfr nos bo&#238;tes &#224; spams), et des chirurgiens esth&#233;tiques de plus en plus nombreux (qui pratiquent surtout l'&#233;largissement de la verge, puis dans une moindre mesure l'allongement de la verge ou le d&#233;gagement de la verge par un lifting du scrotum et une liposuccion du pubis). Et il n'est pas rare qu'il cherche surtout, dans sa sexualit&#233;, &#224; retarder son orgasme. En Europe, il s'est d'ailleurs entich&#233; du tantrisme - branche &#171; sexuelle &#187; de l'hindouisme, laquelle enseigne notamment comment retarder la jouissance et emp&#234;cher l'&#233;jaculation. Autrefois fascin&#233; par sa propre jouissance, l'homme est aujourd'hui hant&#233; par sa capacit&#233; &#224; faire jouir. Ce faisant, il s'engage malheureusement de plus en plus souvent dans la voie de la mis&#232;re sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on regarde les choses au travers du prisme de la psychanalyse, Freud avait d&#233;j&#224; not&#233; qu'un organe par lequel s'exerce la recherche de la jouissance (la pulsion sexuelle) ne peut en m&#234;me temps &#234;tre le si&#232;ge de la qu&#234;te d'identit&#233; (la pulsion du moi). Au risque de voir ces deux pulsions s'annihiler mutuellement. Poursuive les deux li&#232;vres &#224; la fois, tenter de se faire exister tout en essayant de jouir, c'est exactement ce &#224; quoi s'adonne le m&#226;le nouveau !Mettre tout son narcissisme dans la sexualit&#233;, voil&#224; ce qui sous-tend probablement les difficult&#233;s sexuelles grandissantes du nouvel homme ; et qui explique sans doute l'inflation des demandes de th&#233;rapie pour &#233;jaculation pr&#233;coce et impuissance sexuelle, dans la jeune population en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre plan, si on regarde les choses au travers du mod&#232;le communicationnel d&#233;velopp&#233; par l'&#233;cole de Palo Alto, on comprend vite &#224; quel point le paradoxe de l'injonction &#171; Sois spontan&#233;ment Priape ! &#187; ne peut conduire qu'&#224; une impasse&#8230; (injonction paradoxale : ordre qu'un sujet re&#231;oit, ou s'intime &#224; lui-m&#234;me, et qui est irr&#233;alisable de par sa nature contradictoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au fil du temps, l'homme pourra-t-il trouver un &#233;quilibre &#233;cologique face &#224; une Aphrodite lib&#233;r&#233;e ? C'est en tout cas un des grands d&#233;fis qu'il lui faudra relever en ce d&#233;but de troisi&#232;me mill&#233;naire.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	La crise du couple&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es mutantes s'av&#232;rent &#234;tre clairement des ann&#233;es-c&#233;libat et des ann&#233;es-divorce. Il suffit de se souvenir de l'interrelation entre mariage et patriarcat, pour saisir que le retour de la femme dans la soci&#233;t&#233; ne pouvait que faire p&#233;ricliter la fameuse institution. D&#232;s lors, au moins deux questions se posent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la femme ne constitue plus &#171; le bien d'&#233;change le plus pr&#233;cieux &#187; (telle que la d&#233;crivait L&#233;vi-Strauss), quel sera le destin du tabou de l'inceste ? Et cette question est d'autant plus pertinente que le taux de familles recompos&#233;es est en hausse constante, familles &#233;largies par de nouveaux liens de parent&#233;, h&#233;rit&#233;s de divorces successifs. Aussi, la loi d'exogamie r&#233;duira progressivement le champ du choix d'objet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, et en se basant sur le fait que depuis une trentaine d'ann&#233;es, ce sont les femmes qui demandent le plus souvent le divorce, on est en droit de songer &#224; une progressive institutionnalisation de la &lt;i&gt;polyandrie&lt;/i&gt; en Occident ! Une polyandrie s&#233;quentielle en quelque sorte. Le c&#233;libat et le divorce constitueraient ainsi pour Aphrodite sa revanche sur le sultan&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Je veux &#234;tre calife &#224; la place du calife&lt;/i&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;(Iznogoud - Gosciny) &lt;/h3&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Badinter E., L'amour en plus, Poche, 1980&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Badinter E., L'un est l'autre, Poche, 1986&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Badinter E., XY, De l'identit&#233; masculine, Poche, 1986&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Badinter E., Le conflit - la femme et la m&#232;re, Flammarion, 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elka&#239;m M., Si tu m'aimes ne m'aimes pas, Seuil, 1989&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enriquez E., De la horde &#224; l'&#233;tat, Gallimard, 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud S., Malaise dans la civilisation, PUF, 1929 &#8211; 1989&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud S., Totem et tabou, Payot, 1912-1965&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gray J., Les hommes viennent de Mars, les femmes de V&#233;nus, J'ai lu, 1992&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mead M., L'un et l'autre sexe, Gonthier, 1966&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mead M., M&#339;urs et sexualit&#233; en Oc&#233;anie, Plon, 1963&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuburger R., Les rituels familiaux, Payot, 1988 &#8211; 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuburger R., Le mythe familiale, ESF, 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuburger R., Nouveaux couples, Odile Jacob, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuburger R., Les territoires de l'intime, Odile Jacob, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuburger R., &#171; On arr&#234;te ?&#8230; On continue ? &#187;, Payot, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier C., Les enfants de Jocaste, Deno&#235;l, 1980&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier C., Fille d'Eve, Deno&#235;l, 1996&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Watzlawick P., Une logique de la communication, Points, 1972&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Watzlawick P., Faites vous-m&#234;me votre malheur, Points, 1984&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;loge de la peur</title>
		<link>https://rolandpec.org/Eloge-de-la-peur.html</link>
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		<dc:date>2010-04-02T07:49:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Roland Pec &lt;br class='autobr' /&gt; 1.	Pr&#233;ambule &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;flexion &#224; venir repose sur un axiome central : &#224; la racine de toute angoisse, il y a l'angoisse de mort. Cette angoisse est in&#233;vitable, elle est intrins&#232;que &#224; la vie humaine, et ce d&#232;s la naissance (plus pr&#233;cis&#233;ment d&#232;s la d&#233;couverte du besoin &#8211; le tout premier &#233;tant le besoin d'air). Qu'il s'agisse de sa propre mort ou de celle de ceux &#224; qui l'on tient, que cette mort soit r&#233;elle ou symbolique, il est toujours question de l'angoisse de ne plus exister, ou de ne plus (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Psycho-.html" rel="directory"&gt;Articles Psycho&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Pec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_90 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L227xH227/peure-1c10e.jpg?1698807944' width='227' height='227' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1.	Pr&#233;ambule&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion &#224; venir repose sur un axiome central : &#224; la racine de toute angoisse, il y a l'angoisse de mort. Cette angoisse est in&#233;vitable, elle est intrins&#232;que &#224; la vie humaine, et ce d&#232;s la naissance (plus pr&#233;cis&#233;ment d&#232;s la d&#233;couverte du besoin &#8211; le tout premier &#233;tant le besoin d'air). Qu'il s'agisse de sa propre mort ou de celle de ceux &#224; qui l'on tient, que cette mort soit r&#233;elle ou symbolique, il est toujours question de l'angoisse de ne plus exister, ou de ne plus suffisamment exister. Cela signifie &#233;galement que l'angoisse vient de l'int&#233;rieur, elle ne trouve pas son origine dans l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tant pos&#233;, la question int&#233;ressante devient : puisque d'une part cette angoisse est in&#233;vitable, et puisque d'autre part, et fort heureusement d'ailleurs, nous ne souffrons pas tous en permanence d'un trouble anxieux, comment nos dispositifs mentaux s'y prennent-ils pour traiter ce mal-&#234;tre destructeur, pour le rendre supportable, voire m&#234;me inexistant &#224; notre conscience ? Et &#224; l'inverse, comment se fait-il que, parfois, le traitement mental &#233;choue, et qu'une pathologie anxieuse en d&#233;coule, sous des formes aussi vari&#233;es que l'anxi&#233;t&#233;, l'angoisse, les crises d'angoisse, les phobies invalidantes, etc.?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre, il nous faut d&#233;finir tout d'abord quelques notions de base.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2.	La vie psychique &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il convient de diff&#233;rencier la notion de &#171; psychique &#187; de celle de &#171; mental &#187;. On entend par &#171; psychique &#187; le v&#233;cu de l'exp&#233;rience (c'est par exemple le plaisir, la joie, la tristesse, la souffrance, l'angoisse&#8230;) ; on pourrait appeler le psychique la pierre brute de la vie int&#233;rieure. &#171; Le mental &#187; r&#233;f&#232;re quant &#224; lui au traitement de ce v&#233;cu ; il serait ainsi, en prolongeant la m&#233;taphore, le diamant taill&#233; de la vie int&#233;rieure. Le mental, donc le traitement des v&#233;cus, reste pour la plus grande part inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les processus inconscients sont un peu comme les merveilles cach&#233;es sous le capot d'une voiture. Lorsque son auto fonctionne bien, on a l'impression qu'elle roule toute seule. Ce n'est qu'&#224; l'occasion des pannes qu'on d&#233;couvre enfin le moteur - et tous ses dispositifs extraordinaires - qui fait avancer la voiture. Voil&#224; d'o&#249; vient l'image psychanalytique d'appareil mental : un ensemble de dispositifs qui fonctionnent en permanence, &#224; notre insu, afin de nous rendre le tranchant de la vie moins aiguis&#233;. D&#232;s lors que cet appareil ne fonctionne plus bien, la vie ext&#233;rieure se met &#224; cogner de mani&#232;re intol&#233;rable. Et sans l'existence d'un tel appareil, la vie enti&#232;re ne serait qu'une suite d'intol&#233;rables souffrances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mentalisation d&#233;signe pr&#233;cis&#233;ment le processus qui permet de rendre supportables les v&#233;cus de souffrance insupportables. La dure r&#233;alit&#233; de la condition de l'homme est que la terre tourne sans lui, qu'elle tourne &#224; un autre rythme que le sien, qu'elle tournait avant lui et tournera apr&#232;s lui&#8230; toutes choses dont il est malheureusement bien conscient. La pathologie mentale appara&#238;t lorsque la mentalisation n'est plus capable de traiter correctement les v&#233;cus existentiels insupportables, inh&#233;rents &#224; la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite pr&#233;cision : les souffrances se distinguent principalement par leur degr&#233; &#171; d'insupportabilit&#233; &#187; (comme disait. Fran&#231;ois Duyckaerts, psychanalyste &#224; Li&#232;ge). Par exemple, l'angoisse est moins supportable que la simple pr&#233;occupation. Par ailleurs, alors que les douleurs physiques se caract&#233;risent par leur s&#233;dentarit&#233; (on a mal quelque part), les souffrances psychiques se caract&#233;risent quant &#224; elles par leur nomadisme : elles se d&#233;placent, tant dans le temps (par exemple : un chagrin d'hier est r&#233;veill&#233; par un chagrin d'aujourd'hui) que dans l'espace (par exemple : un Belge peut tr&#232;s bien souffrir des souffrances engendr&#233;es par le dernier cyclone au Bengladesh). Une douleur morale peut toujours en cacher une autre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3.	Les souffrances psychiques les plus communes &lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance d'hier&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;la d&#233;pression&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;par la culpabilit&#233;&lt;/strong&gt; - par remords (je m'en veux d'avoir fait &#231;a) ou par regret (je m'en veux de ne pas avoir fait &#231;a) ; l'abattement.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance d'aujourd'hui&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;la d&#233;pression&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;par la honte&lt;/strong&gt; (je m'en veux d'&#234;tre comme &#231;a), et/ou par le vide (je m'ennuie) ; l'abattement.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance &#171; philosophique &#187;&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;la d&#233;tresse&lt;/strong&gt;, d&#233;r&#233;liction (&#171; au bout du compte, on est toujours tout seul au monde &#187; : Luc Plamandon dans Starmania).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;Souffrance de l'unification de soi&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;l'ambivalence affective&lt;/strong&gt; (faire ce constat : je suis capable de ha&#239;r des personnes que j'aime par ailleurs profond&#233;ment - ma fille, ma m&#232;re, mon mari, etc. - parfois m&#234;me au point de souhaiter leur mort !).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance de la comparaison&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;l'envie&lt;/strong&gt;, la convoitise.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance de l'existence du tiers&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;la jalousie&lt;/strong&gt;, la rivalit&#233; (pour paraphraser Palmandon : &#171; au bout du compte, il y a toujours une troisi&#232;me personne &#187; !).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance de la perte&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;le deuil&lt;/strong&gt;, le renoncement.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance de l'isolement&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;de la solitude&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;de l'exclusion&lt;/i&gt; : quoique ressemblantes, elles ont chacune leur sp&#233;cificit&#233; ; et c'est souvent la derni&#232;re &#8211; le fait d'&#234;tre &lt;strong&gt;laiss&#233; pour compte&lt;/strong&gt;, de rester sur le carreau - qui fait souffrir le plus.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance de la r&#233;sonance&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;la compassion&lt;/strong&gt;, l'apitoiement, une douleur en &#233;cho.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance du futur imm&#233;diat&lt;/i&gt; (de l'imm&#233;diatet&#233;) : &lt;strong&gt;l'angoisse&lt;/strong&gt; (de mort imminente : &#171; la seconde d'apr&#232;s je serai peut-&#234;tre mort ! &#187;) : un acc&#232;s aigu de tension.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Souffrance du futur plus lointain&lt;/i&gt; (de demain) : &lt;strong&gt;l'anxi&#233;t&#233;&lt;/strong&gt; (la crainte soit de la survenue d'un &#233;v&#233;nement funeste, soit de la non r&#233;alisation d'un &#233;v&#233;nement souhait&#233; &#8211; en ce compris le d&#233;sir (par sa dimension de manque, cf. le bouddhisme) et aussi la passion : un &#233;tat chronique de tension.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4.	Hi&#233;rarchie des v&#233;cus de tension (du plus supportable au moins supportable) &lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La tension psychique de base&lt;/strong&gt; (vigilance accrue, &#233;tat d'alerte, pr&#233;occupation) : un ressenti d&#233;sagr&#233;able, qui pousse &#224; agir en vue de l'obtention d'une d&#233;tente.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L'inqui&#233;tude&lt;/strong&gt; (la crainte) : un malaise psychique, d&#233;termin&#233; par l'incertitude (le doute) face au futur non imm&#233;diat.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L'anxi&#233;t&#233;&lt;/strong&gt; : un &#233;tat permanent d'inqui&#233;tude (du latin &#171; anxius &#187; : inquiet), mod&#233;r&#233;. L'anxi&#233;t&#233; est strictement psychique.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; On appelle l'anxi&#233;t&#233; &#171; &lt;strong&gt;stress&lt;/strong&gt; &#187;, lorsque la tension r&#233;sulte des r&#233;actions de l'organisme &#224; une agression ext&#233;rieure.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La peur&lt;/strong&gt; : un inqui&#233;tude transitoire et vive, li&#233;e &#224; la prise de conscience d'un danger d&#233;fini et circonscrit. Dans le ph&#233;nom&#232;ne de peur, et ceci est essentiel, il existe toujours des repr&#233;sentations mentales : on a peur de quelque chose.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;On appelle la peur &#171; &lt;strong&gt;phobie&lt;/strong&gt; &#187;, lorsque cette peur est excessive ou irrationnelle.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L'angoisse&lt;/strong&gt; : une souffrance psychique et physique, intense, n&#233;e du sentiment de l'imminence (futur imm&#233;diat donc) d'un danger grave, diffus et non identifiable. Ensemble d'affects et de ressentis, caract&#233;ris&#233;s par une sensation interne de resserrement, li&#233; &#224; la crainte d'un malheur devant lequel on se sent &#224; la fois d&#233;muni et totalement impuissant. Etymologie : du latin &#171; angustia &#187; = lieu resserr&#233; (terme topographique : un d&#233;fil&#233;, un canyon, Roland de Roncevaux est pi&#233;g&#233; dans un angustia par les Sarrasins). Aspect globalisant de l'angoisse : l'angoisse se r&#233;pand partout, comme un fleuve quittant son lit. Aspect physique de l'angoisse : strictions laryng&#233;es, constrictions oesophagiennes et gastriques (reflux &#233;ventuel), spasmes intestinaux, oppression respiratoire (dyspn&#233;e, hyperventilation), pr&#233;cordialgies, tachycardie, tremblements, sudations&#8230; Dans le ph&#233;nom&#232;ne d'angoisse, et ceci est essentiel, il y a disparition des repr&#233;sentations mentales : on est angoiss&#233;, point &#224; la ligne. L'objet de l'angoisse reste inconscient.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La panique&lt;/strong&gt; (l'affolement) : c'est la crise d'angoisse (acc&#232;s paroxystique), attaque violente et subite o&#249; l'angoisse envahit tout le psychisme et ne permet plus la mentalisation (d'apr&#232;s le dieu Pan, satyre au corps de bouc, tr&#232;s membr&#233; sur le plan viril, s'amusant &#224; effrayer les jeunes filles).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L'effroi&lt;/strong&gt; (la terreur, l'&#233;pouvante) : un flot d'angoisse, qui glace, qui saisit, qui paralyse, qui sid&#232;re, qui rend &#171; stupide &#187; (frapp&#233; de stupeur), qui conduit &#224; une mort psychique transitoire &#8211; &#171; une terreur sans nom &#187; (but des terroristes : entraver la capacit&#233; de penser des ennemis, afin d'injecter ensuite leur propre pens&#233;e &#224; la place).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5.	Les diff&#233;rents visages pris par l'angoisse au cours du d&#233;veloppement de l'individu &lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L'angoisse du nouveau-n&#233;&lt;/strong&gt; n'est pas encore maquill&#233;e, elle est toute enti&#232;re angoisse de mort. A la naissance, le petit de l'homme est en effet moins dou&#233; pour la survie qu'un vers de terre, et il le ressent ! L'homme est un v&#233;ritable marsupial psychologique. S'il pouvait parler, le nouveau-n&#233; dirait probablement quelque chose du style : &#171; je n'existe plus si je ne parviens pas &#224; satisfaire mes besoins primaires &#187;. L'angoisse est, avec l'exp&#233;rience de plaisir, l'essentiel de la vie psychique d'un &#234;tre humain &#224; sa naissance. Lors des premiers mois, le nourrisson ne dispose effectivement pas encore de repr&#233;sentations mentales (pas de mots, pas de pens&#233;es, pas d'images) ; son v&#233;cu est ainsi un flot continu de sensations et d'&#233;motions. Il est int&#233;ressant de noter que pour de nombreux psys, la naissance est elle-m&#234;me l'exp&#233;rience inaugurale de l'angoisse (pour Rank par exemple), le prototype de toutes les angoisses futures. C'est le passage brutal du merveilleux monde de la compl&#233;tude &#8211; celui de la vie f&#339;tale - au monde infernal du besoin, de l'incompl&#233;tude). Ceci a d'ailleurs pr&#233;sid&#233; &#224; la cr&#233;ation de plusieurs &#233;coles psychoth&#233;rapeutiques : le Cri primal (de Janov), le Rebirth (d'Orr), la Maternologie (de Delassus)&#8230; ainsi qu'&#224; la mise au point de l'accouchement sans violence par Leboyer.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Vers 3 mois&lt;/strong&gt;, selon la psychanalyse infantile, appara&#238;t l'angoisse (dite orale) de destruction de la m&#232;re (du fait de la morsure, fond&#233;e sur la croyance en la toute-puissance de soi) ; et, par un retour de manivelle (parano&#239;aque), une angoisse de destruction de soi : &#171; je n'existe plus si je d&#233;truis ma m&#232;re, et si par cons&#233;quent elle me d&#233;truit &#187; - phase dite &#233;galement &#171; schizo-parano&#239;de &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Vers 8 mois&lt;/strong&gt;, appara&#238;t l'angoisse - c&#233;l&#232;bre - de s&#233;paration (dite aussi &#171; peur de l'&#233;tranger &#187; ou &#171; angoisse du 8&#232;me mois &#187;), qui &#233;quivaut en fait &#224; une angoisse d'abandon : &#171; je n'existe plus si je ne peux plus me voir dans le miroir de l'autre &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Vers 2 ans&lt;/strong&gt;, appara&#238;t l'angoisse (dite anale) de ne pas &#234;tre capable d'&#234;tre autonome : &#171; je n'existe plus si je ne peux pas faire les choses tout seul &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Entre 3 et 6 ans&lt;/strong&gt;, appara&#238;t l'angoisse (dite oedipienne) de ne pas trouver son identit&#233; (personnelle et familiale) : &#171; je n'existe plus si je ne sais pas qui je suis &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Entre 6 et 12 ans&lt;/strong&gt;, appara&#238;t l'angoisse (dite de latence) de ne pas savoir faire correctement les choses, de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur du niveau d'expectation des parents, des instituteurs, de l'adulte en g&#233;n&#233;ral : &#171; je n'existe plus si je ne fais pas les choses parfaitement &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;A l'adolescence&lt;/strong&gt;, est r&#233;activ&#233;e l'angoisse identitaire (oedipienne), l'identit&#233; premi&#232;re &#233;tant s&#233;rieusement remise en question : &#171; je n'existe plus si je ne sais pas qui je serai &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;Et &lt;strong&gt;&#224; l'&#226;ge adulte&lt;/strong&gt;, on voit appara&#238;tre des fixations ou des r&#233;gressions &#224; l'une ou l'autre de ces angoisses.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, o&#249; que l'on se trouve dans le cycle de vie, l'angoisse refl&#232;te bien toujours une crainte de ne plus exister, ou de ne plus suffisamment exister.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;6.	La mentalisation &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comment fonctionne exactement ce processus complexe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'appareil mental est compos&#233; de quatre dispositifs&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	les repr&#233;sentations mentales (les mots, les pens&#233;es, les images, les sc&#233;narios),&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;les affects (les (res)sentis, les &#233;motions, les sentiments, l'humeur),&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	les app&#233;tences (les besoins, les d&#233;sirs, les demandes),&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;	les perceptions et les actions (qui constituent toutes deux l'interface avec le &lt;br class='autobr' /&gt; monde ext&#233;rieur, les inputs et les outputs).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les dispositifs sont reli&#233;s entre eux, formant ainsi le circuit mental. On peut se repr&#233;senter celui-ci comme une sorte de carr&#233; dont les quatre coins seraient : le p&#244;le des repr&#233;sentations &#8211; celui des affects &#8211; celui des actions/perceptions &#8211; celui des app&#233;tences &#8211; et la boucle est boucl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mentalisation en tant que telle traduit la circulation de l'&#233;nergie psychique (libido) entre les quatre p&#244;les du circuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sant&#233; mentale refl&#232;te une circulation fluide et libre de l'&#233;nergie mentale dans l'enti&#232;ret&#233; du circuit. Par exemple : le go&#251;t de la petite madeleine tremp&#233;e dans le th&#233; (perception) fait jaillir en moi un souvenir de mon enfance (repr&#233;sentation), ce souvenir me plonge imm&#233;diatement dans une nostalgie (affect), et cette nostalgie me pousse irr&#233;sistiblement (app&#233;tence) &#224; feuilleter un vieil album photo (action).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pathologie mentale, &#224; l'inverse, r&#233;sulte de la limitation de cette circulation dans un circuit devenu plus court, suite &#224; la d&#233;fectuosit&#233; d'un ou de plusieurs dispositifs. Au propre comme au figur&#233;, la pathologie traduit donc un court-circuit mental !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque c'est le dispositif des affects qui est d&#233;fectueux, on assiste &#224; une inflation des repr&#233;sentations, lesquelles sont d&#232;s lors livr&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, ne sont plus affectis&#233;es (psychoses / d&#233;lire parano&#239;aque).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque c'est le dispositif des repr&#233;sentations qui est d&#233;fectueux (d&#233;ficit en pens&#233;es, mots, images&#8230;), on assiste &#224; une inflation des affects, lesquels ne sont plus contenus (n&#233;vrose / angoisse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque ces deux dispositifs sont d&#233;fectueux en m&#234;me temps, on observe alors une inflation des app&#233;tences et des actions (psychopathie, perversion et psychosomatique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mentalisation est un processus qui s'acquiert progressivement au cours du d&#233;veloppement, par l'apprentissage de la tol&#233;rance &#224; la frustration. L'&#234;tre humain apprend peu &#224; peu &#224; se satisfaire d'objets mentaux en lieu et place des objets ext&#233;rieurs manquants. Il cr&#233;e ainsi un espace mental, une &#233;paisseur psychique, un pare-choc de l'esprit, qui amortit les agressions venant du monde ext&#233;rieur. &#171; Qui dort d&#238;ne &#187;, adage qui dans son acceptation actuelle signifie : &#171; Qui dort r&#234;ve qu'il d&#238;ne &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, la contention mentale est la grande marmite dans laquelle bouillonne la vie psychique. La mentalisation est ce qui permet au lait qui bout (l'angoisse, par exemple) de ne pas d&#233;border. Rappelons une fois encore que la mentalisation est un processus essentiellement inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;7.	L'auto-traitement de l'angoisse (spontan&#233;, permanent et inconscient) :
l'investissement des repr&#233;sentations mentales &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'investissement de l'imaginaire (autrement dit la fantasmatique) est la base de l'auto-traitement. La sc&#233;narisation de sa propre vie (face &#224; ce qui m'angoisse, je mettrai ceci en place, et telle situation en d&#233;coulera), les r&#234;ves (nocturnes et &#233;veill&#233;s), etc. Pour prendre un exemple : je me blesse et je saigne, je ressens une angoisse de mort - je suis saisi. Puis, me d&#233;-saisissant, je songe &#224; la capacit&#233; qu'a mon sang de coaguler ; je visualise mes petites plaquettes sanguines qui s'agr&#232;gent ; je planifie de mettre un pansement ou d'aller &#224; la garde me faire recoudre ; j'imagine d&#233;j&#224; la future cicatrice&#8230; et mon angoisse est ainsi contenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investissement du symbolique : investir la culture au sens large. Voir des films, des pi&#232;ces, lire des romans (en particulier des thrillers, du fantastique, de la s&#233;rie noire, de l'horreur&#8230;), pratiquer une religion, jouer (des &#171; games &#187; - jeux avec r&#232;gles, et des &#171; plays &#187; - jeux sans r&#232;gles)&#8230; Autant de contenants possibles pour mon angoisse - offerts par la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes par ailleurs parfois confront&#233;s &#224; des exp&#233;riences de mort mentale - lors d'un choc traumatique, lors de l'orgasme (&#171; la petite mort &#187;), lors d'un accident&#8230; : nous ne sommes plus d&#232;s lors qu'un flot continu d'&#233;motions et de ressentis. L'exp&#233;rience v&#233;cue (psychique) est alors tellement dense qu'elle ne p&#233;n&#232;tre pas dans le mental (ainsi que, selon les Italiens, la caf&#233;ine du ristreto ne p&#233;n&#232;tre pas dans le sang, tant elle est dense !). Une fois sorti de cette &#171; stupidit&#233; &#187;, l'auto-traitement consiste &#224; mettre l'exp&#233;rience &#224; plat, &#224; en faire le r&#233;cit (&#224; soi-m&#234;me et aux autres), avec le plus de d&#233;tails possible, &#224; sortir de l'&#233;pure, &#224; restituer &#224; la situation sa composante banale. Cette attitude a d'ailleurs inspir&#233; une des plus c&#233;l&#232;bres techniques utilis&#233;es en victimologie : le d&#233;briefing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabriquer de la dur&#233;e (selon l'expression de Jean Van Hemelrijk, psychoth&#233;rapeute &#224; Bruxelles) : pour lutter contre l'angoisse du futur imm&#233;diat. Nous savons qu'&#224; chaque instant, nous pouvons mourir l'instant d'apr&#232;s (ah, cette ch&#232;re rupture d'an&#233;vrisme !). Ceci est &#233;videmment propre &#224; g&#233;n&#233;rer une angoisse de mort insupportable. Pour &#233;chapper &#224; celle-ci, la strat&#233;gie mentale peut consister &#224; &#233;paissir le temps, &#224; s'inscrire dans la dur&#233;e, &#224; se cr&#233;er une historicit&#233;. On peut, par exemple, se lancer dans de multiples projets, &#234;tre p&#233;tris de d&#233;sirs, entretenir des relations &#233;pistolaires (version papier), commander aux 3 Suisses ou sur internet (VPC), r&#233;server des places de spectacle (en son temps : 14 mois &#224; l'avance pour un spectacle de B&#233;jart !), lire des hebdomadaires plut&#244;t que des quotidiens, regarder les &#233;missions de TV en diff&#233;r&#233; sur vid&#233;o, faire des enfants&#8230; Chacun de ces exemples constitue un v&#233;ritable pari pris sur la vie, et op&#232;re de m&#234;me comme auto-suggestion. C'est ce typer de strat&#233;gie qui a par ailleurs inspir&#233; &#224; Victor Frenkl la th&#233;rapie par la futurisation (utilisation des ressources du futur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabriquer de la peur&lt;/strong&gt; : la peur est souvent d&#233;j&#224; le produit d'une mentalisation ! C'est le r&#233;sultat d'un traitement de l'angoisse. La peur peut &#234;tre con&#231;ue comme une sorte de m&#233;dicament anti-angoisse ! &lt;i&gt; &lt;strong&gt;La peur se forme, par &#233;pigen&#232;se*, sur l'angoisse : voici la th&#232;se de cette r&#233;flexion&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; ! Vue de la sorte, la peur est un moindre mal. L'angoisse est d&#233;vastatrice, car elle n'est li&#233;e &#224; aucune repr&#233;sentation mentale ; rien ne peut donc la contenir ; contre l'angoisse on est d&#233;muni, il n'y a rien &#224; faire. Parvenir &#224; arrimer l'angoisse &#224; un objet, cr&#233;er ainsi une peur, voire m&#234;me une phobie, revient &#224; r&#233;duire la souffrance gr&#226;ce &#224; la mise en place d'une contention mentale. Il s'agit en somme d'identifier un ennemi, puis de se mettre tout pr&#232;s de lui pour le surveiller. Voil&#224; pourquoi il vaut mieux ne pas syst&#233;matiquement essayer d'enlever leurs peurs aux enfants. Cela &#233;quivaut en fait &#224; leur retirer un outil pr&#233;cieux, une arme, contre l'angoisse (laquelle, rappelons-le, vient de l'int&#233;rieur). Bien au contraire, il est pr&#233;f&#233;rable de leur livrer des objets phobiques, tout en les dotant bien s&#251;r d'objets contra-phobiques super-puissants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contes, &#224; mourir de peur, qu'on lit traditionnellement aux enfants au moment du coucher - dans le but pr&#233;cis de les rass&#233;r&#233;ner avant l'endormissement - ne sont d'ailleurs rien d'autre que des mises en sc&#232;ne phobiques et contra-phobiques de l'angoisse (cette derni&#232;re &#233;tant activ&#233;e par la s&#233;paration d'avec les parents, par l'obscurit&#233;, la position couch&#233;e, la perte de contr&#244;le&#8230;). Dans &#171; Le petit chaperon rouge &#187;, par exemple, la grand-m&#232;re ainsi que la petite-fille, toutes deux d&#233;vor&#233;es par le loup, ressortent - vivantes - par l'ouverture pratiqu&#233;e dans le ventre de l'animal par le chasseur ! (dans la version des fr&#232;res Grimm du moins). Retenons donc qu'il ne faut pas avoir trop peur de la peur des enfants. Oui mon fils, oui ma fille, il y a bien des fant&#244;mes dans le placard, et on va d'ailleurs aller - ensemble - les d&#233;busquer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;, une petite fille de six ans vient me trouver avec sa maman. Cela fait quelques mois qu'elle refuse d'aller se coucher, car elle a peur de mourir pendant son sommeil, du fait d'un avion qui rentrerait par la fen&#234;tre de sa chambre. Sa m&#232;re lui a expliqu&#233; que cette peur n'&#233;tait pas fond&#233;e, qu'une telle chose ne s'&#233;tait jamais produite (c'&#233;tait avant le 11 septembre) et qu'elle pouvait par cons&#233;quent dormir sur ses deux oreilles. Mais la r&#233;assurance maternelle n'y changeait rien : la petite faisait toujours autant des siennes pour aller au lit. Apr&#232;s les avoir &#233;cout&#233;es, je dis &#224; la petite que sa maman est naturellement bien intentionn&#233;e, mais qu'elle se trompe royalement : les avions qui rentrent par la fen&#234;tre et &#233;crasent les petits enfants, &#231;a existe, on me l'a d&#233;j&#224; racont&#233;. Mais attention ! Ce qui m'a &#233;galement &#233;t&#233; rapport&#233;, c'est qu'il existe de la poudre anti-avion ! Il suffit de r&#233;pandre un peu de cette poudre extraordinaire entre la fen&#234;tre et le lit pour qu'une sorte de mur invisible prot&#232;ge le dormeur de tout impact f&#226;cheux. Je connais m&#234;me un magasin o&#249; l'on vend cette fameuse poudre, et c'est avec plaisir que je donnerai l'adresse &#224; sa maman (&#224; qui je souffle subrepticement d'utiliser de la farine ou du sucre en poudre). Trois semaines plus tard, les voil&#224; de retour. Le probl&#232;me a disparu. Mais la maman a trouv&#233; que cette poudre &#233;tait d&#233;cid&#233;ment fort salissante. Elle est donc retourn&#233;e au magasin. Et l&#224; on lui a recommand&#233; la cr&#232;me anti-avion, &#224; enduire sur le visage et les poignets du dormeur, afin de cr&#233;er une aura indestructible. Et la petite fille de se sentir pareillement prot&#233;g&#233;e, et d'accepter d&#232;s lors sans r&#233;sistance d'aller se coucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait croire, na&#239;vement, que la pens&#233;e magique - indispensable &#224; la constitution de l'objet contra-phobique - n'est &#224; l'&#339;uvre que chez les jeunes enfants. Il n'en est rien. Elle nous accompagne tout au long de notre vie. C'est elle, par exemple, qui creuse le lit de la superstition. Je me souviens tr&#232;s bien de l'&#233;poque o&#249; Skylab est retomb&#233; sur terre. On apprenait alors que, pouss&#233;s par les vents solaires, les satellites artificiels &#233;taient tous vou&#233;s &#224; nous retomber sur la t&#234;te un jour ou l'autre. Ce qui produisit un v&#233;ritable vent de panique. Surtout chez les Am&#233;ricains, bien connus pour &#234;tre des fabricants de peur hors pair (cf. la chasse aux sorci&#232;res maccarthyste, entre autres). Et puisqu'ils ont &#233;galement quelque don pour les affaires, on assista d&#232;s lors, &#233;berlu&#233;s (vu d'Europe), au commerce florissant, et surr&#233;aliste, de casques et baumes anti-Skylab&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;oise Dolto proposait une variante int&#233;ressante de l'utilisation de l'objet contra-phobique. Pendant la nuit, elle demandait &#224; l'enfant de prot&#233;ger son doudou (ou plus tard son nounours ou sa poup&#233;e) de ce qui motivait sa peur. En lui faisant ainsi prendre une responsabilit&#233;, elle le d&#233;gageait de son r&#244;le de victime potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les phobies ont &#233;galement souvent une fonction suppl&#233;mentaire : celle de paratonnerre (ce que Freud appelait en son temps &#171; le d&#233;placement &#187;). Le but est d'attirer le plus possible l'attention sur un objet insignifiant (une araign&#233;e, par exemple), et ce afin de permettre au sujet de moins souffrir, en le d&#233;tournant d'une angoisse existentielle par trop signifiante (la mort de ses parents, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'instar des phobies, on peut consid&#233;rer que les TOC (troubles obsessionnels compulsifs) sont &#233;galement, dans une certaine mesure, des dispositifs mentaux mis en place pour traiter l'angoisse. Ce sont des pens&#233;es (magiques) et des comportements st&#233;r&#233;otyp&#233;s (c&#233;r&#233;monials) qui tentent de ma&#238;triser le non ma&#238;trisable, de contr&#244;ler l'incontr&#244;lable ; &#224; savoir le futur, et son incertitude. C'est incontestablement un r&#244;le jou&#233;, par exemple, par la compulsion &#224; la r&#233;p&#233;tition, les compulsions de v&#233;rification, les comptages obsessionnels, les rituels de protection&#8230; et, bien s&#251;r, la superstition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notons enfin que les phobies et les TOC sont des m&#233;dicaments anti-angoisse qui entra&#238;nent parfois de tels &#171; effets secondaires &#187;, qu'ils s'av&#232;rent alors &#234;tre pires que la maladie elle-m&#234;me (c'est la cas de la phobie g&#233;n&#233;ralis&#233;e ou de l'agoraphobie par exemple) ! Dans ce cas, mieux vaut alors suspendre le traitement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;8.	L'&#233;pigen&#232;se* au carr&#233; : de la d&#233;pression &#224; la peur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se propos&#233;e ici est la suivante : sur le plan de la psychopathologie, notre &#233;poque &#233;tant devenue essentiellement celle de la d&#233;pression, cette derni&#232;re serait auto-trait&#233;e par l'angoisse (premi&#232;re &#233;pigen&#232;se), laquelle serait &#224; son tour auto-trait&#233;e par la peur (seconde &#233;pigen&#232;se). Donc : fabriquer de l'angoisse pour lutter contre la d&#233;pression, puis fabriquer de la peur pour lutter contre l'angoisse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque &#233;poque sa psychopathologie. Autrefois (en gros jusqu'&#224; la seconde guerre mondiale), l'homme occidental regardait &#224; l'ext&#233;rieur de lui-m&#234;me, il prenait un point de r&#233;f&#233;rence : c'&#233;tait le sacr&#233;, c'&#233;tait dieu. Depuis lors, et pour beaucoup, dieu est mort dans les chambres &#224; gaz des camps nazis. Et l'homme a d&#251; alors se r&#233;soudre &#224; se prendre lui-m&#234;me comme r&#233;f&#233;rence. La pathologie mentale en a &#233;t&#233; profond&#233;ment modifi&#233;e. Autrefois essentiellement de nature n&#233;vrotique (marqu&#233;e par l'angoisse, celle-ci &#233;tant li&#233;e &#224; la culpabilit&#233; - &#224; ce qu'on a fait) elle est devenue essentiellement narcissique (marqu&#233;e par la d&#233;pression, li&#233;e &#224; la honte - &#224; ce qu'on est).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps des Grecs, les jeunes &#233;taient invit&#233;s, au moment de la pubert&#233;, &#224; th&#233;oriser le monde (theos oros : voir dieu ). Autrement dit, &#224; voir dieu &#224; travers le monde qu'il a cr&#233;&#233;, &#224; travers l'ordre, l'harmonie qu'il y a mis ; et ce de mani&#232;re &#224; pouvoir trouver sa juste place dans ce monde. Trouver sa place reste la grande affaire de tout homme sur cette plan&#232;te. Or, d&#232;s lors qu'il n'y a plus de dieu, d&#232;s lors que l'homme est devenu sa propre mesure, cette entreprise devient extr&#234;mement compliqu&#233;e (peut-&#234;tre sont-ce d'ailleurs aujourd'hui les psys qui jouent aupr&#232;s de leurs patients ce r&#244;le de point de r&#233;f&#233;rence). Et voil&#224; probablement pourquoi nous sommes litt&#233;ralement rentr&#233;s, en Occident, dans l'&#232;re de la d&#233;pression. Une d&#233;pression particuli&#232;re, marqu&#233;e par la honte, le vide, l'ennui, le manque de sens et d'intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de sortir de cet &#233;tat, afin d'intensifier le moment pr&#233;sent, de lui donner plus de sens et de substance, une strat&#233;gie mentale possible peut consister &#224; se d&#233;munir du sentiment de dur&#233;e, et &#224; en revenir ainsi au v&#233;cu originel de l'imm&#233;diatet&#233;. Demain je serai peut-&#234;tre mort : j'ai donc int&#233;r&#234;t &#224; vivre, &#224; profiter aujourd'hui (carpe diem) ! D'o&#249;, je cr&#233;&#233; moi-m&#234;me une tension, un sentiment d'urgence, un sentiment aigu de vivre, une passion pour la vie. D'o&#249;, je fais dispara&#238;tre ma d&#233;pression - au profit de l'angoisse. Par exemple, l'hypocondrie ou la nosohobie sont des troubles anxieux qui r&#233;pondent parfaitement &#224; ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'ailleurs int&#233;ressant de noter que l'&#233;poque que nous connaissons actuellement (&#233;poque &#233;minemment &#171; chronocide &#187;, o&#249; tout doit aller tr&#232;s vite, o&#249; toute satisfaction doit &#234;tre imm&#233;diate) s'inscrit dans la m&#234;me logique, et est par cons&#233;quent extr&#234;mement anxiog&#232;ne. Parmi les tr&#232;s nombreuses tentatives actuelles de tuer le temps, on peut pointer le &#171; chat &#187; sur internet (versus le courrier papier), le GSM (versus le t&#233;l&#233;phone fixe), le t&#233;l&#233;travail, les photos en 1 heure (ou m&#234;me imprim&#233;es chez soi)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons encore que les h&#233;ros d'autrefois avaient pour mission d'aider les hommes &#224; lutter contre l'angoisse de mort (ceci rejoint d'ailleurs une th&#233;orie &#233;tablie par Annah Arendt). Ils ne vieillissaient pas d'une ride, n'&#233;voluaient d'aucune mani&#232;re, il ne leur arrivait strictement rien (Tintin, Zorro, Superman, Peter Pan bien s&#251;r&#8230;). Ils &#233;taient pour ainsi dire &#171; gel&#233;s &#187;, comme dans la publicit&#233; &#171; Arr&#234;tez le temps le temps d'une Stella &#187;. Les h&#233;ros d'aujourd'hui, on les trouve dans Harry Potter et Star Wars. Ce sont des personnages qui grandissent, changent, s'&#233;rotisent et vieillissent. Harry Potter c'est l'anti-Peter Pan (pour reprendre le titre d'un ouvrage r&#233;cent). Ces h&#233;ros d'un nouvel ordre s'av&#232;rent donc &#234;tre anti-d&#233;presseurs, par le fait m&#234;me d'&#234;tre pro-anxieux !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;9. L' &#171; h&#233;t&#233;ro &#187;-traitement de l'angoisse &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'auto-traitement ne fonctionne plus bien, ou lorsqu'il entra&#238;ne trop d'effets secondaires (on pourrait aussi dire lorsque son co&#251;t devient exorbitant), un trouble anxieux appara&#238;t. Il s'agira par exemple d'une phobie invalidante, d'une attaque de panique, ou encore d'un TOC encombrant. Il est d&#232;s lors judicieux d'avoir recours &#224; un &#171; h&#233;t&#233;ro &#187;-traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Orientaux ont r&#233;fl&#233;chi &#224; la question depuis fort longtemps. Les techniques orientales tendent essentiellement &#224; traiter l'anxi&#233;t&#233; - en tant que souffrance de demain. Leur credo commun est la centration sur l'ici et maintenant. Le sujet y apprend pour ainsi dire &#224; fermer la porte qui conduit &#224; demain. Tant dans le Yoga que dans le bouddhisme, le Tao, ou encore les arts martiaux, il s'agit de prendre conscience que le futur n'existe pas (encore), que seul l'instant pr&#233;sent compte - et m&#233;rite d&#232;s lors d'&#234;tre pleinement v&#233;cu. La cl&#233; pour fermer cette porte : la focalisation sur le corps, son fonctionnement, ses sensations et perceptions. Et c'est en concentrant l'attention sur la respiration qu'on y parvient le plus directement. Dans le bouddhisme, par exemple, la prescription est de se lib&#233;rer de la tyrannie du d&#233;sir (li&#233; &#224; demain) en se fixant sur la satisfaction des besoins (li&#233;s &#224; l'instant pr&#233;sent) - cf. &#171; les quatre nobles v&#233;rit&#233;s &#187; et &#171; le noble chemin octuple &#187;. De m&#234;me, on peut voir la gestalt th&#233;rapie (m&#233;thode &#171; existentialiste &#187;, centr&#233;e sur l'exp&#233;rience v&#233;cue ici et maintenant), comme un avatar occidental des pratiques orientales. Toutes ces techniques s'&#233;tayent sur le m&#234;me constat : l'&#234;tre humain n'est capable d'anxi&#233;t&#233; que parce qu'il a le pouvoir de se projeter dans le futur. Sans ce pouvoir, point d'anxi&#233;t&#233;. Ceci est d'ailleurs d&#233;montr&#233; de mani&#232;re litt&#233;rale dans un curieux trouble neuropsychologique appel&#233; syndrome athymhormique. Ce dernier d&#233;coule d'une l&#233;sion subie au niveau du cortex pr&#233;-frontal, celui-l&#224; m&#234;me n&#233;cessaire &#224; l'appr&#233;hension du futur. A c&#244;t&#233; de plusieurs sympt&#244;mes invalidants, on voit appara&#238;tre un &#233;trange b&#233;n&#233;fice secondaire : la disparition compl&#232;te de toute anxi&#233;t&#233; ! Au passage, vous aurez d&#233;duit de ce qui pr&#233;c&#232;de que le traitement de la souffrance de demain (lequel consiste &#224; compresser le temps) est diam&#233;tralement oppos&#233; au traitement de la souffrance du futur imm&#233;diat (lequel consiste &#224; dilater le temps) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles r&#233;ponses les Occidentaux ont-ils apport&#233;es au probl&#232;me ? Les techniques occidentales tendent essentiellement &#224; traiter l'angoisse - en tant que souffrance du futur imm&#233;diat. Je veux surtout parler ici des psychoth&#233;rapies dites herm&#233;neutiques. On les appelle ainsi car elles tentent de donner un suppl&#233;ment de sens &#224; l'exp&#233;rience v&#233;cue, une nouvelle lecture des choses (on pourrait dire aussi qu'elles fournissent au sujet de nouvelles lunettes). Ce faisant, elles poussent &#224; l'inflation des repr&#233;sentations mentales. Le commun d&#233;nominateur de ces th&#233;rapies est de renforcer le traitement mental d&#233;faillant. Et, concernant l'angoisse, c'est le dispositif repr&#233;sentationnel de la mentalisation qui est sp&#233;cifiquement vis&#233;. L'objectif est d'accro&#238;tre la contention des affects, gr&#226;ce &#224; la fabrication de nouveaux objets mentaux. Parmi ces th&#233;rapies, on trouve les diff&#233;rents types de psychanalyse, les diff&#233;rents types de th&#233;rapie syst&#233;mique, l'hypnose ericksonienne, la th&#233;rapie provocatrice (en particulier la technique dite du &#171; sc&#233;nario catastrophe &#187;, qui consiste &#224; fabriquer une peur encore sup&#233;rieure &#224; la peur spontan&#233;e !), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la contention mentale des affects est &#224; nouveau suffisante, on peut alors interrompre l'h&#233;t&#233;ro-traitement et laisser &#224; nouveau la nature faire sont travail.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;*&lt;i&gt;En psychologie dynamique : processus mental d'auto-traitement dans lequel un sympt&#244;me se construit sur &lt;br class='autobr' /&gt; un autre, plus s&#233;v&#232;re, pour finir par le remplacer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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