<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>RolandPec.org</title>
	<link>https://www.rolandpec.org/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>




<item xml:lang="fr">
		<title>Les aveugles de naissance r&#234;vent-ils ?</title>
		<link>https://rolandpec.org/Les-aveugles-de-naissance-revent-ils.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://rolandpec.org/Les-aveugles-de-naissance-revent-ils.html</guid>
		<dc:date>2020-02-12T13:28:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1991, alors que je faisais mes tous premiers pas dans un laboratoire de sommeil (c'&#233;tait au Centre Hospitalier Universitaire Brugmann, dans le nord de Bruxelles), je me souviens tr&#232;s bien m'&#234;tre pos&#233; la question suivante : un aveugle de naissance r&#234;ve-t-il ? Et si oui, de quoi r&#234;ve-t-il ? &lt;br class='autobr' /&gt; Durant des ann&#233;es, ma curiosit&#233; dut se contenter de suivre un stage interminable &#224; l'intitul&#233; r&#233;barbatif : &#171; Apprendre &#224; tol&#233;rer la frustration &#187; ! Le myst&#232;re restait entier, personne ne semblait pouvoir (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Somno-.html" rel="directory"&gt;Articles Somno&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'automne 1991, alors que je faisais mes tous premiers pas dans un laboratoire de sommeil (c'&#233;tait au Centre Hospitalier Universitaire Brugmann, dans le nord de Bruxelles), je me souviens tr&#232;s bien m'&#234;tre pos&#233; la question suivante : un aveugle de naissance r&#234;ve-t-il ? Et si oui, de quoi r&#234;ve-t-il ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_360 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L300xH168/aveugles_reves-89b0f.jpg?1698808221' width='300' height='168' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Durant des ann&#233;es, ma curiosit&#233; dut se contenter de suivre un stage interminable &#224; l'intitul&#233; r&#233;barbatif : &#171; Apprendre &#224; tol&#233;rer la frustration &#187; ! Le myst&#232;re restait entier, personne ne semblait pouvoir r&#233;pondre &#224; ma question&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vint le jour o&#249;, enfin, je sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, absolument, les aveugles de naissance r&#234;vent, comme tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, alors, de quoi r&#234;vent-ils ? C'est en examinant ce qui avait si longtemps paralys&#233; ma pens&#233;e que nous allons, ensemble, le d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ledit blocage r&#233;sultait, en premier lieu, de ma sous-estimation, patente, des sources sensorielles extra-visuelles des r&#234;ves (surd&#233;velopp&#233;es, qui plus est, chez la personne aveugle) ; tant diachroniques (avant le sommeil) que synchroniques (durant le sommeil). Des r&#234;ves d'origine auditive, olfactive, gustative, somesth&#233;sique, proprioceptive, etc. Cette sous-estimation avait probablement &#233;t&#233; favoris&#233;e par mes acquis, tout r&#233;cents, sur les &#171; pointes PGO &#187;, l'activit&#233; c&#233;r&#233;brale sous-corticale propre au REM... laquelle ach&#232;ve sa course dans la zone visuelle du lobe occipital (le &#171; O &#187; de PGO). Amalgamant joyeusement activit&#233; sous-corticale (dans la &#171; pulpe &#187; et les &#171; p&#233;pins &#187; du cerveau) et corticale (dans &#171; l'&#171; &#233;corce &#187; du cerveau) &#8212; ainsi que REM et r&#234;ve (comme y invitait, encore, faut-il le rappeler, la somnologie du d&#233;but des ann&#233;es 1990) &#8212;, j'avais donc fait du r&#234;ve un processus essentiellement voire exclusivement visuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;plorable blocage r&#233;sultait, en second lieu, de ma m&#233;connaissance, encore plus manifeste, de l'importance des dimensions mn&#233;siques et verbales, tant en amont du processus onirique (lors de l'&#233;criture du sc&#233;nario) qu'en aval (lors de la narration). Dimensions bien &#233;videmment pr&#233;serv&#233;es, sinon renforc&#233;es, chez la personne aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Last but not least, concernant les r&#234;ves visuels eux-m&#234;mes (entre 60 % et 70 % de l'ensemble des r&#234;ves chez le voyant), j'ai fini par comprendre qu'ils correspondaient, tr&#232;s exactement, aux repr&#233;sentations visuelles que l'aveugle de naissance se faisait du monde. Car pour lui, comme pour nous tous, la perception est fille de la construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point m&#233;rite un court d&#233;veloppement. Prenons pour base de r&#233;flexion la perception de la couleur rouge. Mon cerveau, de concert avec mon esprit (mon imagination surtout), &#171; construit &#187; (per&#231;oit) la couleur rouge &#224; partir du signal que mes organes sensoriels visuels (c'est-&#224;-dire mes yeux) lui fournissent. Le cerveau de l'aveugle de naissance, de concert avec son esprit (son imagination surtout), &#171; construit &#187; (per&#231;oit) &#8212; pareillement &#8212; la couleur rouge &#224; partir du signal que ses organes sensoriels non-visuels lui fournissent. S'&#233;tayant par exemple sur des signaux gustatifs, la couleur rouge peut tr&#232;s bien &#234;tre associ&#233;e au go&#251;t de la tomate (fruit &#233;minemment rouge s'il en est), sur le mode de la synesth&#233;sie&#185;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Ph&#233;nom&#232;ne neuropsychologique, relativement rare (moins de 5% de la population), par lequel deux ou plusieurs modalit&#233;s sensorielles sont associ&#233;s. Dans la synesth&#233;sie graph&#232;mes-couleurs &#8212; la plus courante &#8212;, chaque lettre (et/ou chiffre) est associ&#233;e(&#233;) &#224; une couleur diff&#233;rente.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, r&#234;ver de la couleur rouge consistera, d&#232;s lors &#8212; pour l'aveugle de naissance comme pour le voyant (ou l'ayant vu) &#8212;, &#224; reconstruire (par le truchement de la m&#233;moire) une r&#233;alit&#233; qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; elle-m&#234;me initialement construite (par le biais de la perception). Un r&#234;ve est donc le r&#233;sultat d'une construction au carr&#233;. Au cube, m&#234;me, si l'on y adjoint la dimension verbale (sans parler de la dimension relationnelle qui entre en jeu lors de toute narration) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui illustre &#224; merveille le fil rouge (sans faire de jeu de mots) qui nous sert de guide d'un bout &#224; l'autre de cet r&#233;flexion&#8230; &#224; savoir, le paradigme constructiviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que lorsque mes outils cognitifs furent suffisamment matures que pour pouvoir m'ouvrir un tant soit peu &#224; ce m&#233;ta-mod&#232;le aujourd'hui incontournable, que je commen&#231;ai &#224; y voir un petit peu plus clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-le, l'axiome de d&#233;part dudit paradigme&#185; est le suivant : &#171; Nous construisons la r&#233;alit&#233; qui nous entoure bien plus que nous l'appr&#233;hendons &#187; (sans nous en apercevoir, bien entendu).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185; N&#233; au XVIIIe si&#232;cle, avec Kant, puis import&#233; dans le champ de la psychologie par le psychologue et philosophe Jean Piaget dans la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle, avant que d'&#234;tre d&#233;velopp&#233; par les anthropologues, &#233;pist&#233;mologues, psychologues et sociologues Gregory Bateson et Paul Watzlawick au sein de l'&#201;cole de Palo Alto, dans la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cela tient, tout &#224; la fois, aux limitations intrins&#232;ques de nos organes des sens, &#224; celles, tout aussi intrins&#232;ques, de notre rationalit&#233;, &#224; la part active jou&#233;e par notre cerveau dans le processus de traitement de l'information et, enfin, &#224; l'influence de notre esprit sur la fa&#231;on dont nous saisissons le r&#233;el (impact de la sph&#232;re cognitive, relationnelle, &#233;motionnelle, pulsionnelle, symbolique, imaginaire, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysons, bri&#232;vement, chacun de ces points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1698745179' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La perception est d&#233;j&#224; le r&#233;sultat d'un traitement de l'information &#8212; op&#233;r&#233; par le cerveau &#8212;, et non une simple pr&#233;hension de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1698745179' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Cette derni&#232;re est r&#233;alis&#233;e par les organes des sens, lesquels &#8212; en raison de leurs limitations (notion de sensorialit&#233; limit&#233;e) &#8212; distordent le r&#233;el d&#232;s l'entame du processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1698745179' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Une fois trait&#233;e par le cerveau, l'information fait encore l'objet de moult &#171; connotations &#187;, op&#233;r&#233;es par l'appareil mental (la machinerie de l'esprit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1698745179' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Enfin, le concept de rationalit&#233; limit&#233;e met en regard l'extr&#234;me lenteur du traitement de l'information par le cerveau humain (la puissance &#171; computationnelle &#187; de l'intelligence artificielle lui est infiniment sup&#233;rieure, comme chacun sait) avec la tr&#232;s grande quantit&#233; d'informations &#224; prendre en consid&#233;ration d&#232;s lors qu'il s'agit de proc&#233;der au moindre petit choix v&#233;ritable (op&#233;rer un choix &#171; v&#233;ritable &#187; implique d'examiner, dans les moindre d&#233;tails, chaque option existante). Cette limitation implique l'utilisation massive du processus de &#171; rationalisation a posteriori &#187; : d&#233;fense psychologique consistant &#224; valider, dans l'apr&#232;s-coup, les pseudo-choix op&#233;r&#233;s&#8230; ce afin d'&#233;chapper aux in&#233;vitables &#171; dissonances cognitives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ph&#233;nom&#232;nes aussi distrayants qu'instructifs, les illusions d'optique d&#233;voilent certains des m&#233;canismes responsables de la mani&#232;re dont nous &#171; inventons le r&#233;el &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple tout simple : il suffit de fixer cinq petites minutes durant un carr&#233; rouge sur une feuille blanche pour que la couleur paraisse nettement plus p&#226;le. Les r&#233;cepteurs r&#233;tiniens sollicit&#233;s &#8212; une vari&#233;t&#233; de &#171; c&#244;nes &#187; &#8212; se seront, alors, quelque peu fatigu&#233;s (notion de sensorialit&#233; limit&#233;e). Pas mal, mais il y a mieux&#8230; Si, dans la foul&#233;e, l'on se met &#224; fixer une feuille parfaitement blanche, un carr&#233; vert, de m&#234;me dimension que le pr&#233;c&#233;dent, apparaitra en son centre, comme par magie ! C'est que, dans la zone de la r&#233;tine consid&#233;r&#233;e, les r&#233;cepteurs sensibles &#224; la couleur rouge auront, alors, pass&#233; la main aux r&#233;cepteurs sensibles aux deux autres couleurs primaires impliqu&#233;es dans la perception du blanc : &#224; savoir le bleu et le jaune, dont tout peintre amateur sait que le m&#233;lange donne du&#8230; vert !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute chose per&#231;ue, les couleurs sont, donc, des ph&#233;nom&#232;nes strictement relatifs. Elles n'ont point de r&#233;alit&#233; immanente (un tel rouge pour vous, ne sera pas le m&#234;me rouge pour moi), et encore moins permanente (apr&#232;s l'avoir fix&#233; pendant cinq minutes, il sera diff&#233;rent et pour vous et pour moi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans une interview accord&#233;e &#224; la radio, j'ai un jour entendu Gilbert Montagn&#233; &#8212; le c&#233;l&#232;bre auteur-compositeur-pianiste-interpr&#232;te, aveugle &#171; de naissance &#187; (en r&#233;alit&#233;, ce sont les conditions de suroxyg&#233;nation en couveuse de pr&#233;maturit&#233; qui ont entrain&#233; sa c&#233;cit&#233;) &#8212; d&#233;clarer qu'il savait tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment &#224; quoi ressemblait la couleur rouge&#8230; dans la mesure o&#249; il en avait une repr&#233;sentation mentale tr&#232;s claire (comme chacun de nous). Avec un brin de provocation, il ajoutait se rendre fr&#233;quemment au cin&#233;ma &#8212; muni de ses lunettes noires et de sa canne blanche ! &#8212;, o&#249; il adorait &#171; voir &#187; les films... avec ses oreilles et, surtout, son imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, dans un Mati&#232;re Grise de 2019 (&#233;mission de t&#233;l&#233;vision scientifique en Belgique), un aveugle de naissance explique que : &#171; Le rouge, c'est la couleur qui m'&#233;chappe le plus. On dit que c'est une couleur chaude, plut&#244;t appr&#233;ci&#233;e, mais, en m&#234;me temps, il y a beaucoup de choses associ&#233;es au rouge qui ne sont pas forc&#233;ment bien : carte rouge au foot, feu rouge, sang&#8230; J'associe cette couleur &#224; certaines personnes que je connais : des personnes chaleureuses, mais qui peuvent assez vite virer au rouge&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-nous. Le non-voyant de naissance invente (&#171; voit &#187;) la couleur rouge, en utilisant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	ses organes de sens non-visuels (les &#171; p&#233;riph&#233;riques &#187;, pour user de la m&#233;taphore informatique), dont la t&#226;che est de capter le r&#233;el,&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	son cerveau (le &#171; hardware &#187;), dont la t&#226;che est de traiter le r&#233;el,&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	son esprit (le &#171; software &#187;), dont la t&#226;che est de connoter le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre voyants (ou ayants vu) et non-voyants de naissance, seuls les p&#233;riph&#233;riques diff&#232;rent. Dans les deux cas, c'est l'imagination (laquelle doit tant au software qu'au hardware) qui est aux commandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on imagine le monde, comme on le voit. Au sein du paradigme constructiviste, la c&#233;l&#232;bre formule de Saint-Thomas : &#171; Je ne crois que ce que vois &#187; est retourn&#233;e comme une vulgaire cr&#234;pe : &#171; Je ne vois que ce que je crois &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, pour en revenir (enfin) &#224; notre propos implique cette autre r&#232;gle : Comme on voit (imagine) le monde, comme on le r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud affirmait qu'&#171; On ne tombe pas hors du monde lorsque l'on r&#234;ve &#187;&#185;. De son monde, voulait-il dire : on ne construit ses r&#234;ves qu'avec ce que l'on connait. Ce monde &#224; nous est le fournisseur exclusif de la cour des songes. Et c'est &#224; notre m&#233;moire (l'une des &#171; applications &#187; de notre software) que revient le privil&#232;ge d'en assurer la livraison &#224; domicile, tant en amont du processus (la construction du r&#234;ve) qu'en aval (sa rem&#233;moration). Le r&#234;ve s'ancre toujours dans un r&#233;el : le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Une fois de plus, il avait repris cette id&#233;e &#224; F. W. Hildebrandt (Le r&#234;ve et son utilisation pour la vie, 1875) : &#171; Le r&#234;ve ne peut jamais se d&#233;faire du monde r&#233;el, et ses formations ne peuvent jamais qu'emprunter leur mat&#233;riau de base ou bien &#224; ce qui est apparu &#224; nos yeux dans le monde des sens ou bien &#224; ce qui a d&#233;j&#224; trouv&#233; place dans notre d&#233;marche de pens&#233;e vigile. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, incidemment, implique que le r&#234;ve est engendr&#233; par une imagination cr&#233;ative et non cr&#233;atrice. La cr&#233;ativit&#233;, en effet, conduit &#224; associer, de mani&#232;re in&#233;dite, des &#233;l&#233;ments pr&#233;existants (avec la cr&#233;ativit&#233;, on reste toujours dans le monde). Alors que le processus de cr&#233;ation consiste, pour sa part, &#224; faire na&#238;tre des &#233;l&#233;ments in&#233;dits, &#224; les g&#233;n&#233;rer ex-nihilo (avec la cr&#233;ation, on sort du monde), tel un d&#233;miurge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Mati&#232;re Grise, toujours, un autre aveugle de naissance d&#233;clare : &#171; Dans mon r&#234;ve, un chien me poursuit. Je cours de mani&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233;e, pensant : &#8220; je n'ai plus rien &#224; perdre&#8221;. J'entends les grognements et les pattes sur le sol qui se d&#233;placent rapidement. Je me r&#233;veille au moment o&#249; le chien est sur moi. Dans la vraie vie, seul, je ne cours pas. Je peux marcher vite, mais pas courir, ou alors accompagn&#233; de quelqu'un. En plus, j'&#233;tais sans canne, ce qui ne m'arrive jamais. &#187;. L'imagination cr&#233;ative du r&#234;veur a donc proc&#233;d&#233; de la sorte : &#171; Je sais ce que c'est que de courir accompagn&#233;, je sais ce que c'est que de marcher vite non accompagn&#233; et je sais ce que c'est que d'&#234;tre assis sans canne. &#192; partir de l&#224;, je mixe le tout, et j'imagine, d&#232;s lors, que je cours tout seul et sans canne ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que dans l'&#233;pist&#233;mologie pr&#233;moderne, r&#234;ve et r&#233;alit&#233; sont aussi oppos&#233;s que peuvent l'&#234;tre le jour et la nuit &#8212; &#171; Il faut veiller &#224; ne pas prendre ses r&#234;ves pour la r&#233;alit&#233; &#187;, n'est-ce pas ? &#8212;, dans l'&#233;pist&#233;mologie constructiviste, au contraire &#8212; puisque nous r&#234;vons le monde tel que nous le voyons (l'imaginons) &#8212;, r&#234;ve et r&#233;alit&#233; ne peuvent &#234;tre que du m&#234;me bord !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'on ne saurait r&#234;ver ailleurs que dans sa r&#233;alit&#233; propre &#8212; celle que nous construisons tous en permanence &#8212;, r&#234;ve et r&#233;alit&#233; constituent, forc&#233;ment, les c&#244;t&#233;s face et pile d'une m&#234;me pi&#232;ce. Il est donc tout bonnement impossible de faire autrement que &#171; prendre ses r&#234;ves pour la r&#233;alit&#233; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette dualit&#233; r&#234;ve/r&#233;alit&#233; a inspir&#233; quantit&#233; d'artistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le registre cin&#233;matographique, le film Inception en est la parfaite illustration. Dans cette grosse production hollywoodienne, sortie en 2010, et pilot&#233;e par Leonardo diCaprio, le r&#233;alisateur-sc&#233;nariste, Christopher Nolan, semble avoir mis un point d'honneur &#224; ne surtout pas b&#233;n&#233;ficier des lumi&#232;res d'un somnologue&#8230; et d'un onirologue, encore moins&#185; ! En revanche, la dualit&#233; r&#234;ve/r&#233;alit&#233; &#8212; &#224; savoir la r&#233;alit&#233; est &#224; la source du r&#234;ve/le r&#234;ve est &#224; la source de la r&#233;alit&#233; &#8212; y re&#231;oit un traitement magistral. Ci-apr&#232;s, le pitch, passablement alambiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Une contre-v&#233;rit&#233; parmi bien d'autres : &#171; 5 minutes dans la r&#233;alit&#233; &#233;quivalent &#224; 1 heure dans un r&#234;ve &#187;&#8230; ce qui ne correspond ni &#224; la th&#233;orie hypnique d'un LaBerge (au sein de laquelle 5 minutes dans la r&#233;alit&#233; &#233;quivalent &#224; 5 minutes dans un r&#234;ve), ni &#224; la th&#233;orie hypnopompique &#224; &#233;veil brutal d'un Maury, d'un Dennett ou encore d'un Tassin (au sein de laquelle une fraction de seconde dans la r&#233;alit&#233; &#233;quivaut &#224; une dur&#233;e X dans un r&#234;ve) ni, enfin, &#224; la th&#233;orie hypnopompique &#224; &#233;veil progressif d'un Goblot (au sein de laquelle environ &#189; heure dans la r&#233;alit&#233; &#233;quivaut &#224; une dur&#233;e X dans un r&#234;ve).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Autre affirmation sans fondement aucun : &#171; Au cours du r&#234;ve, les fonctions c&#233;r&#233;brales sont 20 fois plus actives que la normale &#187;&#8230;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dom Cobb, le h&#233;ros, est engag&#233; par Saito, un homme d'affaires japonais sans scrupules, pour implanter (to incept) une id&#233;e dans la m&#233;moire de Robert Fischer (&#224; l'insu de ce dernier, bien &#233;videmment), le jeune h&#233;ritier d'une multinationale concurrente. La r&#233;alisation de cette id&#233;e (&#171; Je vais d&#233;manteler l'empire financier de papa &#187;) permettrait &#224; Saito de devenir le n&#176;1 mondial de son secteur. Afin de proc&#233;der &#224; cette inception, Cobb va faire appel &#224; une technologie d&#233;velopp&#233;e par et pour l'arm&#233;e. Il s'agira, ici, de se rendre ma&#238;tre de l'intrigue de trois r&#234;ves &#171; partag&#233;s &#187; &#8212; se d&#233;roulant, respectivement, dans une ville, dans un h&#244;tel et &#224; la montagne &#8212;, embo&#238;t&#233;s les uns dans les autres, tels des poup&#233;es russes. Ces r&#234;ves &#8212; induits conjointement chez la victime, chez Cobb, chez ses quatre co-&#233;quipiers ainsi que chez Saito lui-m&#234;me (voil&#224; pour l'aspect &#171; partag&#233; &#187;) &#8212; auront pour office d'activer &#171; les trois niveaux de profondeur de l'inconscient &#187; de Fischer. Les &#171; matrices &#187; de ces r&#234;ves seront cr&#233;&#233;es par un cinqui&#232;me comparse, baptis&#233; &#171; l'architecte &#187;, et seront ensuite enrichies, progressivement, par l'imagination de chacun des r&#234;veurs. Une fois parvenus &#224; l'int&#233;rieur de l'intrigue du troisi&#232;me songe &#8212; au c&#339;ur de l'inconscient de Fischer &#8212;, les inceptors implanteront, enfin, la fameuse id&#233;e, via la greffe d'une s&#233;quence onirique pr&#233;fabriqu&#233;e dont la forme sera &#224; la fois &#233;motionnelle et positive (la seule susceptible d'exercer quelque influence sur l'inconscient). Ce qui nous vaut une sc&#232;ne poignante dans laquelle Fischer-p&#232;re, couch&#233; sur son lit de mort, souffle &#224; l'oreille de Fischer-fils : &#171; Je suis extr&#234;mement d&#233;&#231;u que tu aies essay&#233; de devenir comme moi &#187;&#8230; avant de lui confier qu'il conserve pr&#233;cieusement, &#224; l'abri de son coffre-fort, un petit moulin &#224; vent fabriqu&#233; jadis par les mains enfantines de son fils ador&#233;&#8230; Une d&#233;claration d'amour, donc, doubl&#233;e d'une marque de confiance, toutes deux destin&#233;es &#224; encourager ledit fils &#224; suivre sa propre voie. Une fois la s&#233;quence greff&#233;e, il ne restera plus aux inceptors qu'&#224; s'extraire, dare-dare, de ces matriochkas oniriques, par la gr&#226;ce d'un &#171; coup de fouet &#187; : le choc produit par une chute en arri&#232;re&#185;&#8230; s'ils ne veulent pas errer &#224; tout jamais dans les limbes (un &#171; espace de r&#234;ve non-structur&#233; &#187;). Au r&#233;veil, la victime prendra l'id&#233;e exog&#232;ne pour sienne, le r&#234;ve pour la r&#233;alit&#233;. Litt&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Amalgame grossier, un de plus, avec les hallucinations hypnagogiques proprioceptives.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	Dans ce r&#233;cit &#233;minemment constructiviste, les trois sc&#233;narii oniriques, bas&#233;s initialement sur les patrons fournis par l'architecte, sont ensuite co-construits &#224; l'aide des repr&#233;sentations mentales fournies par sept r&#234;veurs (Cobb, ses quatre acolytes, Saito et Fischer lui-m&#234;me). La r&#233;alit&#233; (de chacun) est donc bien &#224; la source des r&#234;ves. Et, en retour, comme le monde est r&#234;v&#233;, comme il s'inscrit dans la sph&#232;re mn&#233;sique (en ce compris l'id&#233;e implant&#233;e) &#8212; sous forme de traces ou de souvenirs &#8212;, et comme il finit par exister dans le r&#233;el (en ce compris la r&#233;alisation de l'id&#233;e implant&#233;e) ! Le r&#234;ve est donc bien &#224; la source de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point &#8212; comme le monde est r&#234;v&#233;, comme il finit par exister &#8212;, du plus haut int&#233;r&#234;t sur le plan pragmatique, s'explique par l'action conjugu&#233;e d'au moins trois facteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	sur le plan affectif, tout d'abord, le climat &#233;motionnel qui baigne le r&#234;ve tend &#224; d&#233;teindre sur celui qui impr&#233;gne la conscience vigile (par le truchement, notamment &#8212; surtout lorsque ce climat est lourd &#8212;, d'une r&#233;activit&#233; modifi&#233;e de l'amygdale et de l'hippocampe, ainsi que d'une d&#233;sactivation de l'inhibition &#233;motionnelle dont se charge, normalement, une petite zone du cortex pr&#233;frontal,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	sur le plan des repr&#233;sentations mentales, ensuite, certaines images et/ou pens&#233;es oniriques qui viennent &#224; s'&#233;chouer sur le rivage de la conscience vigile ont tendance &#224; se montrer particuli&#232;rement ent&#234;tantes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	sur le plan herm&#233;neutique, enfin, le sens donn&#233; au r&#234;ve (par le biais d'une h&#233;t&#233;ro- ou, pour le moins, d'une auto-interpr&#233;tation) aura valeur de conseil souffl&#233; par l'inconscient &#224; l'oreille de la conscience vigile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne ce dernier facteur, le Talmud&#185; enseigne une r&#232;gle d'or. Dans sa deuxi&#232;me (et derni&#232;re) version &#8212; celle dite de Babylone (achev&#233;e entre le VIe et le VIIIe si&#232;cle apr. J.-C.) &#8212;, il est pr&#233;cis&#233; que &#171; Tous les r&#234;ves marchent selon la bouche &#187; (Talmud Bavli, trait&#233; Berakhot, 55 b-5)&#8230; Cette formulation, quelque peu sibylline, signifie que &#171; Tous les r&#234;ves se r&#233;alisent (&#171; marchent &#187;) selon la parole de l'onirocrite (&#171; la bouche &#187;) &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Livre de la sagesse juive, transcription de l'enseignement oral dispens&#233; par les grands rabbins jusqu'au Ier si&#232;cle apr. J.-C. (destruction du second temple de J&#233;rusalem). Recueil des principaux commentaires destin&#233;s &#224; encourager la r&#233;flexion et, surtout, l'esprit critique, chez le lecteur du Tanakh (la Bible h&#233;bra&#239;que) et, en particulier, de la premi&#232;re section de celui-ci : la Torah (le Pentateuque, la &#171; Loi &#187;).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, toute interpr&#233;tation formul&#233;e par un onirocrite &#8212; pour peu que ce dernier b&#233;n&#233;ficie d'une l&#233;gitimit&#233; suffisante aux yeux du r&#234;veur &#8212; conf&#232;re une valeur pr&#233;monitoire au r&#234;ve. Et ce par l'entremise du m&#233;canisme de suggestion&#185;. Aussi, tout r&#234;ve interpr&#233;t&#233; se transforme-t-il, ipso facto, en r&#234;ve proph&#233;tique ! Tout onirocrite se mue, automatiquement, en oniromancien ! Et point n'est besoin d'invoquer, pour cela, quelque force occulte que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Pens&#233;e dont l'origine se trouve &#224; l'ext&#233;rieur du sujet, qui est v&#233;hicul&#233;e par l'usage de la parole, qui agit sur le psychisme du sujet&#8230; et finit par se transformer en acte.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire fourmille d'anecdotes illustrant ce propos. Le cas de Jules C&#233;sar est, &#224; cet &#233;gard, &#233;difiant. &#192; l'&#226;ge de 31 ans, alors qu'il n'est encore qu'un simple petit magistrat exer&#231;ant en Espagne, il r&#234;ve, une nuit, qu'il viole sa m&#232;re ! Pr&#233;occup&#233;, il s'en va consulter son onirocrite favori. Ce dernier se fend, alors, de l'interpr&#233;tation suivante : &#171; C&#233;sar violera Rome, sa m&#232;re patrie, en lui imposant sa volont&#233; malgr&#233; les r&#233;sistances de la cit&#233; &#187;. Fort de cette proph&#233;tie, C&#233;sar prend le chemin de Rome&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar des grandes figures de l'&#201;cole de Palo Alto (Bateson, Jackson et Haley, puis, dans un second temps, Watzlawick, Weakland et Fisch), les tenants actuels de la th&#233;rapie syst&#233;mique (terrain de pr&#233;dilection pour le mod&#232;le constructiviste) appellent ce genre de ph&#233;nom&#232;ne : &#171; pr&#233;dictions qui se r&#233;alisent d'elles-m&#234;mes &#187;, ou &#171; proph&#233;ties auto-r&#233;alisantes &#187; (ou encore &#171; auto-r&#233;alisatrices &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Signalons, enfin, que la dualit&#233; r&#234;ve/r&#233;alit&#233; se r&#233;v&#232;le &#234;tre &#233;galement un excellent ressort humoristique. En t&#233;moigne cette histoire dr&#244;le, souvent racont&#233;e par Siegi Hirsch, t&#234;te de file de la th&#233;rapie syst&#233;mique en Belgique, et grand raconteur de blagues devant l'&#201;ternel : &#171; Une femme est couch&#233;e dans son lit. Un homme entre dans sa chambre, et s'approche d'elle. La lumi&#232;re de la lune qui filtre &#224; travers le fen&#234;tre fait appara&#238;tre un corps merveilleusement muscl&#233;. D'une voix tremblante, la femme demande : &#8220;Qu'allez-vous me faire ?&#8221; Et l'homme, de r&#233;pondre : &#8220;Je ne sais pas, c'est vous qui r&#234;vez !&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour une approche humaniste de l'insomnie</title>
		<link>https://rolandpec.org/Pour-une-approche-humaniste-de-l-insomnie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://rolandpec.org/Pour-une-approche-humaniste-de-l-insomnie.html</guid>
		<dc:date>2020-02-11T11:07:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'insomnie existe depuis toujours. Elle est structurelle, ontologique, li&#233;e &#224; la condition humaine. Mais elle est &#233;galement le reflet d'une &#233;poque. En ce sens, elle est conjoncturelle, culturelle, historique, li&#233;e aux caract&#233;ristiques d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
` Aspects structurels de l'insomnie &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons beau nous &#234;tre hiss&#233;s avec fiert&#233; au rang d'&#234;tres humains civilis&#233;s, nous n'avons pas cess&#233; d'&#234;tre, pour autant, des mammif&#232;res : des animaux anim&#233;s &#8212; fondamentalement &#8212; par un instinct de survie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, pour le (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Somno-.html" rel="directory"&gt;Articles Somno&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'insomnie existe depuis toujours. Elle est structurelle, ontologique, li&#233;e &#224; la condition humaine. Mais elle est &#233;galement le reflet d'une &#233;poque. En ce sens, elle est conjoncturelle, culturelle, historique, li&#233;e aux caract&#233;ristiques d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;`&lt;span class='spip_document_359 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L256xH197/insomnie_humanisme-9fb3c.jpg?1698757589' width='256' height='197' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aspects structurels de l'insomnie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons beau nous &#234;tre hiss&#233;s avec fiert&#233; au rang d'&#234;tres humains civilis&#233;s, nous n'avons pas cess&#233; d'&#234;tre, pour autant, des mammif&#232;res : des animaux anim&#233;s &#8212; fondamentalement &#8212; par un instinct de survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour le &lt;i&gt;mammif&#232;re&lt;/i&gt; &#8212; et ce depuis pr&#232;s de 200 millions d'ann&#233;es &#8212;, dormir c'est prendre le risque de se faire d&#233;vorer tout cru&#8230; S'abandonner aux bras de Morph&#233;e avec d&#233;lice, plusieurs heures durant : pur suicide que cela ! Voil&#224; qui est inscrit au plus profond de nos g&#232;nes, et de notre archicortex (le syst&#232;me limbique, appel&#233; aussi cerveau reptilien), la part la plus ancienne de notre cerveau (si&#232;ge des &#233;motions et de la m&#233;moire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re analyse, l'insomnie peut donc &#234;tre con&#231;ue comme l'expression nocturne de la pulsion d'autoconservation propre &#224; notre animalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, pour l'&lt;i&gt;homo sapiens&lt;/i&gt; que nous sommes, finalement, devenus, dormir est &#8212; et ce depuis quelques centaines de milliers d'ann&#233;es &#8212; un comportement dont l'apparence entre un petit peu trop en r&#233;sonance avec certaines pens&#233;es qui nous assaillent, et que nous essayons &#224; tout prix de chasser de notre esprit (avec notre n&#233;ocortex, cette fois)&#8230; en substance : nous sommes n&#233;s pour mourir, la vie est une maladie mortelle cong&#233;nitale&#8230; pour nous, comme pour tous ceux que nous ch&#233;rissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y a-t-il de plus semblable &#224; un homme d&#233;c&#233;d&#233; qu'un homme endormi ? Dans un cas comme dans l'autre le r&#244;le-titre est tenu par un corps allong&#233;, immobile, dont les yeux sont clos (les trois caract&#233;ristiques du gisant), indiff&#233;rent &#8212; semble-t-il &#8212; au monde environnant ; et, dans les soci&#233;t&#233;s o&#249; le choix du couchage s'est port&#233; sur le lit, ledit corps est, par surcro&#238;t, ceint d'un cadre en bois (cercueil) et recouvert d'un drap (linceul)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective &#8212; sp&#233;cifiquement humaine, cette fois &#8212;, l'insomnie peut donc &#234;tre con&#231;ue comme l'expression nocturne d'une d&#233;fense mentale (inconsciente, bien s&#251;r) dont l'office est de juguler l'angoisse de mort (que cette derni&#232;re soit consciente, pr&#233;consciente ou inconsciente). Autrement dit, l'insomnie serait la mise en acte (dramatisation, enactment, en anglais) d'une victoire contre Thanatos : &#171; En &#233;chappant au sommeil, j'&#233;chappe &#224; la mort par la m&#234;me occasion &#187;. Une gr&#232;ve du sommeil, comme un pied de nez adress&#233; au dieu funeste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons &#224; ce titre que, dans la Gr&#232;ce antique, berceau de notre civilisation, Hypnos, dieu du sommeil, n'est autre que le fr&#232;re jumeau de Thanatos, dieu de la mort. Et c'est Nyx, d&#233;esse de la nuit, qui les a engendr&#233;s (sans l'aide de personne : par parth&#233;nogen&#232;se !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez homo sapiens, c'est donc de mort &lt;i&gt;symbolique&lt;/i&gt; dont il est avant tout question. Symbole nourri, en outre, par la sp&#233;cificit&#233; de l'exp&#233;rience psychique v&#233;cue au cours du sommeil ; exp&#233;rience marqu&#233;e par la notion de perte : perte du monde, perte de l'appui, perte de la conscience r&#233;flexive, perte du contr&#244;le, perte des rep&#232;res spatiaux et temporels, perte de la puissance, perte de la r&#233;activit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, &#224; bien y r&#233;fl&#233;chir, il faut avoir une formidable confiance en la vie &#8212; et m&#234;me une certaine dose d'h&#233;ro&#239;sme&#8230; voire d'inconscience &#8212; pour accepter de jouer le jeu du sommeil, et y voir autre chose qu'un jeu de dupe. Confiance en l'assurance du r&#233;veil, bien s&#251;r, mais &#233;galement en la p&#233;rennit&#233; du monde, en la survie des proches et, surtout, en la persistance de son identit&#233; une fois les diff&#233;rents &#233;tats de vigilance travers&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, au regard de la longue liste des dangers v&#233;ritables auxquels le dormeur postmoderne continue de s'exposer dans notre soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, l'ombre de la mort &lt;i&gt;r&#233;elle&lt;/i&gt; n'en n'a pas fini de planer sur le sommeil d'homo sapiens pour autant. Dangers li&#233;s, bien entendu, &#224; l'hypo-r&#233;activit&#233; aux stimuli (externes comme internes) consubstantielle &#224; l'&#233;tat de sommeil&#8230; dangers environnementaux : incendie, intoxication au gaz, explosion, effondrement, inondation, s&#233;isme, tsunami&#8230; ; dangers li&#233;s &#224; la criminalit&#233; : homicide, meurtre, assassinat ; dangers li&#233;s &#224; des &#233;pisodes de somnambulisme (bien que tr&#232;s faible, le risque d'accident n'est pas nul) ; dangers li&#233;s &#224; un trouble du comportement en sommeil paradoxal (RBD pour l'acronyme anglais) : une pathologie neurologique susceptible de d&#233;clencher des agressions sur le partenaire de lit ; dangers li&#233;s aux lois de la biologie, tout simplement : un &#234;tre humain a nettement plus de chances de mourir au cours de son sommeil &#8212; entre trois et cinq heures du matin, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment &#8212;, lorsque sa somnolence est &#224; son apog&#233;e (acrophase), sa temp&#233;rature corporelle au plus bas (nadir) et sa physiologie sous l'emprise maximale du &#171; pilote automatique &#187;. &#171; Le sommeil n'est pas un lieu s&#251;r &#187; se plaisait &#224; dire Jean Cocteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Occident, trois personnes sur dix rapportent une plainte d'insomnie. Avec une telle pr&#233;valence, peut-on encore s&#233;rieusement parler d'&#171; anomalie &#187;, de &#171; pathologie &#187; ? De surcro&#238;t, peut-on rester aveugle &#224; cet indiscutable avantage dont l'insomnie fait b&#233;n&#233;ficier son porteur : celui de rester vivant&#8230; tant sur le plan mental que physique (sur le moment, tout au moins) ? Sans cet avantage, pourquoi l'&#233;volution aurait-elle trouv&#233; pr&#233;f&#233;rable de conserver une telle fragilit&#233; chez l'homme ? Fragilit&#233; plut&#244;t inconfortable, au demeurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'inconfort en question &#8212; un degr&#233;, variable, de d&#233;t&#233;rioration de la qualit&#233; de vie : fatigue (tr&#232;s rarement de la somnolence, une hypervigilance, tout au contraire), fausse impression de d&#233;ficits cognitifs (les performances sont le plus souvent conserv&#233;es, voire am&#233;lior&#233;es de par l'hyper&#233;veil [exc&#232;s d'ondes alpha et b&#234;ta, hypoactivit&#233; de l'inhibition corticale assur&#233;e par le noyau orbitofrontal] et une connectivit&#233; de l'hippocampe augment&#233;e), irritabilit&#233;, anh&#233;donie (engendr&#233;e par un environnement jug&#233; insuffisamment s&#233;cure)&#8230; Je ne parle pas, ici, des formes majeures d'insomnie, compl&#232;tement chronicis&#233;es (tout-&#224;-fait minoritaires), lesquelles entra&#238;nent, en outre, un risque accru de troubles physiques [pond&#233;raux, vasculaires, cardiaques, glyc&#233;miques, inflammatoires et immunitaires, principalement] et/ou mentaux [anxi&#233;t&#233; et d&#233;pressivit&#233;]) &#8212;, ne doit-il point &#234;tre envisag&#233;, d&#232;s lors, comme le prix &#224; payer pour &#234;tre en droit de b&#233;n&#233;ficier dudit avantage ; ce &#224; quoi consent une certaine politique du moindre mal (ce que la psychodynamique appelle &#171; &#233;pig&#233;n&#232;se mentale &#187;) ; le dommage collat&#233;ral de l'auto-traitement de l'angoisse ? Un effet secondaire d'autant plus supportable qu'il est souvent doubl&#233; d'un effet antid&#233;presseur surprenant : &#233;lation de l'humeur, d&#233;sinhibition, renforcement de la confiance en soi, aisance relationnelle, hyper-dynamisme, hyper-associativit&#233;, cr&#233;ativit&#233;, humour&#8230; L'agrypnie th&#233;rapeutique, c'est-&#224;-dire la th&#233;rapie par privation partielle de sommeil, est, d'ailleurs, l'un des plus anciens traitements r&#233;pertori&#233;s de la d&#233;pression. Il remonte &#224; l'Antiquit&#233;, tout comme l'usage des sels de lithium. Il est encore utilis&#233; de nos jours, dans certains Centres, et non des moindres, comme celui d'Anna Wirz-Justice et de Christian Cajochen, &#224; B&#226;le. &#192; c&#244;t&#233; de l'auto-traitement de l'angoisse, l'insomnie assurerait donc, &#233;galement &#8212; par &#233;pig&#233;n&#232;se mentale &#8212;, un auto-traitement de la d&#233;pression ! Notons que chez le sujet non-d&#233;pressif (&#171; euthymique &#187;), l'agrypnie entra&#238;ne, le plus souvent, un effet &#171; hypomaniaquisant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute mani&#232;re, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, il semble bien que le sommeil paradoxal (REM sleep) soit d&#233;j&#224;, lui-m&#234;me, une sorte d'insomnie inscrite au c&#339;ur m&#234;me du sommeil ! L'activit&#233; c&#233;r&#233;brale y est tout aussi importante que pendant l'&#233;tat de veille, sinon plus. Et le seuil d'&#233;veillabilit&#233; y est extr&#234;mement bas pour les stimuli susceptibles de signaler un danger (alors qu'il est tr&#232;s &#233;lev&#233;, au contraire, pour toute autre forme de stimuli ; il est d'usage de dire qu'en sommeil paradoxal, une jeune m&#232;re restera indiff&#233;rente au son du canon, alors qu'elle sera imm&#233;diatement r&#233;veill&#233;e par le moindre changement de souffle de son cher petit). Envisag&#233; de la sorte, chaque &#233;pisode it&#233;ratif de sommeil paradoxal pourrait &#234;tre assimil&#233; &#224; un tour de ronde assur&#233; par un gardien de nuit ! Une inspection de l'environnement proximal, d'une dur&#233;e de plus ou moins 20 minutes, programm&#233;e environ toutes les 90 minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'insomnie traduirait, par cons&#233;quent, un d&#233;faut de confiance en l'efficacit&#233; de ce gardiennage ! 20 minutes toutes les 90 minutes, est-ce bien suffisant ? Et le niveau de vigilance atteint au cours du sommeil paradoxal est-il vraiment aussi performant que celui de l'&#233;veil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; In fine, l'insomnie ferait figure de &#171; renfort caisse &#187; du gardiennage op&#233;r&#233; par le sommeil paradoxal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aspects conjoncturels de l'insomnie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du XIXe si&#232;cle, Thomas Edison am&#233;liore et popularise l'ampoule &#224; incandescence. Il inaugure, ce faisant, la &lt;i&gt;civilisation de la lumi&#232;re artificielle&lt;/i&gt;. Ce qui a pour effet imm&#233;diat de perturber les deux moteurs du sommeil : le moteur hom&#233;ostatique (celui qui assure un &#233;quilibre dynamique entre veille et sommeil) et le moteur circadien (l'horloge biologique qui r&#233;gule le rythme veille-sommeil sur environ 24 heures).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la r&#233;volution industrielle (dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle), on se couchait d&#232;s la nuit tomb&#233;e, on cumulait deux gros blocs de sommeil, s&#233;par&#233;s l'un de l'autre par une interruption de plusieurs heures (durant laquelle on avait l'habitude de prendre de la soupe, d'o&#249; la notion de &#171; souper &#187;) et l'on restait, de la sorte, pr&#232;s de 14 heures au lit ! Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, le temps moyen de sommeil &#233;tait encore de 10 heures. Aujourd'hui, en Occident, il est tomb&#233; sous la barre des 7 heures (avec des variations importantes selon les pays).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours &#224; la lumi&#232;re &#233;lectrique a permis &#224; l'&#234;tre humain de rester actif &#224; tout moment du nycth&#233;m&#232;re&#8230; ce qui a fini par le conduire &#224; une situation aberrante : le sommeil est devenu le principal entra&#238;neur de l'horloge biologique &#8212; et non l'inverse &#8212;, puisque le seul moment o&#249; l'&#234;tre humain ne voit plus de lumi&#232;re c'est, d&#233;sormais, lorsqu'il ferme les yeux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; jetlag social &#187; s'est m&#234;me d&#233;velopp&#233; chez bon nombre de gens (des grands adolescents et de jeunes adultes, surtout). Des personnes qui ont tendance &#224; &#171; passer le WE &#224; New York &#187; et &#224; &#171; rentrer travailler (&#233;tudier) la semaine en Belgique &#187; ! Un d&#233;calage de 5 - 6 heures &#8212; cons&#233;cutif aux sorties nocturnes du WE &#8212; susceptible d'engendrer un syndrome de retard de phase de sommeil (une insomnie d'initiation majeure, entra&#238;nant un r&#233;veil matinal extr&#234;mement p&#233;nible, voire impossible), lequel engendre, &#224; son tour, une privation chronique de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas tout. Depuis le milieu des ann&#233;es 1990, nous sommes v&#233;ritablement rentr&#233;s dans l'&lt;i&gt;&#232;re de la lumi&#232;re bleue&lt;/i&gt;&#8230; celle d&#233;livr&#233;e par les diodes &#233;lectroluminescentes (LED). Ces derni&#232;res &#233;quipent dor&#233;navant tous nos &#233;crans (TV, ordinateurs, tablettes, smartphones&#8230;) et, de plus en plus, nos dispositifs d'&#233;clairage. Or la lumi&#232;re bleue inhibe, de mani&#232;re tout &#224; fait sp&#233;cifique, la s&#233;cr&#233;tion vesp&#233;rale et nocturne de m&#233;latonine par la glande pin&#233;ale. Cette hormone, normalement instill&#233;e dans le sang &#224; partir de 19h, est &#171; la cl&#233; qui ouvre la porte du sommeil &#187;, &#171; l'horloge parlante &#187; qui dit &#224; l'horloge biologique : &#171; C'est la nuit, il faut dormir &#187;. La longueur d'onde de la lumi&#232;re bleue est de 468 nanom&#232;tres (contre 555 pour la lumi&#232;re jaune [qu'elle soit du soleil ou de l'ampoule &#233;lectrique]), ce qui lui conf&#232;re le pouvoir d'inhiber la s&#233;cr&#233;tion de m&#233;latonine sous de faibles intensit&#233;s lumineuses, et en des laps de temps tr&#232;s courts (une demi-heure sous 2000 lux, par exemple). C'est pourquoi l'usage vesp&#233;ral et/ou nocturne des &#233;crans (ainsi que le recours &#224; l'&#233;clairage LED [dans une moindre mesure, puisque le stimulus est, dans ce cas, plus distal]) occasionne, de plus en plus souvent, de s&#233;rieuses difficult&#233;s d'endormissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tout autre registre, il est un fait historico-macro&#233;conomique des plus cocasses : en tant que probl&#232;me de sant&#233; publique, il n'est pas tout &#224; fait exclu que l'insomnie soit une invention&#8230; belge ! Car c'est chez nous, en effet, qu'est n&#233;e la &lt;i&gt;civilisation du travail en continu&lt;/i&gt; ; et ce autour du d&#233;veloppement du commerce international (la notion de mondialisation n'est en rien une invention contemporaine !), ph&#233;nom&#232;ne qui vit le jour au XVIIe si&#232;cle dans les Pays-Bas m&#233;ridionaux (Pays-Bas espagnols, Belgica Regia)&#8230; avec, en son c&#339;ur, l'actuelle petite Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus s&#233;rieusement, le mod&#232;le capitaliste tend &#224; transformer l'homme en une machine &#224; produire et &#224; consommer&#8230; 24h/24. Dans cette perspective, s'adonner au sommeil fait figure de r&#233;bellion ! Qui dort tourne le dos tant &#224; la productivit&#233; qu'&#224; la consommation. D&#232;s le XVIIe si&#232;cle, des philosophes &#8212; tels Descartes, Hume et Locke &#8212; se mettent &#224; d&#233;valoriser le sommeil&#8230; car celui-ci &#171; d&#233;tourne l'homme de la double mission divine : se montrer industrieux et rationnel &#187;. Un peu plus tard &#8212; dans Le Capital &#8212;, Karl Marx d&#233;finira le sommeil comme &#171; la derni&#232;re des barri&#232;res naturelles faisant obstacle &#224; la pleine r&#233;alisation du capitalisme &#187;. Un citoyen capitaliste z&#233;l&#233; peut donc d&#233;cider (inconsciemment, s'entend) d'embrasser la carri&#232;re d'insomniaque dans le seul but de se plier aux volont&#233;s de sa doctrine : produire et consommer toujours davantage&#8230; Une privation volontaire de sommeil, donc, recadr&#233;e par le sujet lui-m&#234;me en &#171; insomnie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que nous y sommes, s'est &#233;galement d&#233;velopp&#233; &#8212; apr&#232;s le boulot, entre le m&#233;tro et le dodo &#8212; un sas de d&#233;compression, un temps d&#233;volu &#224; la d&#233;tente, aux divertissements, au sport, au d&#233;veloppement personnel, &#224; l'&#233;panouissement&#8230; La &lt;i&gt;civilisation des loisirs&lt;/i&gt; est n&#233;e au cours des ann&#233;es 1950, et n'a fait que prosp&#233;rer depuis. Dilatant, encore et toujours, l'intervalle entre la fin de la p&#233;riode de labeur et le moment, fatidique, de l'extinction des feux, elle participe activement &#224; la hausse actuelle des privations volontaires de sommeil et des retards de phase de sommeil. Par surcro&#238;t, internet et la t&#233;l&#233;phonie mobile ont engendr&#233; un &#234;tre nouveau, une cr&#233;ature continuellement branch&#233;e, un monstre &#8212; le doigt greff&#233; sur son &#233;cran tactile &#8212; d&#233;litant joyeusement les fronti&#232;res entre vie priv&#233;e et vie professionnelle, jour et nuit, p&#233;riode de veille et de sommeil, temps d'activit&#233; et de repos&#8230; j'ai nomm&#233; : homo connecticus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;poque postmoderne est &#233;galement marqu&#233;e par l'&#233;mergence de la &lt;i&gt;civilisation de la performance et de l'imm&#233;diatet&#233;&lt;/i&gt;. Et le sommeil, malheureusement, n'&#233;chappe pas &#224; ce double diktat. Il s'agit de dormir de mani&#232;re performante (pour pouvoir fonctionner le lendemain de mani&#232;re performante), et de s'ex&#233;cuter sur le champ (le simple fait de constater que le partenaire de lit s'est endormi le premier est souvent v&#233;cu comme un &#233;chec cuisant !) En d'autres mots, le sommeil est devenu un comportement sur lequel tente de s'exercer la volont&#233;. Le contemporain s'efforce de bien dormir&#8230; &#224; coup de techniques non pharmacologiques diverses et vari&#233;es (comportementales, cognitives, relaxologiques, hypnotiques, herm&#233;neutiques, etc.), de m&#233;dicaments hypnotiques&#8230; voire d'auto-reproches ! Ce qui l'emprisonne dans un pi&#232;ge paradoxal, puisque le sommeil est &#8212; &#224; l'image de la faim, de la soif, du rire, de l'app&#233;tit sexuel (libido), de l'amour, etc. &#8212; un ph&#233;nom&#232;ne strictement spontan&#233;. Nous sommes pris par le sommeil&#8230; ou pas. Le sommeil vient&#8230; ou pas. Nous ne sommes pas en mesure de bien dormir sur commande. Mieux encore, chercher &#224; provoquer l'apparition d'un comportement par essence spontan&#233; rend celle-ci impossible ! Voil&#224; qui creuse le lit de l'insomnie dite &#171; psychophysiologique &#187; (ou &#171; de conditionnement &#187;), laquelle se traite avec le maximum d'&#233;l&#233;gance par le contre-paradoxe th&#233;rapeutique (on dit aussi &#171; intention paradoxale &#187;), intervention consistant tout simplement &#224;&#8230; prescrire l'insomnie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; nous a &#233;galement pr&#233;cipit&#233;s dans la &lt;i&gt;civilisation du corps comme propri&#233;t&#233; de l'individu&lt;/i&gt;. Une sp&#233;cificit&#233; de notre temps, en effet, est notre d&#233;termination &#224; vouloir poss&#233;der notre corps. Le corps ne nous est plus pr&#234;t&#233; ; il n'appartient plus ni &#224; Dieu ni &#224; la Nature ; il n'est plus envisag&#233; comme un objet sacr&#233;. Le locataire s'est mu&#233; en propri&#233;taire, triomphe de l'immanence sur la transcendance. Ce virage id&#233;ologique (dont L&#233;onard de Vinci fut, avec ses planches anatomiques, l'un des devanciers), ce paradigme nouveau, dans lequel la culture prend r&#233;solument le pas sur la nature &#8212; o&#249; l'homme tente, une fois pour toutes, de s'affranchir de son animalit&#233; &#8212;, est au c&#339;ur de nombreuses innovations r&#233;centes, dans lesquelles la technique le dispute &#224; l'&#233;thique&#8230; et &#224; l'esth&#233;tique. La liste est longue : contraception, avortement, PMA (FIV, GPA&#8230;), euthanasie, relative banalisation du suicide, don d'organes, cr&#233;mation (mon corps disparaitra en m&#234;me temps que moi), g&#233;nie g&#233;n&#233;tique (clonage), marquage du corps (tatouage, piercing, stretching, morphing&#8230;), chirurgie esth&#233;tique, chirurgie de r&#233;attribution sexuelle, transgenre, transhumanisme (le corps humain am&#233;lior&#233; par la technologie et, qui sait, peut-&#234;tre un jour immortalis&#233; !), etc. Mais si ce corps nous appartient vraiment, il se doit de nous ob&#233;ir au doigt et &#224; l'&#339;il. Il est tenu de s'en remettre &#224; notre contr&#244;le. Il doit cesser de faire myst&#232;re. Ce qui implique que nous sommes tant comptables de ses dysfonctionnements que de ses remises en &#233;tat de marche&#8230; Et l'insomnie psychophysiologique de s'en revenir au double galop !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, notre &#232;re a vu na&#238;tre la &lt;i&gt;civilisation de l'individu en tant que sa propre mesure&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;poque actuelle se distingue par une disparition progressive des points de rep&#232;re ext&#233;rieurs. C'en est fini des trois figures paternelles traditionnelles : le dieu, le roi et le p&#232;re&#8230; lesquelles avaient pour office d'indiquer aux hommes le sens, la direction. Il est loin le temps o&#249; le jeune Grec &#233;tait invit&#233; &#224; &#171; th&#233;oriser le monde &#187; : d&#233;couvrir, peu &#224; peu, o&#249; se trouve sa juste place dans un monde o&#249; chaque place est pr&#233;d&#233;termin&#233;e par l'esprit divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette suppression des &#171; &#233;toiles &#187; dont se servaient, nagu&#232;re, nos a&#239;eux pour faire le &#171; point existentiel &#187;, s'adjoint la d&#233;liquescence des groupes d'appartenance (familles d'origine, familles d'alliance, couples, cercles professionnels, religieux, politiques, sociaux, etc.) Un individualisme forcen&#233;, donc, avec, pour corollaire, le poids de la responsabilit&#233;, l'obligation de se d&#233;brouiller seul, l'imp&#233;ratif de puiser exclusivement dans ses ressources propres. &#202;tre sa propre mesure implique la notion de sur-responsabilisation : si je ne parviens pas &#224; dormir, c'est &#8212; forc&#233;ment &#8212; de ma faute ; et c'est, par cons&#233;quent, &#224; moi &#8212; et &#224; moi seul &#8212; de trouver la solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obsession du contr&#244;le, refus du myst&#232;re, auto-reproches, sentiment de culpabilit&#233;, de honte, d'indignit&#233;&#8230; et l'insomnie psychophysiologique de r&#233;appara&#238;tre au triple galop !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, on entend souvent dire que le sommeil est devenu moins bon que par le pass&#233;. Et la cause en serait que la vie est devenue consid&#233;rablement plus stressante que jadis. Que penser de ces deux assertions ? Id&#233;es re&#231;ues ou constats objectifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes l'homme du d&#233;but du XXIe si&#232;cle passe moins de temps au lit que son homologue du d&#233;but du XXe si&#232;cle&#8230; et beaucoup moins, encore, que celui du d&#233;but du XIXe si&#232;cle. Par voie de cons&#233;quence, il dort &#233;galement moins longtemps. Mais de l&#224; &#224; conclure que son sommeil est moins bon...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux progr&#232;s r&#233;alis&#233;s par la somnologie clinique &#8212; laquelle parvient, d&#233;sormais, &#224; traiter toute une s&#233;rie de pathologies qui alt&#232;rent la qualit&#233; du sommeil (la Classification internationale des troubles du sommeil n'en recense pas moins de 88 [autant que le nombre de touches sur un clavier de piano !]) &#8212;, on peut m&#234;me soutenir que le sommeil est devenu, tout au contraire, bien meilleur qu'autrefois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce domaine, comme en bien d'autres, la qualit&#233; prime la quantit&#233;. Ce qui importe, c'est le potentiel de r&#233;paration du sommeil &#8212; lequel potentiel ne peut &#234;tre &#233;valu&#233; que durant la p&#233;riode d'&#233;veil &#8212; et non sa dur&#233;e en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au stress, a-t-il vraiment augment&#233; de nos jours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres, les pers&#233;cutions, les famines, les &#233;pid&#233;mies, la mortalit&#233; p&#233;rinatale, le banditisme, la mis&#232;re, Dieu, le diable, le salut, l'enfer&#8230; manifestement, les hommes d'autrefois avaient d&#233;j&#224; deux ou trois bonnes raisons de ne pas dormir sur leurs deux oreilles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a chang&#233;, en revanche, c'est la nature du stress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insomnie postmoderne doit sa pr&#233;sentation actuelle &#224; une s&#233;rie de profondes mutations soci&#233;tales, lesquelles ont entra&#238;n&#233; des stress nouveaux : l'exposition ininterrompue &#224; la lumi&#232;re (souvent bleue, de surcro&#238;t), la dictature de la morale productiviste et consum&#233;riste, le culte de la performance, la tyrannie de l'imm&#233;diatet&#233;, la suj&#233;tion &#224; l'univers des loisirs, les affres engendr&#233;es par la d&#233;sacralisation du corps, le poids cons&#233;cutif &#224; la g&#233;n&#233;ralisation d'un individualisme &#224; tout crin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'un stress plus insidieux, qui, parce qu'il est largement auto-g&#233;n&#233;r&#233; (il engage la notion de responsabilit&#233;, et entra&#238;ne, ce faisant, un sentiment de culpabilit&#233;, voire de honte), se rapproche de l'anxi&#233;t&#233; (laquelle vient toujours de l'int&#233;rieur, &#224; l'inverse du stress stricto sensu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, le dormeur contemporain ne dort pas moins bien que tous ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. L'histoire d'amour entre l'homme et l'insomnie s'&#233;crit depuis la nuit des temps. Ce qui a chang&#233;, en revanche, ce sont les causes conjoncturelles de mauvais sommeil, lesquelles sont intimement li&#233;es aux nombreuses transformations soci&#233;tales qui se sont succ&#233;d&#233;es depuis le milieu du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans oublier que le d&#233;veloppement de la somnologie clinique, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970, a permis non seulement de d&#233;pister, mais &#233;galement de traiter toute une s&#233;rie de somnopathies, &#339;uvrant ainsi &#224; l'am&#233;lioration de la qualit&#233; du sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'origine des r&#234;ves</title>
		<link>https://rolandpec.org/DE-L-ORIGINE-DES-REVES.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://rolandpec.org/DE-L-ORIGINE-DES-REVES.html</guid>
		<dc:date>2020-02-11T10:33:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Depuis la naissance de l'onirologie (la science qui &#233;tudie les r&#234;ves), dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, les hypoth&#232;ses concernant l'origine des r&#234;ves se sont succ&#233;d&#233;es&#8230; et oppos&#233;es. Petit focus sur trois d'entre elles : les mod&#232;les r&#233;actionnels, hypnopompiques et hypniques. &lt;br class='autobr' /&gt; Sous le couperet de la guillotine : le mod&#232;le r&#233;actionnel &lt;br class='autobr' /&gt; Une nuit, Alfred Maury, un esprit encyclop&#233;dique de son temps (historien et arch&#233;ologue de son &#233;tat), fait un r&#234;ve : &#171; Je r&#234;ve de la terreur ? ; j'assiste &#224; des sc&#232;nes de (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Somno-.html" rel="directory"&gt;Articles Somno&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la naissance de l'onirologie (la science qui &#233;tudie les r&#234;ves), dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, les hypoth&#232;ses concernant l'origine des r&#234;ves se sont succ&#233;d&#233;es&#8230; et oppos&#233;es. Petit focus sur trois d'entre elles : les mod&#232;les r&#233;actionnels, hypnopompiques et hypniques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_358 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L268xH188/origine_des_reves-8153f.jpg?1698808886' width='268' height='188' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sous le couperet de la guillotine : le mod&#232;le r&#233;actionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une nuit, Alfred Maury, un esprit encyclop&#233;dique de son temps (historien et arch&#233;ologue de son &#233;tat), fait un r&#234;ve : &#171; Je r&#234;ve de la terreur ? ; j'assiste &#224; des sc&#232;nes de massacre, je comparais devant le tribunal r&#233;volutionnaire, je vois Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville, toutes les plus vilaines figures de cette &#233;poque terrible ? ; je discute avec eux ? ; enfin, apr&#232;s bien des &#233;v&#233;nements que je ne me rappelle qu'imparfaitement, je suis jug&#233;, condamn&#233; &#224; mort, conduit en charrette au milieu d'un concours immense, sur la place de la r&#233;volution ? ; je monte sur l'&#233;chafaud, l'ex&#233;cuteur me lie sur la planche fatale, il la fait basculer, le couperet tombe ? ; je sens ma t&#234;te se s&#233;parer de mon tronc ? ; je m'&#233;veille en proie &#224; la plus vive angoisse ? ; et je me sens sur le cou la fl&#232;che de mon lit [&#224; baldaquin] qui s'&#233;tait subitement d&#233;tach&#233;e, et &#233;tait tomb&#233;e sur mes vert&#232;bres cervicales, &#224; la fa&#231;on du couteau d'une guillotine&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans la foul&#233;e &#8212; quelques dizaines d'ann&#233;es d'observations et d'&#233;tudes exp&#233;rimentales plus tard, tout de m&#234;me &#8212;, il r&#233;dige Le sommeil et les r&#234;ves, publi&#233; en 1861, ouvrage dans lequel il expose sa th&#233;orie (ouvertement inspir&#233;e de celle de l'abb&#233; Richard [La th&#233;orie des songes, 1766]) : le r&#234;ve est le produit d'une r&#233;action mentale aux divers stimuli auxquels le dormeur est soumis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Stimuli internes : une zone du corps qui se manifeste sous la forme d'une sensation (d&#233;sagr&#233;able, la plupart du temps : douleurs gastro-intestinales, douleurs articulaires, pression v&#233;sicale, soif, narines bouch&#233;es, gorge irrit&#233;e, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Et stimuli externes, capt&#233;s dans l'environnement par les organes de sens : l'ou&#239;e (une porte qui claque, le bruit du vent, de la pluie), la vue (la lumi&#232;re parvient, en effet, &#224; traverser les paupi&#232;res closes), l'odorat, une sensation de refroidissement ou de r&#233;chauffement (li&#233;e, par exemple, &#224; une partie du corps qui se d&#233;nude ou se recouvre, &#224; la suite d'un changement de position), le tact (une pression, du fait d'un mouvement), la nociception (la douleur engendr&#233;e par une piq&#251;re de moustique, une sensation d'&#233;touffement lorsque la t&#234;te se retrouve sous les draps&#8230; ou, pourquoi pas, la douleur entra&#238;n&#233;e par la fl&#232;che d'un lit &#224; baldaquin venant &#224; l'instant de choir sur la nuque ?!), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une mod&#233;lisation du r&#234;ve qui peut donc &#234;tre qualifi&#233;e de r&#233;actionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans son ouvrage, Maury rend compte des innombrables exp&#233;riences de stimulation sensorielle r&#233;alis&#233;es durant le sommeil de ses sujets exp&#233;rimentaux. De bonne gr&#226;ce, ceux-ci se sont pli&#233;s &#8212; avec un don de soi qui force le respect &#8212; au moindre de ses caprices&#8230; Des l&#232;vres et des nez furent ainsi chatouill&#233;s &#224; l'aide d'une plume, des oreilles furent titill&#233;es par l'affutage d'une paire de ciseaux sur une pincette, des fronts furent asperg&#233;s de gouttelettes d'eau, des nuques furent l&#233;g&#232;rement pinc&#233;es, des visages furent approch&#233;s par un fer &#224; repasser br&#251;lant, des narines furent taquin&#233;es par des effluves d'eau de Cologne, etc. Maury ne m&#233;nagea ni ses efforts ni son imagination pour &#233;tayer sa th&#233;orie. Il l'a d'ailleurs fait avec tant de s&#233;rieux que certains voient en lui le p&#232;re de l'onirologie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, apr&#232;s avoir examin&#233; la chronologie des faits (rapport&#233;e par l'int&#233;ress&#233; lui-m&#234;me), la somnologie actuelle tend &#224; d&#233;montrer que le &#171; r&#234;ve &#187; de la guillotine n'en &#233;tait probablement pas un ?! Il s'agissait plut&#244;t d'une hallucination hypnagogique &#8212; notion au demeurant fort bien connue de Maury (il confiait m&#234;me y &#234;tre particuli&#232;rement sujet) &#8212;, ce qui est tout &#224; fait diff&#233;rent. L'hypnagogue est le terme scientifique qui est utilis&#233; pour d&#233;signer l'endormissement. Lorsqu'on bascule de l'&#233;veil calme les yeux ferm&#233;s (activit&#233; c&#233;r&#233;brale marqu&#233;e par la pr&#233;sence d'un rythme alpha, un train d'ondes relativement rapides) vers l'endormissement (ou &#171; stade 1 de sommeil &#187;, caract&#233;ris&#233; par un rythme th&#234;ta, un train d'ondes l&#233;g&#232;rement plus lentes), le terrain neuro-psycho-physiologique se fait alors propice aux fausses perceptions. Les &#233;tudes de Delphine Oudiette (2012) tendent d'ailleurs &#224; montrer que 100 % des sujets interrompus (c'est-&#224;-dire &#171; r&#233;veill&#233;s &#187;) en stade 1 de sommeil rapportent des hallucinations ?! Ces derni&#232;res peuvent int&#233;resser la modalit&#233; visuelle, auditive, olfactive, gustative&#8230; mais les plus marquantes (et de loin) proc&#232;dent du registre proprioceptif, lequel a trait &#224; la perception de la position du corps dans l'espace, du tonus musculaire et de la gravit&#233;&#185;. L'apparition d'hallucinations hypnagogiques s'explique, notamment, par le fait que les neurones modulateurs (qui utilisent la noradr&#233;naline et la s&#233;rotonine) sont encore actifs en stade 1 de sommeil (alors qu'ils ne le seront plus &#224; partir du stade 2, le sommeil l&#233;ger). Une hypoth&#232;se alternative se base sur le fait qu'un changement de l'activit&#233; thalamique (le thalamus est une paire de noyaux de substance grise, enfouie dans la substance blanche du cerveau, v&#233;ritable hub c&#233;r&#233;bral) pr&#233;c&#232;de, de plusieurs minutes, l'apparition de l'activit&#233; th&#234;ta dans le cortex c&#233;r&#233;bral : cette &#171; asynchronie thalamo-corticale &#187; pourrait &#234;tre la cl&#233; desdites hallucinations.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;&#185;L'hallucination hypnagogique proprioceptive la plus commune &#233;tant, sans conteste, l'impression de tomber dans un trou sans fond. Exp&#233;rience extr&#234;mement anxiog&#232;ne, entra&#238;nant, sur-le-champ, une interruption de l'endormissement, doubl&#233;e d'une secousse tr&#232;s similaire &#224; celle s'observant dans le cadre d'un r&#233;flexe de Moro (r&#233;action archa&#239;que de d&#233;fense observ&#233;e chez le nouveau-n&#233;, en r&#233;ponse &#224; une sensation de chute, consistant en une abduction-extension subite des bras, suivie d'une adduction-flexion, et accompagn&#233; d'un cri). &#201;tant donn&#233; cette similarit&#233;, se pourrait-il que ladite hallucination soit le reliquat mental ontog&#233;n&#233;tique du r&#233;flexe de Moro, lequel dispara&#238;t &#224; partir du troisi&#232;me mois ??&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	Pourquoi une hallucination hypnagogique, et non pas un r&#234;ve ?? Parce que le premier r&#234;ve v&#233;ritable (celui dont on peut se souvenir et faire le r&#233;cit) ne se produit, classiquement, que 90 minutes apr&#232;s l'endormissement&#8230; lorsque la premi&#232;re phase de sommeil paradoxal apparait&#185;. Or le &#171; r&#234;ve &#187; de la guillotine ne s'est produit, Maury est formel, que quelques minutes, seulement, apr&#232;s l'endormissement ?!&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Cette r&#232;gle ne fait toutefois pas l'unanimit&#233;. Dans une m&#233;ta-analyse de 2000, par exemple, Nielsen montre que 31 % &#224; 76 % des r&#233;cits obtenus lors de r&#233;veils provoqu&#233;s au moment de l'endormissement semblent se rapporter &#224; des r&#234;ves ?!&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	Une hypoth&#232;se alternative, plaidant la cause du r&#234;ve (et &#224; ma connaissance non &#233;voqu&#233;e par la somnologie), serait que Maury souffrait, en r&#233;alit&#233;, d'une forme discr&#232;te de narcolepsie (sans &#171; cataplexie &#187;, bien s&#251;r, la chute brutale et spectaculaire du tonus musculaire) : une pathologie du sommeil entra&#238;nant l'apparition d'un&#8230; sommeil paradoxal d'endormissement ! Cette hypoth&#232;se permettrait, en outre, d'expliquer pourquoi l'activit&#233; mentale hypnagogique en question ressemble en fait &#224; s'y m&#233;prendre &#224; un r&#234;ve : un sc&#233;nario &#233;labor&#233;, un encha&#238;nement coh&#233;rant de sc&#232;nes&#8230; un &#171; film &#187;, et non une simple succession de &#171; photos &#187;, mises bout &#224; bout ?! Autre hypoth&#232;se, encore : c'est la fi&#232;vre qui serait &#224; l'origine de ce r&#234;ve tr&#232;s pr&#233;coce&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quoi qu'il en soit, depuis le milieu des ann&#233;es 1950, les somnologues ont appris que, quels que soient les stimuli auxquels le dormeur est soumis, le r&#234;ve est &#8212; selon l'expression humoristique de Rechtschaffen&#185; &#8212; un processus monomaniaque : une m&#233;canique parfaitement huil&#233;e, une v&#233;ritable mule ?! Soumis &#224; quelque influence que ce soit &#8212; interne ou externe &#8212;, le sc&#233;nario onirique ne d&#233;vie que tr&#232;s peu de sa route propre&#8230; de son tao ?!&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Rechtschaffen est le chercheur qui, avec Kales, a &#233;tabli les r&#232;gles de &#171; stadification &#187; du sommeil (en 1967, &#224; UCLA, la c&#233;l&#232;bre universit&#233; poublique de Los Angeles). Aujourd'hui encore, les somnologues subdivisent le sommeil en plusieurs phases : stade 1 (endormissement), stade 2 (sommeil l&#233;ger), stade 3 (sommeil profond) et stade REM (sommeil paradoxal). Phases dont la distribution dans le temps &#233;tablit l'architecture du sommeil propre &#224; chacun. Notons que la nomenclature am&#233;ricaine de 2007 (dirig&#233;e par Sonia Ancoli-Isra&#235;l, pour l'American Academy of Sleep Medicine [AASM]) a fait passer le stade 4 &#224; la trappe ?! Ce vilain tour jou&#233; au &#171; sommeil tr&#232;s profond &#187; (jug&#233; trop semblable au sommeil profond que pour en &#234;tre encore distingu&#233;) nous rappelle, si besoin &#233;tait, le c&#244;t&#233; hautement arbitraire, totalement artificiel de toute forme de classifications (icelles ayant toujours pour vocation de saucissonner un r&#233;el qui demeure, pour sa part, parfaitement continu ?!)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	Dans les ann&#233;es 1950-1960, Dement, le successeur de Kleitman (le premier somnologue de l'histoire digne de ce nom), &#224; Chicago, s'est amus&#233; &#224; refaire les exp&#233;riences de Maury. Il s'est aper&#231;u, alors, que si certains stimuli pouvaient &#234;tre, en effet, incorpor&#233;s dans la trame onirique, jamais, en revanche, ils ne parvenaient &#224; cr&#233;er l'intrigue elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans son autobiographie (Juste une derni&#232;re chose, 2006), Peter Falk, l'acteur qui a si bien incarn&#233; l'inspecteur Columbo &#224; la t&#233;l&#233;vision, pendant presque quarante ans, raconte que, en ce qui concerne l'intrigue des &#233;pisodes, personne sur le plateau n'avait le droit de se substituer aux sc&#233;naristes. En revanche, chacun &#8212; acteurs, figurants, techniciens, artisans, ouvriers, etc. &#8212; &#233;tait encourag&#233; &#224; proposer des id&#233;es d'indices, d'alibis, de contextes socioprofessionnels, de d&#233;cors, de costumes, etc., lesquelles allaient pouvoir venir enrichir avantageusement le r&#233;cit&#8230; la trame narrative restant, pour sa part, strictement monomaniaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Malgr&#233; ces r&#233;serves &#233;mises sur la nature r&#233;actionnelle des r&#234;ves, et m&#234;me jusque sur la nature v&#233;ritablement onirique de ces derniers, il n'en reste pas moins que l'&#233;pisode du lit &#224; baldaquin continue &#224; fasciner la somnologie contemporaine&#8230; Car il implique une seconde hypoth&#232;se, d&#233;duite de la premi&#232;re, et d&#233;j&#224; envisag&#233;e par Maury, d'ailleurs. Cette seconde hypoth&#232;se pourrait &#234;tre qualifi&#233;e d'hypnopompique&#8230; l'hypnopompe &#233;tant le terme scientifique utilis&#233; pour d&#233;signer le r&#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Goblot &#171; pompe &#187; le mod&#232;le hypnopompique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En 1896, Edmond Goblot, philosophe et logicien fran&#231;ais, reprend &#224; son compte &#8212; trente-cinq ans apr&#232;s, donc &#8212; le mod&#232;le hypnopompique initialement propos&#233; par Maury. Si l'image et la sensation d'un couperet lui tranchant le cou &#233;taient venues cl&#244;turer le r&#234;ve du proto-onirologue, et si ce funeste &#233;pilogue avait fait suite &#224; une vive douleur ressentie au niveau de la nuque (du fait de la chute inopin&#233;e d'une fl&#232;che du baldaquin suspendu au-dessus du lit), le r&#234;ve tout entier ne pouvait alors avoir &#233;t&#233; fabriqu&#233; qu'apr&#232;s que se soient produites et la chute de la fl&#232;che et la douleur cons&#233;cutive &#224; la nuque (nociception) ?! Et puisque cette douleur avait provoqu&#233;, par la m&#234;me occasion, le r&#233;veil imm&#233;diat du dormeur, c'est en ce r&#233;veil qu'il fallait se r&#233;soudre &#224; voir, finalement, le v&#233;ritable auteur du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le mod&#232;le hypnopompique (relatif au r&#233;veil, donc) permet d'expliquer, par exemple, l'occurrence des &#171; r&#234;ves r&#233;veille-matin &#187;, ces songes dont l'intrigue toute enti&#232;re doit son existence au d&#233;clenchement d'une v&#233;ritable sonnerie de r&#233;veille-matin (la stimulation &#233;veillante)&#8230; et se conclut par une &#171; hallucination &#187; de sonnerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans le mod&#232;le originel, Maury avait imagin&#233; une gen&#232;se onirique ultra-rapide, de l'ordre de la milliseconde, d&#232;s le primo-d&#233;clenchement du r&#233;veil. Pour Goblot, en revanche, il s'agit d'un processus beaucoup plus lent et progressif. &#192; l'image du r&#233;veil lui-m&#234;me, du reste, qui est, tout comme l'endormissement, un processus g&#233;n&#233;ralement graduel, susceptible de s'&#233;taler sur une p&#233;riode d'une demi-heure, ou m&#234;me plus&#185;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Ce qui s'explique, notamment, par une d&#233;synchronisation relativement importante entre le thalamus (la principale station-relais du cerveau) et le reste de l'enc&#233;phale.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	Mais l'histoire ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Au cours du XXe si&#232;cle, la th&#233;orie hypnopompique va s&#233;duire un nombre croissant d'onirologues distingu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; commencer par le philosophe et cognitiviste am&#233;ricain Daniel Dennett, pour qui le r&#233;veil ne fait que piocher dans une banque de r&#234;ves pr&#233;existants. C'est la th&#233;orie dite &#171; de la cassette &#187; (on parlerait plus volontiers, aujourd'hui, de Blu-ray, voire de streaming). Selon ce mod&#232;le &#171; cin&#233;matographique &#187;, les films oniriques seraient tourn&#233;s bien avant que le r&#233;veil ne se produise. Et une oniroth&#232;que rassemblerait l'ensemble de l'&#339;uvre propos&#233;e par la division home des studios DreamWorks du r&#234;veur (lesquels n'auraient rien &#224; envier &#224; ceux de Spielberg !) Cette th&#233;orie permettrait d'expliquer l'extr&#234;me rapidit&#233; avec laquelle un r&#234;ve complexe surgit, parfois, au moment du r&#233;veil&#8230; comme s'il n'avait plus qu'&#224; se d&#233;plier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	M&#234;me cr&#233;do pour Jean-Pol Tassin, neurobiologiste et cognitiviste fran&#231;ais. Selon sa propre formule, &#171; L'&#233;veil cr&#233;e le r&#234;ve, bien plus qu'il ne l'interrompt &#187; (Le r&#234;ve na&#238;t de l'&#233;veil, 1999).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Afin de bien saisir le ressort de sa formalisation relativement sophistiqu&#233;e, le mieux est, je pense, de faire appel &#224; cette d&#233;couverte, stup&#233;fiante, de la physique quantique : c'est l'observation dont elle fait l'objet qui permet &#224; la particule &#233;l&#233;mentaire de se montrer telle qu'elle est ?! Un bon exemple de ce ph&#233;nom&#232;ne est le spin de l'&#233;lectron (son sens giratoire), lequel ne se d&#233;cide &#224; &#234;tre &#171; l&#233;vogyre &#187; (il tournera vers la gauche), ou &#171; dextrogyre &#187; (vers la droite), que par la gr&#226;ce de l'observation dont cet &#233;lectron aura fait l'objet&#8230; en de&#231;&#224; de cet acte fondateur, le spin reste, virtuellement, ind&#233;termin&#233; (on dit &#233;galement &#171; ind&#233;cidable &#187;) ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vous l'aurez compris, Tassin pense qu'il en est exactement de m&#234;me pour le r&#234;ve : sans le r&#233;veil pour l'observer, le r&#234;ve reste ind&#233;termin&#233;, &#171; ind&#233;cidable &#187; ?! Tel un film grav&#233; sur un disque Blu-ray que personne ne sort de son boitier, ou un film sur une plateforme de streaming que personne ne s'en va &#171; p&#233;cher &#187;. Car Tassin est convaincu, lui aussi &#8212; &#224; l'instar de Dennett, et contrairement &#224; Maury et Goblot &#8212;, qu'une information mn&#233;sique pr&#233;existe, dans une sorte de m&#233;ga-r&#233;pertoire regroupant l'ensemble du mat&#233;riel onirique disponible. Mais le cognitiviste ajoute une &#233;tape &#224; l'op&#233;ration : pour pouvoir &#234;tre &#171; r&#233;v&#233;l&#233; &#187; par le r&#233;veil, le r&#234;ve &#8212; encore &#224; l'&#233;tat de virtualit&#233; &#8212; doit, au pr&#233;alable, avoir &#233;t&#233; choisi, puis activ&#233;&#8230; et ce uniquement au cours d'une phase de sommeil paradoxal. De sorte que, lorsque le r&#233;veil&#185; finit par se produire (quel que soit le stade de sommeil dans lequel il se produit), il ne fasse plus que lib&#233;rer une information d&#233;j&#224; vitalis&#233;e. En moins d'une seconde, le r&#233;veil se charge, alors, de mettre le r&#234;ve au monde : accouchement par c&#233;sarienne ?! Dans la terminologie Tassinienne, le cerveau passe, brusquement, d'un mode analogique &#224; un mode cognitif &#178;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;Qui se doit d'&#234;tre court, brutal m&#234;me (comme dans la th&#233;orisation de Maury et de Dennett) : un micro-&#233;veil (&#233;veil du cortex c&#233;r&#233;bral, d'une dur&#233;e d'&#224; peine quelques secondes) ou un &#233;veil &#233;lectrophysiologique (qui pr&#233;c&#232;de d'une seconde, environ, l'&#233;veil comportemental, celui qui entra&#238;ne l'ouverture des yeux).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#178;Le mode analogique (d&#233;crit par le math&#233;maticien John Hopfield, dans son mod&#232;le de R&#233;seaux de neurones, en 1982) &#8212; l'&#233;tat mental propre au sommeil, dans le paradigme cognitiviste &#8212; consiste en un traitement de l'information extr&#234;mement rapide (de l'ordre du dixi&#232;me de seconde). C'est un processus inconscient, r&#233;gi par une organisation spatiale (et donc simultan&#233;e) des repr&#233;sentations mentales, lesquelles circulent tr&#232;s librement, s'associant au gr&#233; des &#171; proximit&#233;s &#187; (analogies, champs s&#233;mantiques apparent&#233;s, assonances, consonances, etc.) Ce mode est m&#233;di&#233; par des neurones transmetteurs (dont les principaux neurotransmetteurs sont le GABA et l'ac&#233;tylcholine). Il correspond, approximativement, aux &#171; processus primaires &#187;, d&#233;crits par Freud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mode cognitif, quant &#224; lui, est activ&#233; par la survenue d'un r&#233;veil brusque. Il consiste en un traitement de l'information beaucoup plus lent. C'est un processus conscient, r&#233;gi par une organisation temporelle des repr&#233;sentations mentales, lesquelles se succ&#232;dent dans un ordre pr&#233;cis, de mani&#232;re s&#233;quentielle, hi&#233;rarchis&#233;e, ce qui permet l'&#233;laboration d'une structure narrative. Le cerveau &#233;tant capable de fabriquer une quinzaine d'images &#224; la seconde (sic), un r&#233;cit onirique complexe, semblant se d&#233;rouler sur une p&#233;riode relativement longue, peut donc &#234;tre g&#233;n&#233;r&#233; en moins d'une seconde ?! Le mode cognitif est m&#233;di&#233; par des neurones modulateurs (dont les principaux neuromodulateurs sont la noradr&#233;naline et la s&#233;rotonine). Ce mode correspond, approximativement, aux &#171; processus secondaires &#187;, d&#233;crits par Freud. Dans le paradigme cognitiviste, il caract&#233;rise l'&#233;tat mental propre &#224; l'&#233;veil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce passage brutal d'un r&#233;gime de spatialisation des repr&#233;sentations &#224; un r&#233;gime d'organisation temporelle se traduit par la s&#233;lection rapide, en moins d'une seconde, de quelques repr&#233;sentations privil&#233;gi&#233;es par leur caract&#232;re r&#233;cent et/ou par l'intensit&#233; de la charge &#233;motionnelle qui y est associ&#233;e, que celle-ci soit li&#233;e au pass&#233; du r&#234;veur ou &#224; ses projets. &#187; (Les 100 mots du r&#234;ve, Jean-Pol Tassin et Serge Tisseron, 2014)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	In fine, un r&#234;ve serait donc g&#233;n&#233;r&#233; en trois temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le premier temps serait celui de l'engrammage&#185; du mat&#233;riel onirique, dans un r&#233;pertoire pr&#233;vu &#224; cet effet. Soit la &#171; conception &#187; du r&#234;ve&#8230; au cours d'un &#233;tat de vigilance (&#233;veil, sommeil orthodoxe, sommeil paradoxal) non explicit&#233; par l'auteur, notons-le.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#185;L'inscription c&#233;r&#233;brale (pas encore mentale, donc) du souvenir, sous forme de &#171; traces mn&#233;siques &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	Le deuxi&#232;me temps serait celui de la s&#233;lection, puis de l'activation du r&#234;ve en devenir. Soit le &#171; d&#233;veloppement in utero &#187; du r&#234;ve&#8230; au cours du sommeil paradoxal exclusivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le troisi&#232;me temps, enfin, serait celui de la d&#233;livrance. Soit l'&#171; expulsion &#187; du r&#234;ve, sa naissance proprement dite, au sein de n'importe quel stade de sommeil&#8230; avec l'aide de l'obst&#233;tricien de service : le r&#233;veil brusque (et ses neuromodulateurs sp&#233;cifiques &#8212; les monoamines &#8212;, indispensables tant &#224; la fabrication d'un sc&#233;nario qu'&#224; la m&#233;morisation de ce dernier), lequel d&#233;clenche le mode cognitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Freud &#233;tait persuad&#233; que le r&#234;ve avait pour principale fonction de permettre au dormeur de rester endormi, d&#232;s lors que le sommeil &#233;tait menac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour Tassin, il permet au dormeur de se rendormir aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; Patates et pommes de terre &#187;, comme diraient les Autrichiens (&#224; commencer par Freud, lui-m&#234;me) ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je confesse, personnellement, un gros penchant pour la th&#232;se hypnopompique. Elle prend le probl&#232;me &#224; rebours &#8212; par le petit bout de la lorgnette &#8212;, ce qui ajoute, indubitablement, &#224; son pouvoir de s&#233;duction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#234;ves hypnopompiques vs r&#234;ves hypniques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le hypnopompique supposant l'intervention d'un r&#233;veil brusque (fa&#231;on Maury, Dennett ou Tassin) est contredit, toutefois, par une d&#233;couverte r&#233;alis&#233;e par Stephen LaBerge, lors de ses exp&#233;riences sur le r&#234;ve lucide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce psychophysiologiste am&#233;ricain &#233;tudie la lucidit&#233; onirique depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, &#224; Stanford, la prestigieuse universit&#233; priv&#233;e sise dans la charmante petite localit&#233; californienne de Palo Alto, au c&#339;ur de la Silicon Valley (c'est &#233;galement l&#224; que vit jour le premier Centre de sommeil &#224; vis&#233;e strictement clinique, et l&#224;, encore, que fut d&#233;couvert le syndrome d'apn&#233;es du sommeil, en 1976).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#234;ve lucide est un songe au cours duquel le dormeur sait pertinemment qu'il est en train de r&#234;ver. Les r&#234;veurs lucides repr&#233;sentent environ 20 % de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; o&#249; le b&#226;t blesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LaBerge s'&#233;tant aper&#231;u qu'il pouvait apprendre &#224; certains r&#234;veurs lucides &#224; signaler le d&#233;but et la fin d'un r&#234;ve (par des s&#233;quences pr&#233;&#233;tablies de mouvements oculaires), il d&#233;couvrit que le temps &#233;coul&#233; entre deux signaux n'&#233;tait pas de l'ordre de la seconde (comme pr&#233;dit par les mod&#232;les de Maury et Cie), mais qu'il correspondait, tout simplement, &#224; la dur&#233;e subjective du r&#234;ve ?! Ce qui indiquait, clairement, que le r&#234;ve &#233;tait bel et bien g&#233;n&#233;r&#233; au cours du sommeil, dans la dur&#233;e, en temps r&#233;el (comme dans Le train sifflera trois fois, mod&#232;le du genre au cin&#233;ma [Fred Zinnemann, 1952]), et non au d&#233;tour d'un r&#233;veil brusque, dans l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort heureusement pour ses aficionados, la version du mod&#232;le &#224; r&#233;veil progressif (fa&#231;on Goblot) pouvait encore &#234;tre d&#233;fendue&#8230; d'autant que le r&#234;ve lucide ne se produit qu'au sein d'un sommeil paradoxal assez atypique, m&#226;tin&#233; d'&#233;veil ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais en 1986, la d&#233;couverte du trouble du comportement au cours du sommeil paradoxal (REM Behavior Disorder, RBD), par Carlos Schenck et Mark Mahowald (Universit&#233; du Minnesota, Minneapolis), allait porter un coup fatal &#224; la th&#232;se hypnopompique dans son enti&#232;ret&#233; ?! En effet, dans cette pathologie marqu&#233;e par un d&#233;faut d'inhibition motrice en sommeil paradoxal, les songes sont agis &#171; online &#187;, tout au long d'un &#233;pisode de sommeil paradoxal. Et &#224; moins de supposer que le sommeil paradoxal ne serait rien d'autre, en d&#233;finitive, qu'une forme particuli&#232;re de r&#233;veil progressif &#8212; ce qui n'est pas tout-&#224;-fait exclu, d'ailleurs (d'autant que le RBD ne se produit, lui aussi, qu'au sein d'un REM atypique) &#8212;, m&#234;me la th&#232;se d'un Goblot finit, ici, par capoter ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous enfon&#231;ons, de plus en plus, dans les sables mouvants de la contradiction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mani&#232;re d'y voir plus clair, de s'extraire de la m&#233;lasse conceptuelle, est d'admettre l'id&#233;e, toute simple en v&#233;rit&#233;, que le r&#234;ve n'est pas une entit&#233; homog&#232;ne, qu'il existe, au demeurant, plusieurs esp&#232;ces de r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, certains songes seraient de nature hypnique &#8212; comme le sont, de mani&#232;re manifeste, les r&#234;ves lucides et ceux des patients souffrant d'un RBD (sachant que les uns comme les autres pourraient tout aussi bien signaler la pr&#233;sence d'un r&#233;veil progressif sous-jacent) &#8212;, alors que d'autres seraient de nature hypnopompique, comme le sont, de mani&#232;re tout aussi manifeste, les r&#234;ves de guillotine ou de r&#233;veille-matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petite note &#233;pist&#233;mologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une consid&#233;ration philosophique en guise de conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon les philosophes du Cercle de Vienne (premier tiers du XXe si&#232;cle) &#8212; et contrairement aux sciences naturelles qui sont tax&#233;es de &#171; dures &#187; &#8212;, les sciences humaines sont &#8212; &#224; l'instar des c&#233;l&#232;bres Montres de Dal&#237; &#8212; d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#171; molles &#187; ?! Puisque chaque individu est unique, aucune loi intangible ne pr&#233;vaut en la mati&#232;re. Au mieux, l'outil statistique permet de d&#233;gager certaines tendances, dites plus ou moins &#171; significatives &#187; (incidemment, voil&#224; pourquoi les statistiques occupent une telle place dans le cursus des &#233;tudes de psychologie&#8230; au grand dam des &#233;tudiants).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais comme le rappelle, fort &#224; propos, ce mot d'esprit, en forme de chiasme : &#171; Les statistiques, c'est comme les bikinis : ce qu'elles r&#233;v&#232;lent est suggestif, ce qu'elles cachent est essentiel &#187; ?! Avec les sciences molles, c'est toujours la m&#234;me histoire : il y a, ind&#233;finiment, mati&#232;re &#224; interpr&#233;tation, discussion, controverse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette mollesse, se greffe une difficult&#233; m&#233;thodologique suppl&#233;mentaire, propre &#224; l'onirologie : le r&#234;ve est un objet inobservable per se ?! &#192; l'image du pal&#233;ontologue qui ne dispose, pour reconstituer l'&#234;tre vivant disparu, que de quelques fragments de squelette fossilis&#233;s, et (avec un peu de chance) d'une ou deux empreintes grav&#233;es dans la roche, l'onirologue est contraint, lui aussi, de reconstituer le r&#234;ve &#224; partir de ses restes : le souvenir que le r&#234;veur en garde au r&#233;veil (et qu'il a grandement int&#233;r&#234;t &#224; consigner par &#233;crit au plus vite, s'il ne veut pas tout oublier) et, finalement, le r&#233;cit que ce souvenir autorise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'onirologie invite, assur&#233;ment, &#224; beaucoup d'humilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;pression hivernale</title>
		<link>https://rolandpec.org/La-depression-hivernale.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://rolandpec.org/La-depression-hivernale.html</guid>
		<dc:date>2010-11-09T11:14:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le traitement prophylactique de la d&#233;pression saisonni&#232;re s'administre id&#233;alement de la fin du mois d'ao&#251;t au d&#233;but du mois de novembre. Nous y sommes donc. Si l'indication est bien pos&#233;e, la personne habituellement sujette &#224; ce trouble r&#233;current traverse l'hiver sans difficult&#233;s. En plein hiver, le traitement peut &#233;galement &#234;tre dispens&#233; avec efficacit&#233;, mais &#224; des fins curatives cette fois. Ce traitement s'appelle la chronoth&#233;rapie, et il peut &#234;tre, aujourd'hui, extr&#234;mement personnalis&#233;, gr&#226;ce &#224; un (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Somno-.html" rel="directory"&gt;Articles Somno&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le traitement prophylactique de la d&#233;pression saisonni&#232;re s'administre id&#233;alement de la fin du mois d'ao&#251;t au d&#233;but du mois de novembre. Nous y sommes donc. Si l'indication est bien pos&#233;e, la personne habituellement sujette &#224; ce trouble r&#233;current traverse l'hiver sans difficult&#233;s. En plein hiver, le traitement peut &#233;galement &#234;tre dispens&#233; avec efficacit&#233;, mais &#224; des fins curatives cette fois. Ce traitement s'appelle la chronoth&#233;rapie, et il peut &#234;tre, aujourd'hui, extr&#234;mement personnalis&#233;, gr&#226;ce &#224; un logiciel de chronoth&#233;rapie : CHRONO SleepWell &#174;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_142 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L206xH245/images-2-acd5d.jpg?1698810746' width='206' height='245' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Description du trouble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nomination d&#233;pression saisonni&#232;re peut porter &#224; confusion. En effet, la plupart des d&#233;pressions dites majeures ont &#233;galement une expression saisonni&#232;re : elles se produisent davantage en automne et au printemps (classiquement, lors de la chute et de la pousse des feuilles). La d&#233;nomination d&#233;pression d'hiver convient d&#232;s lors nettement mieux, puisque c'est bien &#224; la fin de l'automne et en hiver que ce genre de d&#233;pression se produit, pour dispara&#238;tre au printemps. Sur le plan des sympt&#244;mes, l'acronyme anglais SAD (pour seasonal affective disorder) porte &#233;galement &#224; confusion. En effet, &#171; sad &#187; en anglais veut dire &#171; triste &#187;, alors que justement la tristesse ne fait pas partie des sympt&#244;mes-cl&#233;s de la d&#233;pression hivernale (mais bien des d&#233;pressions majeures, par contre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ce qui caract&#233;rise la d&#233;pression d'hiver est un ensemble de sympt&#244;mes qui &#233;voquent le ph&#233;nom&#232;ne d'hibernation : d&#233;prime (abattement), manque de dynamisme (adynamie), somnolence excessive et app&#233;tit accru. En voici la d&#233;finition stricte, en 3 points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Episodes d&#233;pressifs r&#233;currents, qui surviennent en automne et en hiver, pour dispara&#238;tre au printemps ou en &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ces &#233;pisodes se produisent depuis au moins deux ann&#233;es cons&#233;cutives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Au moins 3 sympt&#244;mes parmi les 7 suivants sont pr&#233;sents :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; humeur d&#233;pressive (abattement),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; niveau d'&#233;nergie diminu&#233; (adynamie),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; app&#233;tit accru,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; fringale sp&#233;cifique pour les sucres et les graisses,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; hypersensibilit&#233; au froid,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; augmentation du temps de sommeil,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; somnolence diurne excessive.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sous sa forme s&#233;v&#232;re, la pr&#233;valence de la d&#233;pression d'hiver est de 2% de la population. Sous sa forme l&#233;g&#232;re &#224; mod&#233;r&#233;e, elle monte &#224; 15% de la population. Les femmes sont l&#233;g&#232;rement plus touch&#233;es que les hommes, avec 1.6 femmes pour 1 homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, la cause initiale de la d&#233;pression d'hiver est strictement d'ordre physiologique (ce qui n'emp&#234;che pas, naturellement, une influence secondaire des facteurs psychologiques) ! Il s'agit d'un d&#233;r&#232;glement de l'Horloge Interne Principale. C'est pourquoi la d&#233;pression d'hiver est class&#233;e dans la cat&#233;gorie des troubles dits circadiens. Le d&#233;r&#232;glement en question est li&#233; au fait que le jour se l&#232;ve de plus en plus tard. Ce d&#233;r&#232;glement se produit chez les sujets dont le programme interne de l'horloge biologique est tr&#232;s &#171; souple &#187;, c'est &#224; dire tr&#232;s sensible aux synchroniseurs externes (en l'occurrence : la privation croissante de lumi&#232;re matinale). Les personnes en provenance de pays &#224; haut niveau d'ensoleillement sont particuli&#232;rement &#224; risque. Mais pour bien comprendre ce qu'est un trouble circadien, il nous faut faire un petit d&#233;tour du c&#244;t&#233; de la chronobiologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La chronobiologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chronobiologie est une branche de la biologie, n&#233;e aux USA dans les ann&#233;es 60, &#224; la suite des travaux r&#233;alis&#233;s par Van Halberg pour les vols spatiaux de la NASA. Elle s'int&#233;resse aux fluctuations dans le temps des divers param&#232;tres physiologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majeure partie de ces rythmes sont dits circadiens, c'est &#224; dire qu'un cycle dure +/- 24 heures.Ces rythmes sont contr&#244;l&#233;s par de nombreuses horloges biologiques. Toutes ces horloges sont sous le contr&#244;le d'un chef d'orchestre commun, qui porte le nom d'Horloge Interne Principale. Cette horloge est qualifi&#233;e de &#171; faible &#187;, car elle est facilement remontable par les synchroniseurs externes. Elle se situe dans l'hypothalamus, au centre du cerveau. Outre le fait de synchroniser les autres horloges, cette horloge programme l'alternance veille/sommeil et le sommeil profond. Elle contr&#244;le &#233;galement la s&#233;cr&#233;tion de l'hormone de croissance, de la m&#233;latonine et de la prolactine. Elle est par ailleurs fortement li&#233;e &#224; une autre horloge, dite &#171; forte &#187; celle-l&#224;, car difficilement remontable par les synchroniseurs externes. Cette horloge forte est situ&#233;e dans le cortex c&#233;r&#233;bral (&#224; la p&#233;riph&#233;rie du cerveau). Elle programme le sommeil paradoxal, la s&#233;cr&#233;tion du cortisol et les fluctuations de temp&#233;rature corporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Horloge Interne Principale est synchronis&#233;e avec l'horloge externe (g&#233;ophysique) &#224; l'aide des synchroniseurs externes : les activit&#233;s socioprofessionnelles, l'exercice physique et - surtout - l'alternance lumi&#232;re/obscurit&#233;. L'organisme recherche toujours un &#233;quilibre temporel entre lui-m&#234;me et le monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'Horloge Interne n'est plus synchronis&#233;e avec l'horloge du mur, une situation pathologique en d&#233;coule. Toute une gamme de troubles du sommeil, de l'&#233;veil et de l'humeur est ainsi conditionn&#233;e, en tout ou en partie, par une d&#233;synchronisation entre l'Horloge Interne et l'horloge externe (= d&#233;synchronisation externe) - ce qui est le cas pour la d&#233;pression d'hiver, et/ou par une d&#233;synchronisation entre plusieurs rythmes internes (= d&#233;synchronisation interne) - ce qui est souvent le cas pour la d&#233;pression majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les troubles circadiens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses insomnies d&#233;coulent en r&#233;alit&#233; d'un trouble du rythme circadien ; ces insomnies font souvent suite &#224; des tentatives visant &#224; am&#233;liorer une difficult&#233; de sommeil initiale, qui perturbent l'Horloge Interne et ne font finalement qu'aggraver le probl&#232;me. Dans le cas du syndrome de retard de phase, l'Horloge Interne est retard&#233;e par rapport &#224; l'horloge externe ; ceci peut &#234;tre le fait d'un facteur g&#233;n&#233;tique et/ou d'un conditionnement par l'environnement ; ce syndrome touche classiquement les adolescents ; il se caract&#233;rise par une hypersomnie matinale et une hypervigilance vesp&#233;rale. Lorsqu'il s'agit du syndrome d'avance de phase, l'Horloge Interne est avanc&#233;e par rapport &#224; l'horloge externe ; ceci peut &#234;tre &#234;tre &#233;galement le fait d'un facteur g&#233;n&#233;tique et/ou d'un conditionnement par l'environnement ; ce syndrome touche classiquement les personnes &#226;g&#233;es ; il se caract&#233;rise par une hypersomnie en soir&#233;e et une hypervigilance en seconde partie de nuit. Pour ce qui est du travail de nuit et du travail post&#233;, l'horloge Interne est bien s&#251;r invers&#233;e par rapport &#224; l'horloge externe. En ce qui concerne le syndrome de jetlag (d&#233;calage horaire), l'Horloge Interne est soit en avance soit en retard de phase par rapport &#224; l'horloge externe, par suite d'un voyage transm&#233;ridien. Chez la personne &#226;g&#233;e, l'Horloge Interne est en avance de phase et partiellement d&#233;synchronis&#233;e par rapport &#224; l'horloge externe ; ceci est li&#233; &#224; une trop faible s&#233;cr&#233;tion en m&#233;latonine, ainsi qu'&#224; une privation fr&#233;quente des activit&#233;s socioprofessionnelles et de la lumi&#232;re du jour ; ce trouble se caract&#233;rise par de l'insomnie principalement matinale, de l'hypersomnie vesp&#233;rale et de l'hypersomnolence diurne (se manifestant par de nombreuses siestes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la d&#233;pression majeure, l'Horloge Interne est souvent en avance de phase par rapport &#224; l'horloge externe. Ceci est en partie caus&#233; par une trop faible s&#233;cr&#233;tion de certains neurotransmetteurs (mono-amines), et aussi fr&#233;quemment par un d&#233;ficit en activit&#233;s socioprofessionnelles. Ce trouble du rythme circadien est doubl&#233; d'une avance de phase du rythme ultradien (plus court que 24 heures) du cycle sommeil paradoxal/sommeil non-paradoxal (sous le contr&#244;le de l'horloge forte). Cette condition associe donc une double d&#233;synchronisation : externe et interne. Ce trouble se caract&#233;rise par une insomnie matinale et une alt&#233;ration de l'architecture du sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la d&#233;pression d'hiver, enfin, l'Horloge Interne retarde chaque jour un petit peu plus par rapport &#224; l'horloge externe. Il s'agit donc d'un retard de phase s'aggravant progressivement. Il se caract&#233;rise par une hypersomnie matinale et une hypersomnolence diurne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La chronoth&#233;rapie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux efforts de recherche fournis au cours des 30 derni&#232;res ann&#233;es, on dispose aujourd'hui d'outils permettant de remonter l'Horloge Interne comme on le ferait avec le remontoir d'une montre-bracelet. Ces outils sont principalement issus de la d&#233;couverte, d'abord chez le rongeur et ensuite chez l'homme, des &#171; courbes de r&#233;ponse phase &#187;. Il s'agit de courbes qui indiquent l'amplitude et la direction des rephasages de l'Horloge Interne Principale, en r&#233;ponse &#224; l'exposition &#224; une lumi&#232;re ad&#233;quate, en fonction du moment de la journ&#233;e. Ult&#233;rieurement, on a &#233;galement d&#233;couvert des courbes de r&#233;ponse &#224; la prise de m&#233;latonine ainsi qu'&#224; l'exercice physique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chronoth&#233;rapie est la mise en &#339;uvre de ces diff&#233;rents outils, programm&#233;s aux moments les plus ad&#233;quats de la journ&#233;e, et durant le nombre suffisant de jours. La programmation varie en fonction du type de trouble &#224; traiter ainsi que d'une s&#233;rie de caract&#233;ristiques propres au patient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les outils chronoth&#233;rapeutiques les plus usit&#233;s sont :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; La luminoth&#233;rapie (naturelle ou artificielle) : action sur l'axe hypothalamus / glande pin&#233;ale, afin de provoquer les rephasages souhait&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; L'&#233;vitement de la lumi&#232;re du jour (port de lunettes solaires) : idem.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; La vitamine B12 : substance photosensibilisante, permettant de maximiser l'action de la luminoth&#233;rapie.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; La m&#233;latonine : action directe sur l'Horloge Interne Principale, afin de provoquer les rephasages souhait&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; L'exercice physique : action sur la temp&#233;rature corporelle (idem via un bain chaud), afin de favoriser le sommeil ou l'&#233;veil.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; La chronodi&#233;t&#233;tique : modification des habitudes alimentaires afin de favoriser les rephasages souhait&#233;s, ainsi que d'&#233;viter les troubles gastro-intestinaux.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La luminoth&#233;rapie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La luminoth&#233;rapie est un des outils principaux de la chronoth&#233;rapie, particuli&#232;rement en ce qui concerne la d&#233;pression d'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut s'agir soit de la lumi&#232;re du jour, soit d'un dispositif artificiel respectant des crit&#232;res d'intensit&#233; (de 2000 &#224; 10.000 lux), de longueur d'onde (longueur optimale de 468 nanom&#232;tres) et de dur&#233;e (de &#189; heure &#224; 2 heures). Chez l'homme, une illumination ad hoc autour du cr&#233;puscule occasionne un retard de phase maximal, alors qu'une illumination autour de l'aube provoque une avance de phase maximale. L'illumination en plein jour ne provoque aucun d&#233;phasage. L'illumination au cours de la nuit provoque des d&#233;phasages aux directions incertaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le plan neurologique, la luminoth&#233;rapie entreprend un circuit assez complexe. La r&#233;tine contient des r&#233;cepteurs photiques (cellules ganglionnaires &#224; m&#233;lanopsine), distincts des r&#233;cepteurs visuels. Ils fonctionnent sur le mode du tout ou rien. Si l'illumination d&#233;passe un certain seuil, c'est le jour qui est per&#231;u ; dans la situation inverse, c'est la nuit. L'information parcourt un premier segment du nerf optique, puis s'en &#233;carte. Elle parvient alors &#224; l'hypothalamus (au centre du cerveau), si&#232;ge de l'Horloge Interne Principale (Horloge Y), laquelle r&#233;gule la veille et le sommeil. En condition naturelle, cette information resynchronise Y, lui faisant savoir si c'est la nuit ou le jour. En condition de luminoth&#233;rapie, l'information va permettre - selon la pathologie - soit d'avancer le cycle (en faisant croire &#224; l'horloge que c'est d&#233;j&#224; le jour - alors que c'est encore la nuit), soit de reculer le cycle (en faisant croire &#224; l'horloge que c'est d&#233;j&#224; la nuit - alors que c'est encore le jour). Y ayant int&#233;gr&#233; cette nouvelle information, elle l'envoie &#224; la glande pin&#233;ale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici d&#233;bute la portion hormonale du circuit. Lorsque la glande pin&#233;ale re&#231;oit l'information &#171; c'est la nuit &#187;, elle se met &#224; secr&#233;ter de la m&#233;latonine (l'hormone de l'obscurit&#233;). Lorsqu'elle re&#231;oit l'information &#171; c'est le jour &#187;, elle stoppe cette s&#233;cr&#233;tion. Comme toute hormone, la m&#233;latonine est d&#233;vers&#233;e dans la circulation sanguine. Et c'est l'Horloge Biologique qu'elle prend en retour pour cible. La m&#233;latonine jouera alors le r&#244;le d'horloge parlante. Si elle impr&#232;gne l'hypothalamus, c'est que c'est la nuit ; si elle ne l'impr&#232;gne pas, c'est que c'est le jour. L'Horloge Biologique est donc remont&#233;e par deux fois : une premi&#232;re fois par la voie nerveuse et une seconde fois par la voie humorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la d&#233;pression d'hiver, l'Horloge Interne accuse un retard de phase progressif, au fur et &#224; mesure qu'on avance vers l'hiver. D&#232;s lors, la luminoth&#233;rapie devra s'effectuer assez t&#244;t le matin, afin d'avancer le cycle, en faisant croire &#224; l'horloge que c'est d&#233;j&#224; le jour alors que c'est encore la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La luminette &#174; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La luminette est le dispositif de luminoth&#233;rapie le plus performant actuellement sur le march&#233;. Il a &#233;t&#233; con&#231;u par une soci&#233;t&#233; belge li&#233;e &#224; l'universit&#233; de Li&#232;ge (Lucimed). C'est la m&#234;me &#233;quipe qui avait con&#231;u nagu&#232;re le Casque de lumi&#232;re, l'&#233;talon-or des dispositifs de luminoth&#233;rapie pendant une vingtaine d'ann&#233;es. Ce nouvel appareil offre un maximum d'efficacit&#233; pour un minimum d'encombrement. Sur le plan du confort, la luminette est ultra-l&#233;g&#232;re puisqu'elle s'inspire d'une simple paire de lunettes. Elle permet d&#232;s lors au patient de se mouvoir en toute libert&#233; et de vaquer &#224; ses occupations. Il n'y a donc plus, comme pr&#233;c&#233;demment, d'immobilisation devant des panneaux de lumi&#232;re (ou m&#234;me sous le casque de lumi&#232;re). Ce design favorise ainsi significativement l'adh&#233;sion au traitement. Sur le plan de l'efficacit&#233;, les r&#233;centes d&#233;couvertes de la recherche montrent l'ad&#233;quation existant entre ce design et les r&#233;cepteurs photiques ganglionnaires de la r&#233;tine. D'abord, la lumi&#232;re d&#233;livr&#233;e (&#224; partir de huit diodes LED) est bleue. Sa longueur d'onde est de 468 nanom&#232;tres, exactement celle &#224; laquelle les r&#233;cepteurs sont le plus sensibles. Ensuite, la lumi&#232;re est d&#233;livr&#233;e &#224; partir du haut (et focalis&#233;e sur le bas de l'oeil par l'entremise d'une visi&#232;re holographique). Ceci est tr&#232;s pertinent, puisque les r&#233;cepteurs photiques sont bien pr&#233;sents sur la r&#233;tine inf&#233;rieure, a contrario des r&#233;cepteurs visuels. La th&#233;rapie est donc efficace, sans entra&#238;ner d'&#233;ventuels risques d'&#233;blouissement ou de toxicit&#233; pour la r&#233;tine. C'est &#233;galement gr&#226;ce &#224; cette ad&#233;quation qu'une assez faible intensit&#233; lumineuse (2000 lux) et qu'une courte p&#233;riode quotidienne d'illumination (&#189; heure) sont suffisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'anecdote, les experts de la NASA, d&#233;p&#234;ch&#233;s au Chili pour apporter leur aide aux 33 mineurs ensevelis depuis le 5 ao&#251;t 2010 sous le d&#233;sert d'Atacama, ont marqu&#233; leur int&#233;r&#234;t pour la luminette, en tant que dispositif de luminoth&#233;rapie tr&#232;s efficace&#8230; et tr&#232;s petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la d&#233;pression d'hiver, une s&#233;ance de 30 minutes est programm&#233;e sur une base quotidienne, &#224; un moment critique de la matin&#233;e, et durant un nombre suffisant de jours. Ceci varie en fonction du moment dans la saison, de la s&#233;v&#233;rit&#233; du trouble ainsi que d'une s&#233;rie de caract&#233;ristiques li&#233;es au patient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CHRONO SleepWell &#174;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un logiciel original de chronoth&#233;rapie est mis en ligne sur internet depuis le mois de septembre 2010. CHRONO SleepWell&#174; utilise des algorithmes qui se basent sur la litt&#233;rature scientifique la plus r&#233;cente dans le domaine de la chronoth&#233;rapie. Ces algorithmes permettent de g&#233;n&#233;rer des programmes de rephasage personnalis&#233;s. Ces programmes int&#232;grent tous les outils d&#233;crits plus haut. Ils varient en fonction du trouble circadien consid&#233;r&#233;, ou du voyage transm&#233;ridien &#224; effectuer. Dans ce dernier cas, le programme calcul&#233; permet au voyageur d'acc&#233;l&#233;rer par un facteur 2, voire 3, la resynchronisation de son Horloge Interne Principale. Le logiciel prend &#233;galement en compte une s&#233;rie de caract&#233;ristiques propres au sujet : son &#226;ge, son horaire de sommeil, la qualit&#233; de son sommeil, sa sensibilit&#233; au d&#233;calage horaire, au passage &#224; l'heure d'&#233;t&#233;, ainsi que la pr&#233;sence ou non de siestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le cas particulier de la d&#233;pression d'hiver, CHRONO SleepWell&#174; calcule le moment le plus efficace, ainsi que le nombre de jours n&#233;cessaires, pour effectuer la s&#233;ance quotidienne de luminoth&#233;rapie. Et il fait de m&#234;me pour tous les autres outils de rephasage, offrant ainsi au patient le programme de chronoth&#233;rapie le plus complet possible.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Voici le vent cornant Novembre, ?
&lt;p&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui se d&#233;chire et se d&#233;membre, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent sauvage de Novembre.?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ?Le vent rafle, le long de l'eau, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les feuilles mortes des bouleaux, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent mord dans les branches, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et peigne, au loin, les avalanches,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent sauvage de Novembre.? ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur sa butte de gazon bistre, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moulin noir fauche, sinistre, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moulin noir fauche le vent, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent sauvage de Novembre.?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avez-vous rencontr&#233; le vent, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au carrefour des trois cents routes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Criant de froid, soufflant d'ahan, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avez-vous rencontr&#233; le vent, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui des peurs et des d&#233;routes ; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avez-vous vu, cette nuit-l&#224;, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il jeta la lune &#224; bas,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que, n'en pouvant plus, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les villages vermoulus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Criaient, comme des b&#234;tes, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la temp&#234;te ?? ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le vent hurlant, ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le vent cornant Novembre.&lt;/p&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Extraits du po&#232;me &lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt;, d'Emile Verhaeren&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Th&#233;rapie br&#232;ve de l'insomnie</title>
		<link>https://rolandpec.org/Therapie-breve-de-l-insomnie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://rolandpec.org/Therapie-breve-de-l-insomnie.html</guid>
		<dc:date>2010-04-02T07:59:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Roland Pec &lt;br class='autobr' /&gt; Trois questions &lt;br class='autobr' /&gt;
Les diverses interventions psychoth&#233;rapeutiques pouvant &#234;tre propos&#233;es pour une insomnie d&#233;pendent essentiellement, &#224; mon avis, des questions que se pose le clinicien. Et non pas des indications proprement dites ! Ces questions sont fondamentalement au nombre de trois : pourquoi l'insomnie est-elle apparue, pour quoi (faire) se poursuit-elle et comment se maintient-elle ? En fonction de la sensibilit&#233; du praticien, de ses paradigmes th&#233;oriques, de ses formations, il (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Somno-.html" rel="directory"&gt;Articles Somno&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Pec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_127 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L259xH227/therapie-breve-c42bf.jpg?1698787640' width='259' height='227' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Trois questions &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les diverses interventions psychoth&#233;rapeutiques pouvant &#234;tre propos&#233;es pour une insomnie d&#233;pendent essentiellement, &#224; mon avis, des questions que se pose le clinicien. Et non pas des indications proprement dites ! Ces questions sont fondamentalement au nombre de trois : &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; l'insomnie est-elle apparue, &lt;i&gt;pour quoi &lt;/i&gt; (faire) se poursuit-elle et &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; se maintient-elle ? En fonction de la sensibilit&#233; du praticien, de ses paradigmes th&#233;oriques, de ses formations, il va privil&#233;gier un certain type de question et, par cons&#233;quent, d'intervention. Toujours, il se posera le type de question qui lui permet au mieux de donner sens &#224; la situation donn&#233;e. Et l'intervention qui en d&#233;coule sera toujours celle avec laquelle il se sent le plus &#224; l'aise. Plut&#244;t que de l'indication d'un traitement pour une pathologie, c'est donc bien d'une ad&#233;quation entre un mod&#232;le et un clinicien dont il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par exemple, il est essentiellement pr&#233;occup&#233; par le &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; - et apr&#232;s avoir &#233;cart&#233; d'&#233;ventuelles causes sous-jacentes (&#224; l'aide de la polysomnographie) - il cherchera l'existence d'un &#233;v&#233;nement d&#233;clencheur (ou r&#233;activateur). Et s'il le trouve, il pourra alors proposer une psychoth&#233;rapie de type herm&#233;neutique, qui encouragera le patient &#224; donner du sens &#224; son trouble (th&#233;rapies d'inspiration analytique, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le clinicien est davantage vers&#233; dans le &lt;i&gt;pour quoi&lt;/i&gt;, il se mettra &#224; la recherche des b&#233;n&#233;fices psychologiques (inconscients) de l'insomnie. Expression d'une loyaut&#233; ou d'une r&#233;bellion familiale, protestation contre l'&#233;quation soci&#233;tale m&#233;tro-boulot-dodo, &#233;vitement phobique (d'&#233;v&#233;nements nocturnes ou diurnes), surveillance protectrice tant de soi-m&#234;me que de ceux dont on pense avoir la garde&#8230;, l'insomnie peut remplir de multiples fonctions. Une fois l'avantage de l'insomnie d&#233;gag&#233;, le clinicien sera en mesure de proposer une th&#233;rapie de substitution, laquelle consistera &#224; identifier un rempla&#231;ant - moins co&#251;teux - pour la fonction remplie par l'insomnie (th&#233;rapies syst&#233;miques fonctionnalistes, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, s'il est surtout int&#233;ress&#233; par le &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt;, le th&#233;rapeute partira &#224; la recherche des cercles vicieux (boucles de r&#233;tro-action) qui nourrissent, entretiennent et amplifient l'insomnie. Quelle que soit son origine, une insomnie qui s'est chronicis&#233;e tourne toute seule. Lorsqu'elle se r&#233;duit toute enti&#232;re &#224; ces cercles vicieux, on l'appelle alors &#171; insomnie psychophysiologique &#187; ou encore &#171; insomnie de conditionnement &#187;. La notion de cercle vicieux implique celle de causalit&#233; circulaire. En voici le m&#233;canisme : une cause (le plus souvent transitoire) a d&#233;clench&#233; nagu&#232;re l'insomnie ; des efforts pour mieux dormir sont fournis ; ces efforts nourrissent l'insomnie en retour. Une insomnie chronique s'auto-entretient ainsi par les efforts fournis par le sujet pour essayer de mieux dormir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du comment, tr&#232;s productive, fait le lit de la plupart des techniques utilis&#233;es pour traiter l'insomnie. Ces techniques cherchent toutes &#224; transformer le cercle vicieux en cercle vertueux (en remontant la spirale). On retrouve parmi elles l'hypnose ericksonienne, les th&#233;rapies cognitives et comportementales, la chronoth&#233;rapie, les relaxoth&#233;rapies, le biofeedback, etc. Ayant &#233;t&#233; form&#233; au Mental Research Institut (MRI) de Palo Alto (Californie), j'ai pour ma part tent&#233; d'adapter et syst&#233;matiser le mod&#232;le de th&#233;rapie br&#232;ve &#224; l'insomnie. La th&#233;rapie br&#232;ve est une extension de la th&#233;rapie syst&#233;mique strat&#233;gique, extension dite &#171; axiomatique &#187;, puisque le sympt&#244;me est con&#231;u comme n'ayant ni sens ni fonction. Le caract&#232;re &#171; bref &#187; de cette th&#233;rapie &#233;tait essentiellement li&#233; au contexte historique. Aujourd'hui, cet aspect fait presque figure d'&#233;piph&#233;nom&#232;ne, certes int&#233;ressant, mais l'essentiel est ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La th&#233;rapie br&#232;ve de Palo Alto &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1967, les chercheurs du MRI ont formalis&#233; une th&#233;orie selon laquelle les &#171; tentatives de solution &#187; constituent la cause de la plupart des probl&#232;mes psychologiques. Lorsque la &#171; solution &#187; consiste &#224; essayer de provoquer volontairement un comportement par nature spontan&#233;, ce comportement est rendu impossible. Il en est du sommeil comme de la faim, du rire, de l'amour, de l'excitation sexuelle, de l'orgasme, etc. C'est en s'adressant &#224; soi-m&#234;me une injonction paradoxale de type &#171; dort spontan&#233;ment ! &#187; que l'on devient donc insomniaque. Et cette attitude est g&#233;n&#233;ralement dict&#233;e par un niveau d'expectation trop &#233;lev&#233; quant aux &#171; performances &#187; &#224; accomplir, le fameux syndrome d'utopie d&#233;crit par l'&#233;cole de Palo Alto [1,2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En agissant de la sorte, le sujet se pi&#232;ge lui-m&#234;me dans un paradoxe comportemental. En se for&#231;ant &#224; dormir, l'insomniaque amplifie toute une s&#233;rie de boucles de r&#233;troaction (feed back) : augmentation de la tension mentale et physique, association stimuli du sommeil/insomnie, d&#233;structuration du rythme circadien veille/sommeil, d&#233;veloppement d'une phobie du sommeil, survenue de sentiments d'impuissance et d'&#233;chec&#8230; Confront&#233; &#224; de telles insomnies, le th&#233;rapeute travaillant dans l'optique strat&#233;gique de Palo Alto va tenter d'amener le patient &#224; cesser de se forcer &#224; dormir [3].&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Traiter l'insomnie par le contre-paradoxe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour faire en sorte que quelqu'un cesse d'effectuer un certain comportement, le mieux est de lui prescrire un comportement nouveau. Ce sont les comportements diam&#233;tralement oppos&#233;s &#224; ceux qui ont cr&#233;&#233; et maintenu l'insomnie qui seront les plus efficaces. Au MRI, on appelle cela le retournement &#224; 180 &#176;. On oppose ainsi au paradoxe pathog&#232;ne : &#171; force-toi &#224; dormir ! &#187; un contre-paradoxe th&#233;rapeutique : &#171; force-toi &#224; ne pas dormir ! &#187; ! A Palo Alto, on parle g&#233;n&#233;ralement de prescription paradoxale ou de prescription de sympt&#244;me. Les somnologues, quant &#224; eux, parlent plus volontiers d'intention paradoxale, &#224; la suite du psychanalyste Victor Frenkl [4]. Je choisis pour ma part l'heureux terme de contre-paradoxe, introduit par Mara Selvini en th&#233;rapie familiale [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au paradoxe pathog&#232;ne, l'individu est toujours perdant. Face &#224; celui du contre-paradoxe th&#233;rapeutique, il est toujours gagnant. En effet, s'il ne parvient pas &#224; ne pas dormir, il est donc gu&#233;ri de son insomnie ! Et s'il parvient &#224; ne pas dormir, c'est qu'il a donc &#233;t&#233; capable de suivre l'injonction du th&#233;rapeute. Ce qui pr&#233;suppose qu'il peut prendre du contr&#244;le sur un sympt&#244;me qu'il croyait incontr&#244;lable, et sugg&#232;re ainsi que le probl&#232;me - qui &#233;tait en apparence inchangeable - peut donc &#234;tre chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Proc&#233;dure&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques prescriptions contre-paradoxales, sp&#233;cialement invent&#233;es pour traiter l'insomnie. S'efforcer par tous les moyens de dormir encore moins que d'habitude. Lire le bottin t&#233;l&#233;phonique jusqu'&#224; trois heures du matin. Essayer d'entendre &#224; travers le mur ce qui se passe chez les voisins. Allumer la radio &#224; un niveau &#224; peine audible et se forcer &#224; &#233;couter et &#224; comprendre ce qui se dit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le degr&#233; d'acceptation de consignes aussi bizarres est fonction de l'ad&#233;quation de l'explication qui les encadre. Cette explication doit se conformer aux particularit&#233;s de chaque individu. Telle personne est &#171; rationnelle/obsessionnelle &#187;, l'argument : &#171; si vous parvenez &#224; aggraver votre insomnie, vous gagnez du contr&#244;le sur celle-ci &#187; donnera sens &#224; la prescription. Telle autre est &#171; intuitive/magique &#187;, la prescription aura d'autant plus d'impact qu'elle s'accompagne de cette confidence : &#171; je ne sais absolument pas pourquoi ni comment, mais je sais qu'en pareil cas cela peut parfois marcher&#8230; &#187;. Une fois donn&#233;es, ces explications doivent rendre - aux yeux du sujet - le comportement prescrit aussi adapt&#233;, sinon plus, que ceux qui variaient sur le th&#232;me commun : &#171; je dois essayer plus fort de dormir ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres interventions permettent encore de favoriser l'adh&#233;sion du patient. Il est primordial de d&#233;crisper ce denier par rapport &#224; son probl&#232;me d'insomnie. En d&#233;dramatisant les cons&#233;quences (th&#233;rapie cognitive) de l'insomnie et en lui trouvant m&#234;me quelque avantage qui ne manqueront pas d'exister (b&#233;n&#233;fices primaires et secondaires). Il faut par ailleurs pr&#234;ter attention &#224; ce que recherche le patient dans la relation th&#233;rapeutique. Cherche-t-il un expert, un juge, un magicien, un challenger ? Va-t-il essayer de s&#233;duire, de materner, de mettre en &#233;chec ? C'est en r&#233;pondant &#224; l'attente du patient, en ratifiant sa vision du monde, qu'on emportera son adh&#233;sion. Il est parfois int&#233;ressant de douter de ses capacit&#233;s &#224; r&#233;aliser la t&#226;che (afin de le mettre au d&#233;fi). Et il vaut toujours mieux sugg&#233;rer plut&#244;t qu'ordonner, favoriser l'implicite plut&#244;t que l'explicite et aller lentement en besogne (ce afin de d&#233;tourner les &#233;ventuelles r&#233;sistances). Finalement, le patient doit comprendre que les anciennes tentatives de solution n'ont pas r&#233;solu le probl&#232;me, et qu'il doit donc se r&#233;soudre &#224; faire quelque chose de diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Indication&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'ad&#233;quation entre une th&#233;rapeutique et son utilisateur me para&#238;t importer davantage que l'indication d'une technique en fonction, par exemple, d'un type d'insomnie ou d'insomniaque. La th&#233;rapie br&#232;ve s'adresse donc avant tout aux cliniciens qui ont une affinit&#233; avec celle-ci&#8230; Cependant, certains signes appellent n&#233;anmoins, plus que d'autres, cette approche. C'est le cas lorsque, spontan&#233;ment ou sur interpellation, le patient all&#232;gue d'&#233;videntes tentatives de solution. Certaines sont fr&#233;quentes &#224; nos oreilles : &#171; pour m'endormir, j'essaie de faire le vide en moi &#187;, &#171; je pense &#224; une situation agr&#233;able &#187; (ou aussi : &#171; &#224; quelque chose de r&#233;p&#233;titif &#187; - variante du comptage des moutons) ; &#171; pour trouver le sommeil, j'&#233;coute de la musique &#187;, &#171; je passe des CDs de relaxation &#187; (ou encore : &#171; je porte des lunettes d'auto-hypnose &#187;) ; &#171; apr&#232;s un r&#233;veil, je me pr&#233;pare une tisane &#187;, &#171; je prends un somnif&#232;re &#224; courte dur&#233;e d'action &#187; (ou bien : &#171; j'&#233;cris les pens&#233;es qui me trottent dans la t&#234;te &#187;)&#8230; D'autres sont &#224; ce point syst&#233;matiques, qu'on en vient &#224; les interdire dans les listes de r&#232;gles d'hygi&#232;ne de sommeil. On sait bien, par exemple, que la plupart des insomniaques regardent l'heure sur le r&#233;veille-matin lors d'un r&#233;veil nocturne. R&#233;duisant une certaine incertitude, ils pensent ainsi retrouver le sommeil plus rapidement. Ils ne font en r&#233;alit&#233; qu'installer l'insomnie, par le biais de l'accroissement de l'anxi&#233;t&#233; (une fois fix&#233; sur l'heure, la conclusion est sans appel : soit &#171; il ne me reste donc plus que &#231;a &#224; dormir ! &#187;, soit &#171; je n'ai donc dormi que &#231;a ! &#187;). Les tentatives de solution virent parfois &#224; la caricature : plus d'un patient affirme ainsi se taper r&#233;guli&#232;rement la t&#234;te contre l'oreiller au cours de la nuit ; non pas par d&#233;pit, mais pour &#171; se forcer &#224; dormir &#187; ! Sur un autre plan, un bon crit&#232;re permettant d'envisager la th&#233;rapie br&#232;ve est la personnalit&#233; du patient. Le profil r&#233;pondant probablement le mieux est marqu&#233; par le besoin de contr&#244;le, l'obsession, l'hypercognition nocturne, le perfectionnisme, la recherche de performance, le refus du conflit - et l'agressivit&#233; rentr&#233;e cons&#233;cutive (incidemment, cet ensemble de traits correspond tr&#232;s exactement &#224; la &#171; personnalit&#233; insomniaque &#187; de Gaillard) [6]. Avec un tel profil, le patient prend volontiers le chemin de la gu&#233;rison, en utilisant ses ressources naturelles afin de faire &#233;chouer l'injonction paradoxale du th&#233;rapeute - qui est de ne pas dormir ! Enfin, une id&#233;e re&#231;ue en somnologie affirme que &#171; l'intention paradoxale &#187; est essentiellement recommand&#233;e pour les insomnies d'initiation, et qu'on ne peut d&#232;s lors pas g&#233;n&#233;raliser son application aux insomnies de maintien ou mixtes. Dans ma pratique, cela ne se v&#233;rifie vraiment pas. Et on trouve d'ailleurs, dans la litt&#233;rature r&#233;cente, des &#233;tudes pla&#231;ant l'intention paradoxale parmi les cinq traitements non pharmacologiques ayant prouv&#233;, en monoth&#233;rapie, leur efficacit&#233; dans le cadre de l'insomnie chronique en g&#233;n&#233;ral [7,8]. L'anxi&#233;t&#233; de performance est exactement la m&#234;me, qu'il s'agisse du primo-endormissement ou des r&#233;-endormissements ult&#233;rieurs. Elle aurait m&#234;me plut&#244;t tendance &#224; augmenter : plus la nuit avance, plus le patient se pr&#233;occupe en effet des probables r&#233;percussions de son insomnie sur la journ&#233;e du lendemain. En outre, la personnalit&#233; ne change &#233;videmment pas au cours de la nuit. Ainsi donc, apr&#232;s un &#233;veil persomnique, le processus pathog&#232;ne reste strictement identique &#224; celui du d&#233;but de nuit : le patient amplifie, malgr&#233; lui, une s&#233;rie de feed back n&#233;gatifs, en se for&#231;ant &#224; dormir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Conclusion &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il ne vous aura probablement pas &#233;chapp&#233; que les techniques cognitivo-comportementales (TCC) les plus souvent utilis&#233;es s'inscrivent dans la m&#234;me perspective que celle du contre-paradoxe. En effet, le contr&#244;le du stimulus, la privation du temps de lit et les r&#232;gles d'hygi&#232;ne de sommeil (approche comportementaliste), la correction des mauvaises attributions du sommeil (approche cognitiviste) et, enfin, le sevrage des benzodiaz&#233;pines, visent &#233;galement - de mani&#232;re implicite - l'abandon des tentatives d&#233;lib&#233;r&#233;es du patient pour dormir plus et mieux. Certains auteurs envisagent d'ailleurs parfois le contre-paradoxe comme une forme parmi d'autres de th&#233;rapie cognitive [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les moyens mis en &#339;uvre pour parvenir &#224; cet abandon sont en r&#233;alit&#233; fort diff&#233;rents. Etant &#171; strat&#233;gique &#187;, la th&#233;rapie br&#232;ve tente essentiellement de r&#233;pondre &#224; cette question : comment amener un patient &#224; faire le contraire de ce que le bon sens lui a dict&#233; jusqu'ici ? Comment le convaincre de faire quelque chose d'aussi absurde que d'essayer de dormir moins et plus mal ? Pour y parvenir, le th&#233;rapeute doit rev&#234;tir l'habit de l'acteur, voire m&#234;me du vendeur : tout sera dans l'art de la persuasion et de la dialectique. Il doit &#233;galement pouvoir se transformer en bon judoka : c'est &#224; dire &#234;tre en mesure de retourner &#224; son avantage (qui est celui de la gu&#233;rison), les in&#233;vitables r&#233;sistances oppos&#233;es par le patient. C'est pourquoi la th&#233;rapie br&#232;ve s'accomplit en deux temps. Lors du premier - le plus long et le plus difficile - le th&#233;rapeute se forge une id&#233;e aussi pr&#233;cise que possible de la &#171; position &#187; de son patient : quelle est sa personnalit&#233;, ses principales valeurs, sa vision du monde et, notamment, sa compr&#233;hension de l'insomnie dont il souffre ? Le second temps est celui de l'intervention contre-paradoxale proprement dite, d&#232;s lors que celle-ci peut s'&#233;noncer dans le langage du patient [10,11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette personnalisation de l'intervention que je trouve s&#233;duisante dans la th&#233;rapie br&#232;ve. Ce c&#244;t&#233; &#171; sur-mesure &#187;, qui me semble davantage au c&#339;ur du processus th&#233;rapeutique que dans d'autres mod&#232;les. La pr&#233;sente communication ne repose pas sur des donn&#233;es exp&#233;rimentales, mais bien sur un travail clinique men&#233; au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es aupr&#232;s de tr&#232;s nombreux patients insomniaques. Je ne peux par cons&#233;quent pas communiquer de chiffres relatifs &#224; l'utilisation ou &#224; l'efficacit&#233; de la th&#233;rapie br&#232;ve dans ma pratique. Ce que je peux n&#233;anmoins transmettre, c'est que, dans mon exp&#233;rience, celle d'un praticien s'&#233;tant trouv&#233; de grandes affinit&#233;s avec l'approche de Palo Alto, cette derni&#232;re s'est souvent av&#233;r&#233;e efficace avec les insomniaques venant me consulter, de quelque type qu'ils fussent.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]	Weakland J, Fisch R, Watzlawick P, Bodin M. Brief therapy : focused problem r&#233;solution. Family Process 1974 ; 13 (2) :141-168.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]	Watzlawick P, Weakland J, Fisch R. Changements, paradoxes et psychoth&#233;rapie. Points, 27 rue Jacob Paris 75006 ; 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3]	Fisch R, Weakland J, Segal L. Tactiques du changement. Seuil, 27 rue Jacob Paris 75006 ; 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]	Morin C. Insomnia, psychological assessment and management. Guilford, 75 Spring Street New York, NY ; 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5]	Selvini Palazzoli M, Boscolo L, Cecchin G, Prata G. Paradoxe et contre-paradoxe. ESF, 17 rue Vi&#232;te Paris 75017 ; 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6]	Gaillard J M. Le sommeil. Ses m&#233;canismes et ses troubles. Payot, 106 boulevard Saint-Germain Paris 75006 ; 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7]	Morgenthaler T et al. Practice parameters for the psychological and behavioral treatment of insomnia : an update. An american academy of sleep medicine report. Sleep 2006 ;29(11):1415-9 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8]	Morin C M et al. Psyhological and behavioral treatment of insomnia : update of the r&#233;cent &#233;vidence (1998-2004). Sleep 2006 ;29(11):1398-414.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9]	Harsora P et al. Nonpharmacologic management of chronic insomnia. Am. Fam. Physician 2009 ;79(2):125-30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10]	Hauri P, Linde S. No more sleepless nights. Wiley, 605 Third Avenue New York NY ; 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11]	Espie C. Le traitement psychologique de l'insomnie. Margada, 12 rue Saint-Vincent nLi&#232;ge 4020 ; 1994.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#234;ver sur les r&#234;ves</title>
		<link>https://rolandpec.org/Rever-sur-les-reves.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://rolandpec.org/Rever-sur-les-reves.html</guid>
		<dc:date>2010-04-02T07:58:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Roland Pec &lt;br class='autobr' /&gt; Note pr&#233;liminaire &lt;br class='autobr' /&gt;
En 2009, le petit monde de la somnologie a f&#234;t&#233; un jubil&#233;. Celui qui comm&#233;more la d&#233;couverte du sommeil paradoxal, r&#233;alis&#233;e en 1959 donc, par Michel Jouvet, &#224; Lyon. Or, il existe un lien tr&#232;s &#233;troit entre le paradoxal et le r&#234;ve. J'y ai naturellement vu une excellente occasion de proc&#233;der &#224; un &#171; State of the Art &#187; du savoir onirique. Ce jubil&#233; est par ailleurs quelque peu &#233;trange. En effet, dans un dossier sur le sommeil dat&#233; de 2003, j'annon&#231;ais en fanfare les cinquante ans (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Somno-.html" rel="directory"&gt;Articles Somno&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Pec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_131 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L340xH227/Rever-2-1cb42.jpg?1698810115' width='340' height='227' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Note pr&#233;liminaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 2009, le petit monde de la somnologie a f&#234;t&#233; un jubil&#233;. Celui qui comm&#233;more la d&#233;couverte du sommeil paradoxal, r&#233;alis&#233;e en 1959 donc, par Michel Jouvet, &#224; Lyon. Or, il existe un lien tr&#232;s &#233;troit entre le paradoxal et le r&#234;ve. J'y ai naturellement vu une excellente occasion de proc&#233;der &#224; un &#171; State of the Art &#187; du savoir onirique. Ce jubil&#233; est par ailleurs quelque peu &#233;trange. En effet, dans un dossier sur le sommeil dat&#233; de 2003, j'annon&#231;ais en fanfare les cinquante ans de la d&#233;couverte du REM sleep, par Azerinsky et Kleitman, &#224; Chicago. Or, sommeil REM et sommeil paradoxal, c'est bonnet blanc et blanc bonnet ! L'unique diff&#233;rence tenait en v&#233;rit&#233; &#224; l'angle d'approche du probl&#232;me... Cette bataille d'egos nous vaut donc de f&#234;ter par deux fois le m&#234;me anniversaire. Mais revenons-en aux r&#234;ves. En cette mati&#232;re (comme en beaucoup d'autres d'ailleurs), la science montre rapidement ses limites. Et force est d'admettre que ce sont essentiellement des croyances, des th&#233;ories, que je vais exposer ici. M&#234;me si certaines croyances sont un petit peu plus scientifiques que d'autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Petit panorama des th&#233;ories sur le r&#234;ve &#224; travers les &#226;ges &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On peut affirmer sans trop s'avancer que le r&#234;ve intrigue l'homme depuis toujours. Les peintures rupestres en attestent. Elles montrent que l'homme de Cr&#244; Magnon (premier sp&#233;cimen europ&#233;en d'Homo Sapiens Sapiens, c.-&#224;-d. nous), vieux de trente mille ans, s'int&#233;ressait d&#233;j&#224; &#224; ses r&#234;ves, et &#233;prouvait le besoin de les raconter aux autres. De nombreuses sc&#232;nes de chasse figurent, en effet, selon les pal&#233;ontologues, davantage un r&#234;ve que des faits s'&#233;tant r&#233;ellement produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ancien Testament (&#233;crit, comme on le sait, il y a environ trois mille ans) fait le distingo entre les dormeurs et les r&#234;veurs. Les dormeurs (lorsqu'ils sont enfouis dans la &#171; torpeur &#187; - un sommeil tr&#232;s profond, dans son acception biblique) voient et font alliance avec dieu. Directement. C'est le cas notamment pour Adam, Abraham, Judith, etc. Les r&#234;veurs, quant &#224; eux, n'ont pas le privil&#232;ge de rencontrer dieu, ils doivent se contenter de traiter avec ses messagers. Le premier r&#234;veur &#224; &#234;tre cit&#233; dans la bible est Abimelekh - un roi philistin - qui, dans un r&#234;ve, se fait intimer l'ordre, par un ange, de renoncer &#224; Sarah, la femme d'Abraham. Ordre qu'il suivra &#224; la lettre (fort heureusement pour lui). Ensuite, il y a Jacob, avec sa c&#233;l&#232;bre &#233;chelle. Puis Joseph, le r&#234;veur biblique n&#176; 1, avec, entre autres, ses vaches et ses &#233;pis de bl&#233;. Le dernier de la liste est Eliphaz de Teman - un des trois amis de Job - qui fait un r&#234;ve dit &#171; furtif &#187;. D'une part, le r&#234;ve biblique place donc l'homme dans le monde interm&#233;diaire de l'arm&#233;e des anges. Et, d'autre part, le r&#234;ve s'av&#232;re &#234;tre une proph&#233;tie. Par exemple, Nabuchodonosor - roi de Babylone - apprend sa chute future au travers d'un r&#234;ve mettant en sc&#232;ne un g&#233;ant aux pieds d'argile (miroir de lui-m&#234;me). Pour la bible, sommeil comme r&#234;ve constituent donc le temps de la rencontre entre l'homme et la transcendance, canal unique de communication entre le dessus et le dessous. Mo&#239;se seul fait exception, puisqu'il a l'insigne honneur de voir dieu &#224; l'&#233;tat vigile. Mais sans doute &#233;tait-il d&#233;j&#224; lui-m&#234;me un ange&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'hindouisme, Brahm&#226; a cr&#233;&#233; le monde dans son sommeil - au cours d'un r&#234;ve - couch&#233; sur un serpent. Et il en est exactement de m&#234;me pour le dieu scandinave Ymir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les Grecs antiques, Oneiros (dieu des r&#234;ves, fils d'Hypnos) visitait le dormeur et lui transmettait un oracle. Un Grec ne faisait donc pas un r&#234;ve (comme on dit en fran&#231;ais, &#034;Faisons un r&#234;ve&#034; disait Sacha Guitry), n'avait pas un r&#234;ve (comme on dit en anglais, &#034;I have a dream&#034; disait Martin L. King), il voyait tout simplement Oneiros. Le r&#234;ve se poursuivait par l'entr&#233;e en sc&#232;ne de Morph&#233;e, &#233;galement fils d'Hypnos (dieu du sommeil), qui prenait successivement la forme des diverss personnages venant se montrer au dormeur au cours du r&#234;ve (tout en agitant sous son nez une fleur de pavot, propice aux hallucinations visuelles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, pour les Grecs antiques comme pour les r&#233;dacteurs de la bible, le dormeur re&#231;oit de la visite, le r&#234;ve est le r&#233;cit de cette rencontre, et la rencontre a lieu &#224; domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les textes hom&#233;riques, les r&#234;ves sont pareillement con&#231;us comme des oracles. S'ils passent par la porte de corne, ils sont vrais et laissent en nous - au r&#233;veil - la conviction qu'il faut en tenir compte. Si, par contre, ils passent par la porte d'ivoire, ils sont faux et il ne faut pas y pr&#234;ter attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au VI&#232;me si&#232;cle avant J.-C., appara&#238;t l'Orphisme, un mouvement mystrique grecque qui introduit la notion de s&#233;parabilit&#233; du corps et de l'esprit (l'&#226;me se r&#233;incarne de nombreuses fois, avant de rejoindre dieu). Le r&#234;ve devient &#224; partir de ce moment-l&#224; l'&#226;me du dormeur qui quitte son corps et s'envole pendant son sommeil. Le r&#234;ve comme r&#233;cit de voyage &#233;tait n&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart des soci&#233;t&#233;s traditionnelles (les soci&#233;t&#233;s chamaniques de Sib&#233;rie et d'Oc&#233;anie, par exemple), c'est toujours la m&#234;me chose : l'&#226;me du dormeur quitte l'enveloppe charnelle et s'en va rendre des visites. Cette &#226;me part vers d'autres contr&#233;es, vers le monde des anc&#234;tres, des morts, des dieux, des d&#233;mons&#8230; Elle s'&#233;vade, part vagabonder, et le r&#234;ve raconte ce p&#233;riple. Si le dormeur est malencontreusement r&#233;veill&#233; &#224; cet instant pr&#233;cis, l'&#226;me risque d'errer &#224; tout jamais ! D'o&#249;, par cons&#233;quent, les pratiques assez r&#233;pandues d'occlusion de la bouche et des oreilles pendant le sommeil (pour retenir l'&#226;me) ; ou encore l'interdiction de changer la position d'un dormeur, de peur que l'&#226;me ne reconnaisse plus son enveloppe charnelle au retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, qu'il s'agisse de la conception biblique, de celle des soci&#233;t&#233;s antiques ou de celle des soci&#233;t&#233;s traditionnelles (ou encore de celle de l'&#233;norme contingent de personnes superstitieuses vivant toujours dans notre propre soci&#233;t&#233;), le monde invisible d'o&#249; proviennent les r&#234;ves est surnaturel et ext&#233;rieur au dormeur. Soit ce dernier re&#231;oit une visite, soit il en rend une. Et puis, ces r&#234;ves ont pour fonction d'annoncer l'avenir. Il est int&#233;ressant de constater que pour le mod&#232;le scientifique, aujourd'hui pr&#233;gnant en Occident, c'est exactement l'inverse ! En effet, selon ce mod&#232;le, le monde invisible - et fort naturel - qui exp&#233;die les r&#234;ves, est log&#233; &#224; l'int&#233;rieur de nous-m&#234;mes (c'est &#171; l'inconscient &#187; pour la psychanalyse ou &#171; le cerveau &#187; pour la neurobiologie). Et si d'aventure le r&#234;ve renseigne sur quelque chose, c'est forc&#233;ment sur le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe de par le monde des populations qui vivent litt&#233;ralement pour r&#234;ver. On les appelle les &#171; dream cultures &#187;. Les Seno&#239;s de Malaisie, une peuplade d'une vingtaine de milliers d'aborig&#232;nes (disparue dans les ann&#233;es septante, du fait de la d&#233;forestation), fut probablement la plus &#233;tudi&#233;e d'entre elles (par Patricia Garfield notamment). Les Seno&#239;s apprenaient &#224; se souvenir de leurs r&#234;ves et &#224; favoriser les r&#234;ves lucides - des r&#234;ves dans lesquels le sujet sait qu'il r&#234;ve, et qu'il peut orienter &#224; sa guise (affronter et vaincre, recevoir des cadeaux, se faire guider, prendre du plaisir&#8230;). Une journ&#233;e-type d'un S&#233;no&#239; &#233;tait litt&#233;ralement structur&#233;e par les r&#234;ves. Le matin on racontait les r&#234;ves en famille, l'apr&#232;s-midi en groupe (en pr&#233;sence de l'homme-m&#233;decine) et le reste de la journ&#233;e &#233;tait consacr&#233; &#224; leur interpr&#233;tation et aux actions qui en d&#233;coulent. Ce peuple a fortement questionn&#233; les scientifiques, car il se d&#233;marquait par une absence de n&#233;vrose, de psychose, de criminalit&#233; et de volont&#233; guerri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre en accord avec ses r&#234;ves serait-il un gage de meilleure sant&#233; mentale, ainsi qu'un outil de coh&#233;sion sociale ? C'est en tout cas l'avis du psychologue Stewart, qui a syst&#233;matis&#233; ces techniques en th&#233;rapie. Il faut n&#233;anmoins noter que les travaux de Garfield et de Stewart semblent actuellement &#234;tre remis en cause. La validit&#233; de leurs donn&#233;es est par cons&#233;quent sujette &#224; caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, un Indien d'Am&#233;rique du Nord qui r&#234;vait qu'il avait &#233;t&#233; mordu par un serpent, se soignait imm&#233;diatement &#224; son r&#233;veil : pour lui, le r&#234;ve ne s'opposait absolument pas &#224; la r&#233;alit&#233;. La culture am&#233;rindienne adh&#232;re le plus souvent &#224; la th&#233;orie du monde ext&#233;rieur. Ainsi, le &#171; capteur de r&#234;ves &#187;, suspendu au-dessus de la couche (du papoose essentiellement), a pour fonction d'attirer les bons r&#234;ves vers le dormeur (gr&#226;ce notamment &#224; une pierre plac&#233;e en son centre), et de prot&#233;ger le dormeur des mauvais r&#234;ves en les retenant dans sa toile. La culture guat&#233;malt&#232;que est l'une des exceptions &#224; la r&#232;gle. Avant d'aller se coucher, les enfants sont invit&#233;s &#224; placer sous l'oreiller une s&#233;rie de petites poup&#233;es de chiffon auxquelles ils auront pris soin de confier leurs soucis (un souci par poup&#233;e). Conservant les soucis pour elles, les poup&#233;es pr&#233;servent ainsi les enfants des cauchemars. Ici, la th&#233;orie sous-jacente du r&#234;ve est donc bien, comme la notre, celle du monde int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVII&#232;me si&#232;cle, Descartes d&#233;fend une conception &#171; hydraulique &#187; du r&#234;ve, th&#233;orie qui n'est pas tr&#232;s &#233;loign&#233;e de celle des &#171; humeurs &#187; formul&#233;e par Hippocrate au V&#232;me si&#232;cle avant J.-C. Alors qu'il pense que l'&#233;veil provient de la bonne humectation du cerveau (et le sommeil de sa dessiccation), il d&#233;crit le r&#234;ve comme un produit de la semi-humectation du cerveau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1861, Alfred Maury, un esprit encyclop&#233;dique de son temps, fait un r&#234;ve : &#171; Je r&#234;ve de la terreur ; j'assiste &#224; des sc&#232;nes de massacre, je comparais devant le tribunal r&#233;volutionnaire, je vois Robespierre, Marat, toutes les plus vilaines figures de cette &#233;poque terrible ; je discute avec eux ; enfin, apr&#232;s bien des &#233;v&#232;nements, je suis jug&#233;, condamn&#233; &#224; mort, conduit en charrette sur la place ; je monte sur l'&#233;chafaud, l'ex&#233;cuteur me lie sur la planche fatale, il la fait basculer, le couperet tombe ; je sens ma t&#234;te se s&#233;parer de mon tronc ; je m'&#233;veille en proie &#224; la plus vive angoisse ; et je sens sur le cou la fl&#232;che de mon lit &#224; baldaquin qui s'&#233;tait subitement d&#233;tach&#233;e, et &#233;tait tomb&#233;e sur mes vert&#232;bres, &#224; la fa&#231;on du couteau d'une guillotine. &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, il &#233;crit &#171; Le sommeil et les r&#234;ves &#187;, ouvrage dans lequel il pr&#233;sente sa th&#233;orie : le r&#234;ve est le r&#233;sultat d'une r&#233;action mentale &#224; un stimulus, stimulus interne (un organe qui se manifeste) ou externe (une porte qui claque, par exemple). C'est ce qu'il appelle l'hypoth&#232;se r&#233;actionnelle. Le livre relate les multiples exp&#233;riences de stimulation sensorielle qu'il a men&#233;es durant le sommeil de ses sujets. Il s'est ainsi mis &#224; chatouiller leurs pieds avec une plume, &#224; les br&#251;ler l&#233;g&#232;rement avec une bougie, &#224; passer une fiole de parfum sous leur nez, etc., cherchant ainsi &#224; confirmer sa th&#233;orie. En examinant bien la chronologie des faits rapport&#233;e par Maury, la somnologie actuelle a permis de comprendre que le &#171; r&#234;ve &#187; de la guillotine n'&#233;tait pas un r&#234;ve &#224; proprement parl&#233;, mais bien une hallucination hypnagogique (l'hypnagogue &#233;tant le mot scientifique pour l'endormissement), un percept li&#233; &#224; l'endormissement (le plus connu, proprioceptif celui-l&#224;, &#233;tant la sensation de tomber dans un trou sans fin). D'ailleurs, selon l'expression de Rechtschaffen, le r&#234;ve est en r&#233;alit&#233; un processus &#171; monomaniaque &#187; - c'est &#224; dire que, sous influence, il ne d&#233;vie que tr&#232;s peu de sa route propre. Dement a par ailleurs refait les exp&#233;riences de Maury dans les ann&#233;es '50 et '60 : les stimuli pouvaient parfois en effet &#234;tre int&#233;gr&#233;s dans le r&#234;ve, mais ils ne cr&#233;aient jamais l'intrigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;saventure du lit &#224; baldaquin reste n&#233;anmoins importante, car elle implique une seconde hypoth&#232;se, sans doute plus int&#233;ressante, d&#233;duite de la premi&#232;re : l'hypoth&#232;se hypnopompique. Puisque le r&#234;ve survient suite &#224; une douleur qui conduit &#224; un r&#233;veil, ce doit donc &#234;tre le r&#233;veil qui provoque - en une fraction de seconde - le r&#234;ve (l'hypnopompe &#233;tant le mot scientifique pour le r&#233;veil). Cette hypoth&#232;se est toujours d'actualit&#233;, et donne encore lieu &#224; des &#233;tudes (nous en reparlerons plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La somnologie a &#233;galement mis fin &#224; la mythologie du r&#234;ve comme source d'inspiration. Par exemple, en 1890, le chimiste Kekule &#233;tait convaincu de devoir l'intuition de la structure cyclique du benz&#232;ne &#224; un r&#234;ve qui lui &#233;tait venu durant la nuit, celui d'un serpent qui se mord la queue. En r&#233;alit&#233;, il s'agissait &#224; nouveau d'une hallucination hypnagogique. Et il est av&#233;r&#233; par ailleurs que le fameux &#171; r&#234;ve &#187; qui inspira &#224; Stevenson l'intrigue de &#171; L'&#233;trange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde &#187; n'&#233;tait en fait que les &#171; r&#234;veries &#187; d'un insomniaque !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; L'interpr&#233;tation des r&#234;ves &#187;, son ouvrage-cl&#233; datant de 1900, Freud d&#233;crit le r&#234;ve comme &#233;tant le produit d'une satisfaction hallucinatoire des d&#233;sirs interdits (et donc inconscients). Ces d&#233;sirs remontent &#224; la conscience durant le sommeil - par l'affaiblissement des d&#233;fenses psychologiques (essentiellement le refoulement). Sans les r&#234;ves, ces d&#233;sirs risqueraient de r&#233;veiller le dormeur pour qu'il les assouvissent (pour Freud, il est surtout question des d&#233;sirs sexuels infantiles). Le r&#234;ve est donc une &#171; formation de compromis &#187;, le r&#233;sultat d'une n&#233;gociation, entre la pouss&#233;e de l'inconscient (qui fournit &#171; le contenu latent &#187; du r&#234;ve) et la gouvernance du conscient (qui en cr&#233;e &#171; le contenu manifeste &#187;). Gr&#226;ce &#224; l'analyse du contenu manifeste, qui permet l'&#233;lucidation du contenu latent, &#171; le r&#234;ve est la voie royale qui conduit &#224; l'inconscient &#187; et, &#224; ce titre, le principal objet de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jung, qui s'est dissoci&#233; de Freud &#224; partir d'un certain point, le r&#234;ve &#233;mane &#233;galement de l'inconscient. Mais pour lui, l'inconscient est largement collectif, il se compose notamment de symboles universels - les &#171; arch&#233;types &#187;. Ainsi donc, alors que Freud avait mis fin &#224; l'analyse imm&#233;moriale des r&#234;ves par le d&#233;codage de symboles, Jung y revient pour sa part dans un second temps. En outre, Jung pensait que les d&#233;sirs qui sont &#224; l'origine des r&#234;ves peuvent &#234;tre de tout ordre, et non pas seulement sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Le sommeil paradoxal (REM sleep)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le sommeil paradoxal fut d&#233;couvert en 1953, &#224; Chicago - par Azerinsky et Kleitman (on l'a vu, sous le nom de &#171; REM sleep &#187;), et en 1959, &#224; Lyon - par Jouvet. Cette d&#233;couverte est &#224; ce point importante, qu'elle a permis de formaliser la premi&#232;re th&#233;orie valable sur le sommeil (th&#233;orie dite &#171; active &#187;). Entra&#238;nant d&#232;s lors avec elle la naissance de la somnologie, la science qui &#233;tudie le sommeil. Le sommeil paradoxal repr&#233;sente environ un quart du temps de sommeil. Il se r&#233;partit en courtes p&#233;riodes it&#233;ratives de 10 &#224; 30 minutes. A proprement parler, le sommeil paradoxal n'est pas du sommeil, ni de l'&#233;veil d'ailleurs. C'est un troisi&#232;me &#233;tat de vigilance qui, dans l'&#233;volution des esp&#232;ces, est apparu avec les oiseaux (c'est &#224; dire avec l'hom&#233;othermie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le train est une bonne m&#233;taphore du sommeil. Si les wagons repr&#233;sentent les quatre &#224; six p&#233;riodes de sommeil orthodoxe, le sommeil paradoxal constitue quant &#224; lui les passerelles qui relient les wagons entre eux. Et les wagons &#224; l'arri&#232;re &#233;tant plus petits qu'&#224; l'avant, le paradoxal en profite pour occuper davantage de place. C'est ainsi que plus la nuit avance, plus le paradoxal est abondant. Voil&#224; pourquoi le r&#233;veil matinal a beaucoup de chances de se produire en paradoxal. L'association d'un wagon et d'une passerelle de paradoxal forme ce qu'on appelle un cycle de sommeil (lequel dure environ 90 minutes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En anglais, le sommeil paradoxal porte donc le nom de &#171; REM sleep &#187; (Rapid Eye Movement sleep). C'est du fait des mouvements oculaires rapides (MOR) (haut-bas surtout) qui abondent lors de ce stade. D'ailleurs, dans le paradoxal, tout est rapide : rythmes c&#233;r&#233;braux th&#234;ta, alpha, b&#234;ta et m&#234;me gamma (extr&#234;mement rapide) ; images foisonnant &#224; l'arri&#232;re du cortex ; membres pris de petites secousses ; tympans se mettant &#224; bouger avec f&#233;brilit&#233;, etc. Toute cette agitation contraste singuli&#232;rement avec le calme du corps. Ce dernier est en fait compl&#232;tement paralys&#233; ! Seuls certains muscles respiratoires - et oculaires bien s&#251;r - restent encore actifs. Voil&#224; le principal paradoxe du paradoxal : un cerveau en folie dans un corps abandonn&#233;&#8230; Cette atonie musculaire (li&#233;e au locus coeruleus alpha) semble jouer un r&#244;le de verrou de s&#233;curit&#233;, s&#233;lectionn&#233; au cours de l'&#233;volution, afin d'&#233;viter les comportements moteurs en rapport avec les r&#234;ves (et emp&#234;cher ainsi les blessures &#233;ventuelles cons&#233;cutives). Mais ceci n'explique probablement pas tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fonctions du sommeil paradoxal sont aussi nombreuses que controvers&#233;es. Une premi&#232;re contradiction : le paradoxal est un moment essentiel du sommeil, mais il semble qu'on puisse tr&#232;s bien s'en passer ! En voici l'exemple le plus frappant : lors de la guerre de Kippour, en 1973, un soldat isra&#233;lien a perdu d&#233;finitivement son paradoxal &#224; cause d'une blessure &#224; la t&#234;te ; aujourd'hui encore, malgr&#233; cette privation, cet avocat de Ha&#239;fa vit sans perturbations apparentes... De nombreux chercheurs pr&#234;tent n&#233;anmoins deux fonctions primordiales au sommeil paradoxal. D'une part, mettre de l'ordre dans l'esprit, notamment sur le plan de la cognition et de l'humeur (les apprentissages sont stock&#233;s, les souvenirs fix&#233;s et les pare-chocs affectifs reconstitu&#233;s). Et d'autre part, le REM aiderait notre personnalit&#233; &#224; faire des progr&#232;s - par l'exploitation des ressources profondes. D'autres voient le paradoxal comme un re-programmateur de l'identit&#233; : l'instant pr&#233;cieux d'heureuses retrouvailles avec soi-m&#234;me, apr&#232;s une longue journ&#233;e pass&#233;e &#224; jouer divers r&#244;les au contact des autres. Quoiqu'il en soit, de nombreuses questions restent sans r&#233;ponse. Pourquoi sommes-nous sexuellement excit&#233;s en paradoxal, m&#234;me en l'absence de r&#234;ve &#233;rotique ? Pourquoi redevenons-nous lors de ce stade des animaux po&#239;kilothermes (&#224; sang froid), &#224; la merci des variations ext&#233;rieures de temp&#233;rature ? Pourquoi un &#233;cureuil priv&#233; de paradoxal perd-t-il son identit&#233; d'esp&#232;ce (son instinct), et ne pense d&#232;s lors plus &#224; enterrer ses noisettes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, le r&#234;ve est &#233;troitement associ&#233; au sommeil paradoxal. Ainsi, quatre &#224; six fois par nuit, nous traversons des p&#233;riodes intenses de r&#234;ve d'une dur&#233;e de 10 &#224; 30 minutes. Un peu comme si le sommeil paradoxal nous emmenait chaque nuit au cin&#233;ma voir une s&#233;ance compl&#232;te. M&#234;me si nous avons compl&#232;tement oubli&#233; le film au r&#233;veil... Pour se souvenir d'un r&#234;ve, il faut en r&#233;alit&#233; se r&#233;veiller en plein dedans. 3 minutes apr&#232;s, le r&#234;ve est compl&#232;tement amn&#233;si&#233; ! Ceux qui gardent le souvenir d'un r&#234;ve le matin se sont donc r&#233;veill&#233;s dedans - et c'est souvent en paradoxal. Chacun peut am&#233;liorer sa m&#233;moire des r&#234;ves. Une simple autosuggestion au coucher - du type &#171; je souhaite me souvenir d'un r&#234;ve demain matin &#187; - peut d&#233;j&#224; &#234;tre d'un grand secours. Et garder un &#171; carnet de r&#234;ves &#187; &#224; port&#233;e de main permet de noter rapidement le r&#233;cit avant de l'oublier, tout en op&#233;rant de surcro&#238;t une auto-suggestion indirecte. Ou encore, changer l'heure du r&#233;veil permet de partir &#224; la recherche du sommeil paradoxal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#234;ve n'est pas limit&#233; au sommeil paradoxal. La plupart des chercheurs rejettent aujourd'hui en effet l'&#233;quation &#171; r&#234;ve = sommeil paradoxal &#187;. Ils pensent au contraire qu'on r&#234;ve dans tous les stades de sommeil (profond y compris). C'est &#224; dire tant sur les passerelles du train que dans les wagons. Et ils pensent &#233;galement (Cavallero notamment) que le contenu des r&#234;ves ne diff&#232;re pas qualitativement en fonction des stades de sommeil (plus &#034;fous&#034; en REM et plus r&#233;alistes en non-REM), contrairement &#224; ce qu'affirmait Foulkes, par exemple. Voil&#224; qui peut sembler quelque peu confus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y comprendre quelque chose, il faut veiller &#224; bien diff&#233;rencier trois niveaux de r&#233;alit&#233; : la production d'un r&#234;ve (son v&#233;cu), sa rem&#233;moration (son souvenir) et son r&#233;cit (sa narration). Il est prouv&#233; que le sommeil paradoxal est favorable aux comp&#233;tences mn&#233;siques et verbales, contrairement au sommeil orthodoxe (qui privil&#233;gie davantage les aptitudes visuo-spatiales, comme on peut le constater chez le somnambule). On peut en conclure que les r&#234;ves produits en paradoxal sont plus facilement &#171; capturables &#187; que les autres, car on s'en souvient mieux et l'on dispose de plus de mots pour en faire des r&#233;cits. Les &#233;tudes de Foulkes montrent que r&#233;veill&#233;s en paradoxal, nous avons 80 &#224; 90 chances sur 100 de nous souvenir d'un r&#234;ve et de pouvoir le raconter ; en sommeil l&#233;ger, au moins 60 chances sur 100 (alors que ce sommeil repr&#233;sente plus de la moiti&#233; du temps total de sommeil !) ; et au cours du premier sommeil profond, 20 chances sur 100. Notons &#224; cette occasion qu'on a pens&#233; pendant longtemps que les r&#234;ves du sommeil orthodoxe n'&#233;taient en fait que des r&#233;sidus de r&#234;ves produits pr&#233;c&#233;demment en sommeil paradoxal. Ceci est donc infirm&#233;, puisque des r&#234;ves pr&#233;sents lors du premier sommeil profond (qui pr&#233;c&#232;de la premi&#232;re phase de paradoxal), ne peuvent donc pas - par d&#233;finition - avoir &#233;t&#233; produits lors du REM qui pr&#233;c&#232;de !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve produit est un ensemble structur&#233; d'hallucinations multi-sensorielles (la vision, puis l'audition, &#233;tant les plus fr&#233;quentes), proc&#233;dant d'un &#233;tat modifi&#233; de la conscience. Le r&#234;veur prend toujours part &#224; l'action du sc&#233;nario. A posteriori, ce dernier appara&#238;t le plus souvent comme &#233;trange voire incoh&#233;rent. Le souvenir du r&#234;ve rel&#232;ve, lui, d'une reconstruction par la conscience vigile ; il n'est donc jamais le parfait homologue du r&#234;ve v&#233;cu. Et le r&#233;cit du r&#234;ve, quant &#224; lui, est une traduction verbale du souvenir du r&#234;ve. Toute traduction &#233;tant une trahison. En conclusion, nous ne connaissons nos r&#234;ves, malheureusement, qu'au travers d'un double filtre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que l'on a pens&#233; pendant longtemps, il n'y a aucun lien entre les mouvements oculaires et le contenu visuel onirique (les mouvements ne cr&#233;ent pas les images et les images ne cr&#233;ent pas les mouvements, ce qu'on appelait nagu&#232;re la th&#233;orie du balayage). D'ailleurs, les MOR existent pendant les REM chez les nouveaux-n&#233;s et les aveugles de naissance (les uns et les autres n'ayant jamais rien vu). Incidemment, l'EMDR - c&#233;l&#232;bre technique th&#233;rapeutique utilis&#233;e pour les traumatismes psychologiques, bas&#233; sur les mouvements oculaires (mais aussi sur la stimulation auditive bilat&#233;rale) - n'a strictement rien &#224; voir ni avec les r&#234;ves, ni avec les MOR du sommeil REM, contrairement &#224; ce que soutien son auteur, Francine Shapiro.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; L'approche scientifique du r&#234;ve &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Reprenons notre petit panorama l&#224; o&#249; nous l'avions laiss&#233;. On l'a vu plus haut, &#224; l'or&#233;e du 20&#232;me si&#232;cle, c'est Freud qui a ouvert la voie. Il ne fut pas le seul. Nous avons par exemple en Belgique un autre pr&#233;curseur : Joseph Delboeuf, qui publia en 1885 (15 ans avant Freud, donc) un ouvrage tr&#232;s consistant et int&#233;ressant intitul&#233; &#171; Le sommeil et les r&#234;ves &#187; (titre probablement emprunt&#233; &#224; Maury).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, la premi&#232;re analyse statistique des r&#234;ves fut men&#233;e par une certaine Mary Calkins, en 1893. L'&#233;tude portait sur 375 r&#234;ves ! R&#233;sultats : 20% de r&#234;ves tr&#232;s agr&#233;ables, 4% de cauchemars, 57% de r&#234;ves visuels, 37% de r&#234;ves auditifs, 1% de r&#234;ves gustatifs - olfactifs, 37% de r&#234;ves en couleurs, 29% de r&#234;ves r&#233;currents et 26% de r&#234;ves lucides (r&#234;ves au cours desquels le r&#234;veur est conscient qu'il r&#234;ve).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains neurobiologistes (Hobson par exemple, tr&#232;s en vogue depuis le milieu des ann&#233;es nonante), le r&#234;ve n'est que le d&#233;chet des processus d'entretien neuronaux ! La scorie du vidange/graissage quotidien des circuits de neurones les plus utilis&#233;s la veille. Les r&#234;ves ne signifient donc strictement rien. Ils sont juste bons &#224; &#234;tre jet&#233;s &#224; la poubelle !&lt;br class='autobr' /&gt;
L'approche cognitivo-comportementale n'est gu&#232;re plus r&#233;jouissante. Pour Domhoff (Universit&#233; de Santa Cruz, Californie), par exemple, seule est pertinente une froide analyse du contenu du r&#234;ve (c.-&#224;-d. chacune de ses &#171; briques &#187; constitutives). Toute autre consid&#233;ration ayant trait au &#171; mur &#187; construit - le sc&#233;nario, le r&#233;cit - et aux associations et interpr&#233;tations cherchant &#224; lui donner sens, est nulle et non avenue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le logicien fran&#231;ais Goblot a repris &#224; son compte, en 1896 (35 ans apr&#232;s, donc), &lt;i&gt;la th&#233;orie hypnopompique&lt;/i&gt; du r&#234;ve de Maury. Elle permet d'expliquer les &#171; r&#234;ves r&#233;veille-matin &#187; (qui int&#232;grent en eux-m&#234;me la sonnerie du r&#233;veille-matin), lesquels sont donc manifestement produits apr&#232;s la stimulation &#233;veillante. Pour Maury, la gen&#232;se du r&#234;ve se fait de mani&#232;re ulta-br&#232;ve, suite &#224; l'&#233;veil. Pour Goblot, cette gen&#232;se est plus lente et progressive, &#224; l'image de l'&#233;veil qui, tel l'endormissement, est un processus qui peut durer jusqu'&#224; une demi-heure. La th&#233;orie hypnopompique a encore la cote chez certains auteurs d'aujourd'hui. Pour le philosophe am&#233;ricain Dennett, l'&#233;veil vient piocher dans une banque de r&#234;ves pr&#233;existants : c'est la th&#233;orie dite de la &#171; cassette &#187; (vid&#233;o). Pour le neurobiologiste et cognitiviste fran&#231;ais Tassin, l'&#233;veil cr&#233;e le r&#234;ve bien plus qu'il ne l'interrompt. Il pense, comme Dennett, qu'une information mn&#233;sique est pr&#233;alablement activ&#233;e en REM, et que l'&#233;veil vient ensuite lib&#233;rer celle-ci sous forme de r&#234;ve (le cerveau passant d'un mode &#171; analogique &#187; &#224; un mode &#171; cognitif &#187;). Tout ceci est pourtant contredit par les exp&#233;riences men&#233;es sur le r&#234;ve lucide par LaBerge. On peut apprendre &#224; un r&#234;veur lucide &#224; signaler &#224; un observateur le d&#233;but et la fin d'un r&#234;ve (par des mouvements oculaires convenus) ; LaBerge a d&#233;couvert que la dur&#233;e subjective du r&#234;ve correspond plus ou moins au temps r&#233;el &#233;coul&#233;, prouvant ainsi que le r&#234;ve est bien produit pendant le sommeil (et non apr&#232;s). De m&#234;me, les r&#234;ves associ&#233;s au syndrome de comportements anormaux au cours du REM (RBD), sont indubitablement de nature hypnique. Une mani&#232;re de lever la controverse est peut-&#234;tre d'admettre l'id&#233;e que le r&#234;ve n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne homog&#232;ne. Qu'il existe peut-&#234;tre plusieurs types diff&#233;rents de r&#234;ves, dont certains sont de nature hypnique et d'autres li&#233;s &#224; l'&#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Tobie Nathan, le fondateur de l'ethnopsychiatrie, le r&#234;ve servirait avant tout &#224; faire du lien entre les hommes. En les poussant &#224; le raconter, le r&#234;ve ferait en effet office d'op&#233;rateur de reliance, de partage d'intime et, partant - au sens litt&#233;ral - de religion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements qui &#171; font &#233;v&#233;nement &#187; (qui sortent de l'ordinaire) n'apparaissent g&#233;n&#233;ralement dans l'intrigue des r&#234;ves que 6 &#224; 8 jours apr&#232;s leur occurrence (observation de Michel Jouvet). Le temps n&#233;cessaire &#224; la digestion mentale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, un sujet r&#233;veill&#233; en REM rapporte un r&#234;ve dans 80 &#224; 90% des cas. Les &#233;tudes men&#233;es par Peretz Lavie au Technion de Ha&#239;fa ont montr&#233; que des survivants non r&#233;silients de la Shoah (c.-&#224;-d. souffrant d'un stress post-traumatique) n'en rapportent que dans 55% des cas ; et des survivants r&#233;silients (c.-&#224;-d. sans trauma) n'en rapportent, eux, que dans 33% des cas. L'interpr&#233;tation de ces r&#233;sultats est que l'effacement des r&#234;ves semble agir comme un m&#233;canisme de d&#233;fense, et que ce dernier est visiblement davantage utilis&#233; chez les r&#233;silients que chez les non r&#233;silients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les aveugles de naissance r&#234;vent. Mais de quoi r&#234;vent-ils au juste ? Leurs r&#234;ves correspondent tr&#232;s exactement aux repr&#233;sentations du monde qu'ils se sont construits. Comme ils imaginent le monde, ils le r&#234;vent. Freud disait qu' &#171; on ne tombe pas hors du monde lorsqu'on r&#234;ve &#187; (il voulait dire de son monde). On b&#226;tit ses r&#234;ves avec ce qui est en m&#233;moire dans notre esprit. C'est pour cela que, au sens strict, le r&#234;ve n'est pas le contraire de la r&#233;alit&#233; ! On r&#234;ve toujours dans sa r&#233;alit&#233; propre, cette r&#233;alit&#233; que nous construisons tous. Nous prenons tous en quelque sorte nos r&#234;ves pour la r&#233;alit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve lucide appara&#238;t principalement dans le REM de fin de nuit, davantage dans le REM tonique que dans le phasique et il est souvent associ&#233; &#224; un rythme alpha hypervolt&#233;. Il succ&#232;de la plupart du temps &#224; l'apparition d'un contenu onirique terrifiant, et &#224; un &#233;veil tr&#232;s bref. LaBerge a mis au point des techniques d'apprentissage du r&#234;ve lucide (pour les 74% de la population qui n'en font donc pas spontan&#233;ment). Et Rosalind Cartwright utilise le r&#234;ve lucide &#224; des fins th&#233;rapeutiques. Elle apprend ainsi au patient &#224; modifier - tout en r&#234;vant - le sc&#233;nario du r&#234;ve, et &#224; orienter ce dernier dans une direction plus favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on avance dans la nuit, plus les r&#234;ves s'enrichissent en intrigues, personnages, d&#233;tails et sentiments. Et plus ils portent sur le pass&#233; &#233;loign&#233; du r&#234;veur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les f&#339;tus r&#234;vent (imagerie m&#233;dicale, Changeux, &#034;L'homme neuronal&#034;, 1983) ! Ils r&#234;vent des comportements instinctifs (m&#233;moire d'esp&#232;ce) qu'ils auront &#224; la naissance (m&#233;moire d'esp&#232;ce) : agripper, t&#233;ter, ex&#233;cuter la marche r&#233;flexe&#8230; D'ailleurs, les animaux hom&#233;othermes - dans leur ensemble - r&#234;vent pareillement d'une s&#233;quence de comportements instinctifs. Mais chez eux, bien s&#251;r, cela persiste tout au long de la vie. Exp&#233;rimentalement, ces comportements qui font l'objet de r&#234;ves sont mis en &#233;vidence en l&#233;sant le locus coeruleus alpha, la structure c&#233;r&#233;brale responsable de la paralysie au cours du REM. Dans cette condition, l'animal se met alors &#224; agir ses r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le fait qu'un r&#234;ve soit quelque chose qui se voit, on ne peut s'en souvenir et en faire le r&#233;cit qu'avec des mots. Sans langage, point de sc&#233;nario. Et sans sc&#233;nario, point de r&#234;ve. Dans cette perspective, celui qui ne parle pas ne r&#234;ve pas. D&#232;s lors, un f&#339;tus ne peut donc pas r&#234;ver, pas plus qu'un nourrisson (infant) ou un animal ! Des images apparaissent bien au cours du REM, mais ces hallucinations ne sont pas reli&#233;es entre elles afin de constituer une histoire. De m&#234;me, on peut aller jusqu'&#224; soutenir - avec la psychanalyse - que sans relation, il n'y a pas de r&#234;ve non plus ! En effet, le r&#234;ve n'existe pas r&#233;ellement en dehors du r&#233;cit qui s'adresse &#224; un Autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il des r&#234;ves pr&#233;monitoires ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la personne superstitieuse qui croit &#224; la parapsychologie, &#224; l'occultisme, le r&#234;ve &#171; pr&#233;monitoire &#187; annonce l'avenir et provient d'un monde surnaturel et invisible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le personne qui partage ces &lt;i&gt;autres croyances&lt;/i&gt; qu'on appelle &#171; th&#233;ories scientifiques &#187;, le r&#234;ve &#171; pr&#233;monitoire &#187; est soit le fait d'une &lt;i&gt;concomitance&lt;/i&gt;, soit celui d'une &lt;i&gt;corr&#233;lation&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque deux &#233;v&#233;nements apparaissent en m&#234;me temps, ou successivement (ce qui est le cas pour le r&#234;ve pr&#233;monitoire et l'&#233;v&#233;nement &#171; pr&#233;dit &#187;), alors qu'il n'existe aucun lien entre eux, on parle de &lt;i&gt;concomitance&lt;/i&gt; (ou co&#239;ncidence). En voici un exemple observ&#233; en Alsace : alors que la natalit&#233; chute, il y a de moins en moins de cigognes ! Le r&#234;ve pr&#233;monitoire peut donc &#234;tre pareillement le fruit du hasard. &lt;br class='autobr' /&gt;
On parle de &lt;i&gt;corr&#233;lation&lt;/i&gt; lorsque deux &#233;v&#233;nements sont reli&#233;s entre eux (mais pas n&#233;cessairement par un lien de causalit&#233; ; autrement dit, les deux &#233;v&#233;nements peuvent avoir une cause commune). Par exemple, on constate que les gens qui font du ski vivent g&#233;n&#233;ralement dans des appartements dont le loyer est cher ; mais il ne suffit pas d'augmenter le prix des loyers pour que davantage de gens puissent partir skier ! Les deux facteurs sont caus&#233;s par un troisi&#232;me : le fait d'avoir de l'argent. De m&#234;me, le r&#234;ve pr&#233;monitoire et l'&#233;v&#233;nement pr&#233;dit peuvent &#234;tre tous deux li&#233;s &#224; un troisi&#232;me facteur : les petits signes avant-coureurs qui pr&#233;c&#232;dent l'&#233;v&#233;nement. Le r&#234;ve pr&#233;monitoire peut donc simplement r&#233;sulter de la mont&#233;e &#224; la conscience - &#224; la faveur du sommeil - de ces signes subtils enregistr&#233;s par notre inconscient &#224; l'&#233;tat vigile. Nous ne sommes en effet conscient que d'une infime partie de la somme d'informations que nous traitons en permanence. Notre esprit est ainsi tout &#224; fait capable de saisir, &#224; notre insu, les prodromes de ph&#233;nom&#232;nes qui ne se produiront qu'ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les OBE (Out of Body Experience) sont des r&#234;ves de dissociation corps/esprit qui sont faits, spontan&#233;ment, par 5% de la population, en sommeil paradoxal. Ils traduisent la d&#233;sactivation de r&#233;gions hautes du cerveau (pari&#233;tales), responsables de l'int&#233;gration du Soi et du corps. Intrusion possible de REM dans l'&#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, ce sont des hallucinations qui apparaissent lors d'une NDE (Near Death Experience), et qui correspondent cette fois &#224; une stimulation du gyrus angulaire (une structure du cerveau). Intrusion possible de REM dans l'&#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il existe une certaine continuit&#233; th&#233;matique pour les r&#234;ves d'une m&#234;me nuit. Ceci plaide en faveur d'un continuum onirique durant la nuit pour un dormeur donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; R&#234;ver sur les r&#234;ves&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la nuit qu'on se voit sous son vrai jour &#187; nous enseigne la sagesse populaire. Et il est vrai que nos r&#234;ves en disent long sur nous-m&#234;mes. Encore faut-il comprendre ce qu'ils disent ! Pendant longtemps, les hommes ont cherch&#233; la cl&#233; des songes. Depuis Freud, et selon la jolie expression de Pr&#233;vert : &#171; on a mis la cl&#233; des songes sous le paillasson &#187;. Avant (et on proc&#232;de toujours de la sorte en parapsychologie), on cherchait &#224; d&#233;coder des symboles (c'est &#224; dire des repr&#233;sentations se r&#233;f&#233;rant &#224; une culture commune - laquelle fait tiers pour tout le monde (ex. : couronne de laurier = gloire). Au d&#233;part, le symbole (symbolum) &#233;tait un objet que l'on cassait en deux, et dont on donnait chaque part &#224; deux personnes qui ne s'&#233;taient jamais rencontr&#233;es, afin qu'elles puissent se reconna&#238;tre (en recomposant parfaitement le symbolum) lors d'une rencontre ult&#233;rieure. Actuellement, gr&#226;ce &#224; la psychanalyse, on tente plut&#244;t de donner sens aux r&#234;ves d'un individu en se basant principalement sur son histoire propre. Pour Freud, en effet, l'inconscient est essentiellement personnel. L'analyse des r&#234;ves ne peut donc pas se faire par le d&#233;codage de symboles, mais bien par le d&#233;cryptage de signifiants (c'est &#224; dire des repr&#233;sentations auto-r&#233;f&#233;renc&#233;es). Pour Freud, la cl&#233; des songes ne circule que l&#224; o&#249; la psychologie est absente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud a le grand m&#233;rite d'avoir fait du travail sur le r&#234;ve le noyau de sa cure. &#171; Un r&#234;ve non interpr&#233;t&#233;, c'est comme une lettre non lue &#187; rapporte la sagesse juive. Et le Talmud - vieux de 1800 ans - rapporte d&#233;j&#224; que &#171; les songes n'ont aucune valeur dans leur sens litt&#233;ral &#187; (insistant aussi sur le fait que &#171; nul ne peut comprendre son r&#234;ve sans interpr&#232;te &#187;). L'interpr&#233;tation des r&#234;ves, par un tiers laissant &#171; flotter &#187; son &#233;coute, est de fait le fer de lance, tr&#232;s talmudique dans le fond, de la psychanalyse. D'ailleurs, si Freud n'avait pas &#233;t&#233; juif, et s'il n'avait pas eu vent de la Guematria (discipline religieuse visant le d&#233;codage des mots bibliques par les chiffres, et postulant ainsi l'existence d'un contenu latent derri&#232;re le contenu manifeste), on peut l&#233;gitimement se demander s'il aurait pu &#233;crire son chef-d'&#339;uvre, &#171; L'interpr&#233;tation des r&#234;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la psychanalyse, le r&#234;ve est - dans ses fondements - une production mentale nocturne qui tente de traiter un v&#233;cu &#233;motionnel qui, sans cela, serait insupportable. La perturbation affective en question peut tout &#224; la fois &#234;tre li&#233;e &#224; une pr&#233;occupation de type existentiel (la &#171; crise &#187; dans laquelle l'individu se trouve, au sein de son cycle de vie), &#224; des soucis r&#233;cents du quotidien (&#171; the remains of the day &#187;) et, enfin, &#224; la condition m&#234;me de l'homme endormi (v&#233;cu de d&#233;r&#233;liction, perte de contr&#244;le, abandon... et angoisse de mort). Au matin, le traitement reste inachev&#233; et chaotique. L'intervention th&#233;rapeutique consiste d&#232;s lors &#224; poursuivre, de jour, cette mentalisation. Pour ce faire, Freud propose la m&#233;thode des &#171; associations libres &#187; (apprise de sa patiente Fanny Moser, alias Emmy von N.), invitation &#224; l'inflation des repr&#233;sentations mentales, qui permet d'interpr&#233;ter les r&#234;ves d'une fa&#231;on ouverte et ontologique (l'interpr&#233;tation ne pouvant &#234;tre r&#233;alis&#233;e qu'&#224; partir du contexte transf&#233;rentiel &#8211; transfert / contre-transfert - propre &#224; la cure psychanalytique). Cependant, la m&#233;thode freudienne a ses limitations. D'abord, en tant qu'interpr&#233;tation, elle est &#224; la recherche d'une signification v&#233;ritable (le contenu latent) ; on peut donc dire qu'elle est &#171; r&#233;aliste &#187;. Ensuite, elle est strictement r&#233;trospective, en ce sens qu'elle se propose d'&#233;lucider uniquement des v&#233;rit&#233;s du pass&#233; (un d&#233;sir sexuel infantile, la plupart du temps). Dans ce travail de d&#233;cryptage, elle emprisonne donc, &#224; son insu, la mentalisation du sujet dans une sorte d'entonnoir. &#199;a ressemble &#224; un &#171; Wudunit &#187; &#224; la Sherlock Holmes : enqu&#234;ter, remonter la piste, trouver le coupable (la perturbation &#233;motionnelle sous-jacente).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'instar des ph&#233;nom&#233;nologues de la premi&#232;re moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, de nombreux th&#233;rapeutes pensent de nos jours que donner sens &#224; un r&#234;ve consiste moins &#224; d&#233;busquer une v&#233;rit&#233; du pass&#233; qu'&#224; ouvrir des portes et des fen&#234;tres sur le futur (afin de r&#233;soudre des probl&#232;mes du pr&#233;sent). Construire l'avenir plut&#244;t que reconstruire le pass&#233;. Il s'agit donc tout &#224; la fois d'une approche constructiviste et prospective. &#171; Co-constructiviste &#187; devrait-on dire, puisque le sens d'un r&#234;ve (sa direction &#8211; rass&#233;r&#233;nante, et sa signification - existentielle) va na&#238;tre, au cours de la s&#233;ance, &#224; l'intersection de l'histoire du patient et de celle du th&#233;rapeute. En aucun cas comme une v&#233;rit&#233;. Mais comme une hypoth&#232;se de travail, op&#233;ratoire, fruit du mariage de deux r&#234;veries, de la formation d'un isthme entre deux esprits, qui n'a pour objet que d'aider &#224; rendre plus supportable un v&#233;cu &#233;motionnel insupportable (celui du patient bien s&#251;r, mais &#233;galement celui du th&#233;rapeute !). Il s'agit donc de donner un sens au r&#234;ve, bien plus que de le d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours d'un tel processus, la mentalisation prend d&#232;s lors son envol, dans une sorte d'entonnoir renvers&#233;, qui produit davantage de r&#234;ve encore (r&#234;ver sur les r&#234;ves). Dans cette perspective, c'est en prenant de la hauteur, en s'&#233;loignant du r&#234;ve, qu'on se rapproche de son sens. Et c'est - tout particuli&#232;rement - en se mettant &#224; r&#234;ver sur les petites singularit&#233;s du r&#234;ve, sur les petits d&#233;tails, apparemment insignifiants et incongrus. Il s'agit en quelque sorte de faire de l'anti-Sherlock.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud disait que &#171; le r&#234;ve est le gardien du sommeil &#187; (et le cauchemar un r&#234;ve dont la mission a &#233;chou&#233;, puisque le sujet se r&#233;veille). Ce qu'il entendait par l&#224;, c'est que le r&#234;ve se charge de traiter la perturbation &#233;motionnelle et pulsionnelle qui menace de r&#233;veiller le dormeur (ce traitement passant par la satisfaction hallucinatoire du d&#233;sir, sur le mod&#232;le du &#171; qui dort d&#238;ne &#187;.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on serait presque tent&#233; de retourner l'adage, tant le r&#234;ve appara&#238;t comme primordial ! Le sommeil fait d&#232;s lors figure de simple gangue abritant un inestimable diamant. La pierre brute du traitement mental. Et le r&#244;le du psychoth&#233;rapeute s'apparente &#224; celui du tailleur, affinant la pierre afin d'en exprimer toute la richesse. Les techniques de taille sont, du reste, multiples. Parmi les plus connues, et &#224; c&#244;t&#233; de l'association libre (qui consiste, rappelons-le, &#224; fragmenter le sc&#233;nario du r&#234;ve en ses plus petites unit&#233;s constitutives, et &#224; associer ensuite autour de chacune d'entre elles), citons la m&#233;thode existentialiste, pr&#244;n&#233;e par la gestalt th&#233;rapie. Cette approche, qui s'apparente sur un certain plan &#224; l'analyse jungienne, propose au sujet de s'identifier &#224; chaque constituant de son r&#234;ve, et &#224; ressentir d&#232;s lors ce qu'il vit. Si, par exemple, il a r&#234;v&#233; qu'il faisait du ski, il sera invit&#233; &#224; se mettre &#224; la place des skis (ou de la neige), puis &#224; ressentir ce qu'il vit en tant que skis (ou neige), et &#224; parler pour eux ! Relevons encore les techniques ericksoniennes qui, par l'hypnose, permettent non seulement de donner sens aux r&#234;ves, mais aussi de modifier ceux-ci de l'int&#233;rieur. Cette approche est particuli&#232;rement utile pour traiter les cauchemars et les flash-backs post-traumatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; des techniques, ce qui importe le plus, c'est la merveilleuse mise en r&#233;sonance de deux appareils psychiques, celui du patient et celui du th&#233;rapeute, autour d'un contenu onirique, au sein d'une relation tr&#232;s particuli&#232;re. Une exp&#233;rience v&#233;ritablement grandissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on se le dise : r&#234;ver et, plus encore, r&#234;ver sur les r&#234;ves, est probablement l'une des activit&#233;s mentales les plus raffin&#233;es et les plus productives de l'&#234;tre humain !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour la sieste au travail</title>
		<link>https://rolandpec.org/Pour-la-sieste-au-travail.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://rolandpec.org/Pour-la-sieste-au-travail.html</guid>
		<dc:date>2010-04-02T07:58:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Roland Pec &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Monsieur Pec, je dois vous faire une confidence... La sc&#232;ne se d&#233;roule le plus souvent en d&#233;but d'apr&#232;s-midi, peu apr&#232;s le lunch. A ce moment-l&#224;, je quitte discr&#232;tement mon bureau pour me rendre aux toilettes du premier &#233;tage, l&#224; o&#249; on ne me conna&#238;t pas trop. Je rentre alors comme une petite souris dans un des cabinets, verrouille la porte avec soin et rabaisse le couvercle sur la lunette. Puis je m'assieds sur le carrelage, dur et froid, je prends mes genoux entre mes mains et je (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Somno-.html" rel="directory"&gt;Articles Somno&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Pec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_97 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L340xH227/sieste-2-c3c6e.jpg?1698808828' width='340' height='227' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Monsieur Pec, je dois vous faire une confidence... La sc&#232;ne se d&#233;roule le plus souvent en d&#233;but d'apr&#232;s-midi, peu apr&#232;s le lunch. A ce moment-l&#224;, je quitte discr&#232;tement mon bureau pour me rendre aux toilettes du premier &#233;tage, l&#224; o&#249; on ne me conna&#238;t pas trop. Je rentre alors comme une petite souris dans un des cabinets, verrouille la porte avec soin et rabaisse le couvercle sur la lunette. Puis je m'assieds sur le carrelage, dur et froid, je prends mes genoux entre mes mains et je m'endors sur le champ, la t&#234;te contre la cuvette. Je me r&#233;veille en g&#233;n&#233;ral une vingtaine de minutes plus tard, de mani&#232;re spontan&#233;e, bien rafra&#238;chi, mais bien ankylos&#233; aussi. Il me reste alors &#224; regagner mon bureau en catimini&#8230; Et &#224; subir, de la part de mes coll&#232;gues, d'&#233;ventuelles moqueries, d'ordre scatologique... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de fois n'ai-je pas entendu pareil r&#233;cit &#224; ma consultation des troubles du sommeil ? Au d&#233;tour d'un tel t&#233;moignage, on peut mesurer &#224; quel point la sieste au travail est frapp&#233;e du sceau de la culpabilit&#233;, du secret et de l'hypocrisie. On devine &#233;galement la repr&#233;sentation sociale sous-jacente : la sieste au travail est une conduite honteuse, signe de d&#233;motivation ou de fain&#233;antise et, plus important que tout, synonyme de non productivit&#233; ! Cette repr&#233;sentation n'est rien d'autre, &#224; mes yeux, qu'un mythe complet. Le t&#233;moignage rapport&#233; d&#233;montre du reste, &#224; lui seul, &#224; quel point la sieste proc&#232;de d'un besoin imp&#233;rieux, et &#224; quel point elle restaure la vigilance avec efficacit&#233; et rapidit&#233;. Or qui dit vigilance dit performance&#8230; Il est par ailleurs int&#233;ressant de constater que ce mythe est loin d'&#234;tre universel. Tout pr&#232;s de nous, le pr&#233;sident Bill Clinton, mod&#232;le du travailleur acharn&#233;, est connu pour n'avoir jamais d&#233;rog&#233; &#224; la r&#232;gle de la sieste quotidienne, et ce tout au long de son double mandat &#224; la t&#234;te des Etats-Unis. Dans une culture plus orientale, les entreprises japonaises, arch&#233;types de productivit&#233;, ont am&#233;nag&#233; depuis longtemps des dortoirs, pour permettre &#224; leurs employ&#233;s de siester en toute tranquillit&#233; - et en toute officialit&#233;. La condamnation de la sieste au travail est, selon moi, une &#233;manation de la morale jud&#233;o-chr&#233;tienne. Elle repose sur des valeurs ayant trait au m&#233;rite, &#224; l'effort et &#224; la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les bases physiologiques de la sieste ? Il existe au moins trois d&#233;terminants. Le premier d&#233;terminant est la somnolence postprandiale, autrement dit celle qui appara&#238;t apr&#232;s les repas. Le processus de digestion consomme en effet beaucoup d'&#233;nergie et peut ainsi entra&#238;ner de sacr&#233;s coups de pompe. Le second d&#233;terminant est l'horloge biologique qui r&#233;gule l'alternance veille &#8211; sommeil au cours des 24 heures. Cette horloge, dite circadienne puisque son cycle est plus ou moins d'un jour, est sise au centre du cerveau dans la glande hypothalamus. Chez l'&#234;tre humain, cette horloge d&#233;termine deux creux de vigilance : un premier entre 3 et 5 heures du matin et un second entre 14 et 16 heures. Ind&#233;pendamment, bien s&#251;r, de la prise des repas. A ces deux d&#233;terminants s'ajoute enfin un troisi&#232;me : le poids de la g&#233;n&#233;tique sur les rythmes circadiens. De la m&#234;me mani&#232;re qu'il existe des couche-tard et des l&#232;ve-t&#244;t, des petits et des gros dormeurs, il existe &#233;galement des dormeurs monophasiques et biphasiques. Ces derniers sont g&#233;n&#233;tiquement programm&#233;s pour avoir un grand bloc de sommeil la nuit et un petit bloc en d&#233;but d'apr&#232;s-midi. Contrarier de tels rythmes internes revient &#224; contrarier un gaucher ! A ces d&#233;terminations digestives et chronobiologiques, on peut encore ajouter des facteurs de circonstance : un d&#233;ficit en sommeil nocturne, un climat chaud et humide, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses &#233;tudes prouvent l'efficacit&#233; des petites siestes sur la vigilance et la performance. A ce propos, rappelons-nous l'anecdote de Napol&#233;on sur le champ de bataille. Afin de pouvoir rester &#233;veill&#233; plusieurs journ&#233;es cons&#233;cutives, il faisait des micro-siestes, debout, une coupe de champagne &#224; la main : le sommeil durait le temps de la chute de la coupe ! Aujourd'hui, ce sont les grands sportifs en solitaires qui nous &#233;patent. Navigateurs, deltaplanistes,&#8230; tous ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de d&#233;velopper scientifiquement des techniques op&#233;ratoires de siestes, pour pouvoir &#234;tre performants pendant de tr&#232;s longues p&#233;riodes. Le sommeil polyphasique consiste, par exemple, &#224; s'autoriser un noyau de sommeil de 3 heures, et d'ajouter &#224; cela une sieste de 20 minutes toutes les 90 minutes : chaque sieste apporte ainsi 50 % de r&#233;cup&#233;ration. Le sommeil flash, une autre technique, consiste &#224; faire des micro-siestes d'1 minute toutes les 15 minutes : apr&#232;s 3 heures (donc apr&#232;s 12 minutes de sommeil effectif) la r&#233;cup&#233;ration est de 80 % ! L'application de ces techniques sophistiqu&#233;es demande &#233;videmment un long entra&#238;nement. Mais rassurez-vous ! La petite sieste quotidienne de 20 minutes, &#224; port&#233;e de tous, est d&#233;j&#224; tr&#232;s rafra&#238;chissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;solument pour la sieste au travail, donc. Dans des locaux pr&#233;vus &#224; cet effet, et sous le regard bienveillant des coll&#232;gues et des sup&#233;rieurs. Sans peur et sans reproche. Mais sans obligation non plus. &#171; L'&#233;loge de la sieste &#187; ne doit &#233;videmment pas se transformer en dictature de la sieste ! L'essentiel est que chacun puisse respecter ses rythmes biologiques, en faisant fi de la normalisation sociale. Pour le bien du travailleur&#8230; comme pour celui de la rentabilit&#233; de l'entreprise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;onnie a des insomnies</title>
		<link>https://rolandpec.org/Leonie-a-des-insomnies.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://rolandpec.org/Leonie-a-des-insomnies.html</guid>
		<dc:date>2010-04-02T07:56:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Roland Pec &lt;br class='autobr' /&gt; L&#233;onie vient d'entrer dans mon cabinet. Bonjour madame, installez-vous, je vous en prie ! Elle enl&#232;ve son manteau et s'assoit. Elle vient me consulter pour mettre un terme &#224; ses insomnies. Elle me regarde avec sa petite mine et me raconte son histoire. Je sens qu'elle fonde tous ses espoirs en moi. C'est bien s&#251;r une &#233;ni&#232;me tentative. Le somnologue est g&#233;n&#233;ralement l'ultime recours. L&#233;onie a d&#233;j&#224; effectu&#233; un long parcours aupr&#232;s de divers intervenants... Par quel bout vais-je prendre le (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Somno-.html" rel="directory"&gt;Articles Somno&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Pec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_95 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L198xH277/onie-7345b.jpg?1698748169' width='198' height='277' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onie vient d'entrer dans mon cabinet. Bonjour madame, installez-vous, je vous en prie ! Elle enl&#232;ve son manteau et s'assoit. Elle vient me consulter pour mettre un terme &#224; ses insomnies. Elle me regarde avec sa petite mine et me raconte son histoire. Je sens qu'elle fonde tous ses espoirs en moi. C'est bien s&#251;r une &#233;ni&#232;me tentative. Le somnologue est g&#233;n&#233;ralement l'ultime recours. L&#233;onie a d&#233;j&#224; effectu&#233; un long parcours aupr&#232;s de divers intervenants... Par quel bout vais-je prendre le probl&#232;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une pi&#232;ce qui se joue en 2 actes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; 1er acte &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onie souffre t-elle vraiment d'insomnie ? Et pour r&#233;pondre &#224; cette question, je dois disposer d'une d&#233;finition suffisamment claire de cette notion, bien plus complexe qu'il n'y para&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la derni&#232;re Classification Internationale des Troubles du Sommeil (celle de 2005), on ne trouve pas moins de 88 troubles recens&#233;s - dont l'insomnie ne repr&#233;sente qu'un seul item ! (pour bien se figurer ce nombre, il suffit de visualiser le clavier d'un piano : il contient exactement 88 touches). Sachant cela, la question se corse. Non seulement L&#233;onie souffre t-elle vraiment d'insomnie, mais encore ne souffre t-elle pas - en sus ou &#224; la place - d'un autre trouble du sommeil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais concentrons-nous sur notre sujet : l'insomnie. En voici une assez bonne d&#233;finition, entendue r&#233;cemment lors d'un congr&#232;s : avoir une insomnie, c'est souffrir de ne pas dormir quand on veut dormir. Un petit dormeur (qui ne souffre pas - qui se contente par exemple de 5 heures de sommeil par nuit pour &#234;tre en forme) ne fait donc pas d'insomnie. Et quelqu'un qui se prive volontairement de sommeil (qui ne veut pas dormir - pour des raisons professionnelles, r&#233;cr&#233;atives ou autres) n'en fait donc pas non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant un pas de plus, en &#233;tant un brin provocateur, on peut d'ailleurs dire que l'insomnie est avant tout un probl&#232;me de jour ! C'est en effet la souffrance diurne, subie en cons&#233;quence d'un pauvre sommeil nocturne, qui caract&#233;rise l'insomnie. L'insomniaque est donc celui qui se plaint avant tout d'avoir des probl&#232;mes la journ&#233;e ; &#224; savoir : de la fatigue (ce qui est tr&#232;s fr&#233;quent), de la somnolence (ce qui est tr&#232;s rare, la fatigue s'opposant &#224; la somnolence &#8211; plus on est fatigu&#233; moins on s'endort !), de l'anxi&#233;t&#233; et parfois de la d&#233;pressivit&#233;, de l'irritabilit&#233; voire de l'agressivit&#233;, des d&#233;ficits cognitifs (attention, concentration, m&#233;moire, jugement, raisonnement, rendement au travail&#8230;), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;pid&#233;miologique, rappelons qu'1 personne sur 10 souffre d'une insomnie chronique et 1 personne sur 3 d'une insomnie transitoire (ce qui fait tout de m&#234;me 3 millions de Belges !). Il s'agit donc l&#224; d'un trouble extr&#234;mement fr&#233;quent, davantage pr&#233;sent chez la femme et la personne &#226;g&#233;e. Au-del&#224; de la rime, voil&#224; d'ailleurs pourquoi L&#233;onie s'appelle L&#233;onie, et non pas L&#233;on ou Pam&#233;la.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'&#234;tre humain est extr&#234;mement r&#233;sistant &#224; la privation de sommeil. Lorsqu'elle est totale, cette derni&#232;re tue un rat en 1 semaine, mais elle ne tue jamais un homme&#8230; &#224; court terme du moins ! Rappelons que le record de nuits blanches est d&#233;tenu par un certain Randy Gardner qui, en 1963, &#224; San Diego, est parvenu &#224; rester 11 jours sans dormir une seule seconde, et sans avoir &#224; d&#233;plorer de cons&#233;quences f&#226;cheuses sur sa sant&#233;. Notons en outre que dans certaines neuropathies rares, des personnes peuvent m&#234;me vivre des mois entiers sans dormir du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela doit &#234;tre nuanc&#233;. A la suite du chercheur britannique Horne, on a pens&#233; pendant longtemps que la privation de sommeil n'avait de r&#233;elle incidence sur la sant&#233; que sous le seuil des 4 heures 30 de sommeil par nuit. Il appelait &#231;a &#171; le c&#339;ur du sommeil &#187;, consid&#233;rant le reste comme du superflu. Depuis quelques ann&#233;es cependant, le groupe de Chicago (une ville qui porte d&#233;cid&#233;ment chance aux somnologues &#8211; cf. la d&#233;couverte du REM par Kleitman, Azerinski et Dement en 1953) - conduit par Eve Van Cauter (une chercheuse belge), a d&#233;montr&#233; que des probl&#232;mes physiques apparaissent d&#233;j&#224; sous la barre des 5 heures 30, voire 6 heures 30 de sommeil par nuit. Ce qui pose s&#233;rieusement question d&#232;s lors qu'on sait qu'1 Belge sur 2 dort moins de 7 heures par nuit ! Les probl&#232;mes qui peuvent surgir sont vari&#233;s et parfois fort graves. L'immunit&#233; est r&#233;duite (baisse des cytokines et lymphocytes T4). Des troubles m&#233;taboliques apparaissent, comme une r&#233;sistance accrue &#224; l'insuline - ce qui peut entra&#238;ner du diab&#232;te, et comme une augmentation de la ghr&#233;line (go&#251;t pour les sucres et les graisses) et une diminution de la leptine (message de sati&#233;t&#233;) - ce qui fait prendre du poids. Une d&#233;pression peut appara&#238;tre (suite &#224; une baisse de la sensibilit&#233; des r&#233;cepteurs &#224; s&#233;rotonine, et &#224; une hausse de la production de cortisol). Le syst&#232;me inflammatoire et un stress oxydatif est activ&#233;, ce qui entra&#238;ne entre autres des pathologies cardio-vasculaires (augmentation de l'ath&#233;roscl&#233;rose, de l'interleukine&#8211;8, de la tension art&#233;rielle&#8230;). Le cerveau est &#233;galement atteint : diminution de la plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale et du renouvellement des neurones dans l'hippocampe et les ventricules lat&#233;raux (l&#224; o&#249; la neurog&#233;n&#232;se se maintient toute la vie)&#8230; De telle sorte que la privation de sommeil pourrait entra&#238;ner, &#224; long terme, une hausse significative de la mortalit&#233; ! Mais cette nuance doit &#234;tre &#224; son tour nuanc&#233;e, la recherche ne portant pour l'instant que sur le court terme, et se basant avant tout sur les rongeurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux r&#233;percussions psychologiques, elles sont complexes et souvent contradictoires. Elles en appellent &#224; l'humilit&#233; des somnologues en tant que &#171; savants &#187;. D'un c&#244;t&#233;, la somnologie est une science toute neuve (elle n'a qu'une cinquantaine d'ann&#233;es). Et d'un autre c&#244;t&#233;, nous ne sommes pas tous &#233;gaux devant le sommeil, loin s'en faut. Une quinzaine de g&#232;nes - d&#233;couverts &#224; ce jour - se chargent de faire de nous des petits ou des gros dormeurs, des sujets du soir ou du matin, des dormeurs mono ou bi-phasiques&#8230; ainsi que des personnes r&#233;sistantes ou non &#224; la privation de sommeil. En plus des r&#233;percussions diurnes d&#233;j&#224; mentionn&#233;es, la privation partielle de sommeil est r&#233;put&#233;e depuis longtemps pour ses vertus antid&#233;pressives ! La psychiatrie du 19&#232;me si&#232;cle l'avait baptis&#233;e &#171; agrypnie &#187;. Et pour des sujets &#224; l'humeur normale, la privation de sommeil a g&#233;n&#233;ralement un effet &#171; hypomaniaquisant &#187; ! Mais elle rend &#233;galement plus sensible. C'est comme si elle r&#233;duisait l'&#233;paisseur du pare-choc psychique. Le sujet est alors plus &#224; fleur de peau, plus vigilant, plus irritable, voire plus anxieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait assez cocasse : d'un point de vue historico-sociologique, il n'est pas impossible que l'insomnie soit une invention bien de chez nous ! C'est en effet l'essor du commerce international en continu (24 heures sur 24) qui est &#224; l'origine de l'&#233;mergence de l'insomnie en tant que probl&#232;me de sant&#233; publique. Et ceci eut lieu au 17&#232;me si&#232;cle, ici m&#234;me, dans les Provinces Unies (Pays-Bas Espagnols).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons enfin qu'avant la r&#233;volution industrielle, on se couchait d&#232;s la nuit tomb&#233;e, on dormait en deux gros blocs (s&#233;par&#233;s par une assez longue interruption) et on restait d&#232;s lors en moyenne 14 heures au lit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; pr&#233;sent &#224; notre ch&#232;re L&#233;onie&#8230; notre patiente commence s&#233;rieusement &#224; ne plus &#234;tre&#8230; patiente. Et consid&#233;rons qu'elle souffre effectivement d'insomnie. Que lui a t-on d&#233;j&#224; propos&#233; ? A tous les coups, des pilules pour dormir. Or, ces pilules peuvent avoir de nombreux inconv&#233;nients. Citons-en les principaux : une alt&#233;ration de la qualit&#233; du sommeil (laquelle occasionne parfois des d&#233;ficits de m&#233;moire), un masquage des probl&#232;mes sous-jacents &#233;ventuels (lequel emp&#234;che leur r&#233;solution), le d&#233;veloppement d'une d&#233;pendance et/ou d'une tol&#233;rance (lequel maintient et amplifie m&#234;me l'insomnie), etc. Il faut noter toutefois que certaines personnes ne rencontrent aucun de ces probl&#232;mes ! En outre, les somnif&#232;res sont fortement d&#233;conseill&#233;s chez l'enfant et la personne &#226;g&#233;e. En contrepoint, plusieurs traitements non m&#233;dicamenteux ont fort heureusement &#233;t&#233; &#233;labor&#233;s au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. C'est ce qui fait l'objet de l'acte 2.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; 2&#232;me Acte &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les questions que je vais me poser, et dans quel ordre, ce afin de mettre en &#339;uvre les interventions non pharmacologiques les plus indiqu&#233;es ? Il s'agit de 3 questions : pourquoi, pour quoi et comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question n&#176;1 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POURQUOI l'insomnie est-elle apparue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un 1er volet, je vais rechercher des troubles sous-jacents &#233;ventuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la notion d'insomnie secondaire qui est discut&#233;e ici. Cette notion est assez controvers&#233;e actuellement. On pense de nos jours que l'insomnie serait le plus souvent primaire. Qu'elle serait donc davantage cause que cons&#233;quence, les troubles sous-jacents ne faisant en somme que pr&#233;cipiter l'insomnie chez des personnes d&#233;j&#224; vuln&#233;rables au pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le mod&#232;le actuel de cette vuln&#233;rabilit&#233; est celui de l'hyper&#233;veil. Pour &#234;tre &#233;veill&#233;, il faut non seulement que le syst&#232;me neurologique d'&#233;veil soit activ&#233; mais aussi que le syst&#232;me de sommeil soit inhib&#233;. A l'inverse, pour &#234;tre endormi, il faut non seulement que le syst&#232;me de sommeil soit activ&#233; mais aussi que le syst&#232;me d'&#233;veil soit inhib&#233;. Selon le mod&#232;le de l'hyper&#233;veil, c'est ce dernier point qui laisse &#224; d&#233;sirer. Il s'agit d'une hyperactivation psycho-physiologique g&#233;n&#233;ralis&#233;e : cortex c&#233;r&#233;bral, certains neurotransmetteurs (s&#233;rotonie, histamines, ac&#233;tylcholine, noradr&#233;naline, nor&#233;pinephrine&#8230;), certaines hormones (cortisol, ACTH&#8230;), m&#233;tabolisme, temp&#233;rature corporelle, c&#339;ur, etc. Ceci correspond &#224; l'hyperactivit&#233; d'une hormone de l'&#233;veil : l'orexine (ou hypocr&#233;tine) - celle-l&#224; m&#234;me qui vient &#224; manquer dans la narcolepsie. A quand des somnif&#232;res &#224; base d'anti-orexine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici, n&#233;anmoins, quelques exemples d'insomnie secondaire :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; insomnie li&#233;e &#224; une d&#233;pression dite &#171; endog&#232;ne &#187; (insomnie dans 80% des cas, 3 items&lt;br class='autobr' /&gt; sur 24 dans l'&#233;chelle d'Hamilton),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; insomnie li&#233;e &#224; un trouble anxieux,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; insomnie li&#233;e &#224; des mouvements p&#233;riodiques des membres (PLMS) et/ou &#224; des &lt;br class='autobr' /&gt; impatiences des jambes (RLS),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; insomnie li&#233;e &#224; un syndrome d'apn&#233;es du sommeil (cette pr&#233;sentation &#233;tant plus &lt;br class='autobr' /&gt; fr&#233;quente chez la femme),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; insomnie li&#233;e &#224; une fibromyalgie et/ou une fatigue chronique,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; insomnie li&#233;e &#224; une parasomnie : rythmies, bruxisme&#8230;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; insomnie li&#233;e &#224; une &#233;pilepsie morph&#233;ique.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du diagnostic, c'est la polysomnographie (l'&#233;tude de sommeil) qui me permettra d'exclure ou d'objectiver un trouble sous-jacent chez L&#233;onie, avec rigueur et pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du traitement, mon r&#244;le va surtout consister &#224; orienter L&#233;onie vers le sp&#233;cialiste ad hoc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un 2&#232;me volet, je vais rechercher des causes pass&#233;es &#233;ventuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est fort probable que l'insomnie de L&#233;onie se soit chronifi&#233;e &#224; partir d'un &#233;v&#233;nement d&#233;clencheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme exemples de causes pass&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; un &#233;v&#233;nement de vie &#224; valeur de trauma psychologique,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le d&#233;veloppement d'un &#171; syndrome de la sentinelle &#187; (depuis le post-partum, par exemple, L&#233;onie n'a plus jamais bien dormi),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; une d&#233;pression &#171; psychog&#232;ne &#187;, la pr&#233;sence d'une &#171; personnalit&#233; d&#233;pressive &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; selon Gaillard, il existerait une &#171; personnalit&#233; insomniaque &#187;, marqu&#233;e par le refus du conflit, l'agressivit&#233; rentr&#233;e, le contr&#244;le, l'obsession, l'hypercognition nocturne (qui se traduit par un exc&#232;s d'ondes b&#234;ta et de gamma hypnagogiques), le d&#233;ficit en imaginaire et en symbolique, une ins&#233;curit&#233; de base et la peur de r&#233;gresser.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du traitement, je proposerai &#224; L&#233;onie une psychoth&#233;rapie de type herm&#233;neutique, c'est &#224; dire que je chercherai &#224; donner sens &#224; son insomnie, ceci dans une mise en perspective avec l'&#233;v&#233;nement initial (psychoth&#233;rapies analytiques et syst&#233;miques, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans un 3&#232;me volet, je vais rechercher des causes actuelles &#233;ventuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insomnie de L&#233;onie est peut-&#234;tre apparue r&#233;cemment ou, ce qui est plus probable, son insomnie a &#233;t&#233; r&#233;activ&#233;e r&#233;cemment par un &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemples de causes r&#233;centes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; un &#233;v&#233;nement de vie stressant, ou r&#233;activant un &#233;v&#233;nement traumatique,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; un trouble organique r&#233;cent,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; un syndrome anxio-d&#233;pressif &#171; r&#233;actionnel &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du traitement, je proposerai &#224; L&#233;onie une th&#233;rapie cognitive, je ferai avec elle une p&#233;dagogie du sommeil, peut-&#234;tre aussi de l'hypnose, je lui fournirai des &#171; coping strat&#233;gies &#187; et je lui t&#233;moignerai r&#233;assurance et soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question n&#176;2 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POUR QUOI (faire) l'insomnie se maintient-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; pourquoi &#187; en 1 mot est r&#233;trospectif, alors que le &#171; pour quoi &#187; en 2 mots est prospectif. Il oriente vers la recherche des b&#233;n&#233;fices psychologiques que L&#233;onie peut tirer de son insomnie ! Ces b&#233;n&#233;fices (ou avantages) sont le plus souvent inconscients. Ils peuvent &#234;tre primaires et secondaires. Ils sont toujours pr&#233;sents (ne fut-ce qu'au niveau des b&#233;n&#233;fices secondaires). Une insomnie qui persiste remplit toujours une fonction pour le patient, de m&#234;me que n'importe quel autre trouble psychologique ou psychophysiologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exemples de fonctions pouvant &#234;tre remplies par l'insomnie :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; l'expression d'une partie rebelle de soi : une r&#233;bellion contre la famille d'origine (dans les familles de bons dormeurs), contre la famille d'alliance (si le conjoint est bon dormeur), contre la soci&#233;t&#233; (qui prescrit le coucher et le lever t&#244;t)&#8230; L'insomnie comme &#233;tendard d'ind&#233;pendance, de libert&#233;, comme refus de la routine &#171; m&#233;tro-boulot&#8230; -dodo &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#224; l'inverse : l'expression d'une loyaut&#233; familiale (dans les familles d'insomniaques),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'expression de la partie jouissante et insouciante de la personne : un espace de loisir, un sas de d&#233;compression, le moment des pr&#233;cieuses retrouvailles avec soi-m&#234;me, un acc&#232;s &#224; la cr&#233;ativit&#233; (&#171; L'&#233;trange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde &#187; d&#233;coule par exemple des r&#234;veries d'un insomniaque qui s'appelait Stevenson),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'&#233;vitement phobique diurne : &#233;vitement social, scolaire, professionnel, affectif, sexuel&#8230; - mal dormir de mani&#232;re &#224; &#234;tre mal r&#233;veill&#233; (et ne plus pouvoir fonctionner),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'&#233;vitement phobique nocturne : &#233;viter l'angoisse de mort, les cauchemars, les reflux oesophagiens, les crampes aux jambes&#8230; - ne pas dormir pour ne pas dormir,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; une tentative de r&#233;gulation conjugale : un alibi pour faire chambre &#224; part, une protestation contre le fait de devoir dormir seul (suite &#224; une dispute, une s&#233;paration, un deuil&#8230;),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; surveiller et prot&#233;ger ceux qu'on aime (nouveau-n&#233;, enfant, conjoint, parent&#8230; ),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; surveiller et se prot&#233;ger soi-m&#234;me (&#224; c&#244;t&#233; d'un &#8211; nouveau &#8211; partenaire de lit, contre des voleurs&#8230;).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du traitement, je vais proposer &#224; L&#233;onie une th&#233;rapie de substitution. Il s'agit de trouver un substitut - moins co&#251;teux - qui remplira aussi bien la fonction remplie par l'insomnie (th&#233;rapie strat&#233;gique et provocatrice). Sans cela, L&#233;onie risque de ne pas l&#226;cher facilement la proie pour l'ombre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question n&#176;3 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COMMENT l'insomnie se maintient-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici de rechercher les cercles vicieux qui nourrissent l'insomnie de L&#233;onie. Quelle que soit son origine, l'insomnie tourne &#224; pr&#233;sent toute seule. Parfois, l'insomnie se r&#233;duit toute enti&#232;re &#224; ces cercles vicieux, on la baptise alors insomnie psychophysiologique ou encore insomnie de conditionnement. Mais dans tous les cas, d&#232;s lors que l'insomnie de L&#233;onie s'est chronicis&#233;e, elle s'auto-entretient par les efforts fournis par L&#233;onie pour essayer de mieux dormir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de cercle vicieux implique celle de causalit&#233; circulaire. En voici le &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;canisme :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; une cause transitoire (g&#233;n&#233;ralement peu signifiante) a nagu&#232;re d&#233;clench&#233; &lt;br class='autobr' /&gt; l'insomnie,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; cette insomnie a entra&#238;n&#233; des efforts pour mieux dormir (&#171; je dois&lt;br class='autobr' /&gt; dormir ! &#187;),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ces efforts nourrissent, entretiennent et amplifient l'insomnie en retour.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;	La 3&#232;me question donne naissance, &#224; ma connaissance, &#224; 5 approches &lt;br class='autobr' /&gt; diff&#233;rentes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. L'approche communicationnelle&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la th&#233;rapie br&#232;ve de Palo Alto, c'est l'injonction paradoxale &#171; sois spontan&#233; ! &#187; qui est en cause. Lorsqu'on cherche &#224; provoquer volontairement un comportement par nature spontan&#233;, on rend ce comportement impossible (il en est du sommeil comme de la faim, du rire, de l'amour, de l'excitation sexuelle, de l'orgasme, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'hypnose, c'est l'auto-suggestion n&#233;gative qui est incrimin&#233;e. En voici le mode d'action :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; le pos&#233; est : &#171; je dois faire des efforts pour dormir ! &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le pr&#233;suppos&#233; (qui reste inconscient) doit donc &#234;tre : &#171; sans ces efforts, je ne &lt;br class='autobr' /&gt; parviendrais pas &#224; dormir &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la conclusion logique est sans appel : &#171; je suis incapable de trouver le &lt;br class='autobr' /&gt; sommeil spontan&#233;ment &#187;, ce qui revient &#224; se sugg&#233;rer l'insomnie &#224; soi-m&#234;me.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du traitement, j'appliquerai &#224; L&#233;onie une technique contre- paradoxale, c'est &#224; dire une prescription d'&#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exemple :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Efforcez-vous par tous les moyens de dormir encore moins que d'habitude ! &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Lisez le bottin t&#233;l&#233;phonique jusqu'&#224; 3 heures du matin ! &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Essayez d'entendre &#224; travers le mur ce qui se passe chez les voisins ! &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&#171; Allumez la radio &#224; un niveau &#224; peine audible et forcez-vous &#224; &#233;couter et &#224; &lt;br class='autobr' /&gt; comprendre ce qui se dit ! &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le degr&#233; d'acceptation de consignes aussi bizarres est fonction de l'ad&#233;quation de l'explication qui les encadre. Cette explication doit se conformer aux particularit&#233;s de chaque individu. Si L&#233;onie a un profil &#171; rationnel/obsessionnel &#187;, une explication du type : &#171; si vous parvenez &#224; aggraver votre insomnie, vous gagnez du contr&#244;le sur celle-ci &#187; donnera sens &#224; la prescription. Si L&#233;onie est au contraire &#171; intuitive/magique &#187;, la prescription aura plus d'impact si elle s'accompagne de la confidence suivante : &#171; je ne sais absolument pas pourquoi, ni comment, mais je sais qu'en pareil cas cela a d&#233;j&#224; march&#233; &#187;&#8230; Une fois donn&#233;es, ces explications doivent rendre aux yeux de L&#233;onie le comportement prescrit aussi adapt&#233;, sinon plus, que ceux qui variaient sur le th&#232;me : &#171; je dois essayer plus fort de dormir ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. L'approche chronobiologique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vue sous cet angle, l'insomnie de L&#233;onie d&#233;coule surtout de la d&#233;sorganisation de son rythme veille/sommeil. En voici le processus :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; j'ai un manque de sommeil &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; je dois dormir plus pour compenser mon manque de sommeil, ce qui me pousse &#224; un coucher plus pr&#233;coce, un lever plus tardif, des siestes anarchiques&#8230; &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; en cons&#233;quence de quoi, une d&#233;synchronisation de l'horloge biologique &lt;br class='autobr' /&gt; survient.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du traitement, j'utiliserai avec L&#233;onie des outils que je sortirai de ma bo&#238;te &#224; outils chronoth&#233;rapeutique, &#224; savoir :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; l'horaire veille/sommeil : stabilisation de l'horaire, restriction du temps de lit et limitation des siestes,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la luminoth&#233;rapie, qui va agir sur la glande pin&#233;ale afin d'inhiber la s&#233;cr&#233;tion de m&#233;latonine au moment opportun, et proc&#233;der ainsi au recalage souhait&#233;. Il s'agira d'une lumi&#232;re bleue, provenant d'en haut (les r&#233;cepteurs se trouvant dans le bas de la r&#233;tine), d&#233;livr&#233;e par un casque ou des lunettes de lumi&#232;re,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'exercice physique, qui agira sur le m&#233;tabolisme, la temp&#233;rature&lt;br class='autobr' /&gt;
corporelle et l'horloge biologique afin de favoriser le sommeil au moment souhait&#233;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la chronodi&#233;t&#233;tique : modification des habitudes alimentaires afin de favoriser l'endormissement et une bonne qualit&#233; de sommeil,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la vitamine B12 : substance photosensibilisante permettant de maximiser l'action de la luminoth&#233;rapie,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la m&#233;latonine, qui est une hormone naturelle, v&#233;ritable horloge parlante indiquant au cerveau la p&#233;riode nocturne. Elle agit directement sur l'horloge biologique (dans l'hypothalamus) afin de favoriser le recalage souhait&#233;, l'initiation ou le maintien du sommeil (m&#233;latonine longue dur&#233;e).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3. L'approche cognitivo-comportementale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vue sous cet angle, l'insomnie de L&#233;onie est surtout conditionn&#233;e par ses comportements et ses pens&#233;es. Le m&#233;canisme est le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; je suis tellement pr&#233;occup&#233;e par mon insomnie, que tous les stimuli qui me conditionnaient autrefois au sommeil me conditionnent d&#233;sormais &#224; l'insomnie &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; par cons&#233;quent, les stimuli du sommeil conditionnent d&#233;sormais l'insomnie (&#171; je ne sais plus voir mon lit en peinture ! &#187;).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du traitement, j'appliquerai &#224; L&#233;onie des techniques comportementales (comme les r&#232;gles d'hygi&#232;ne de sommeil, la restriction du temps de lit ou le contr&#244;le du stimulus). Je lui appliquerai &#233;galement des techniques cognitives (comme le questionnaire de Morin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, je lui &#233;noncerai les 4 commandements pour vaincre l'insomnie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	L'heure sur le r&#233;veille-matin, ch&#232;re L&#233;onie, de regarder tu t'abstiendras (tu retourneras ton r&#233;veille-matin et r&#233;sisteras &#224; la tentation de le re-retourner). Il s'agit d'accepter le l&#226;cher-prise, la suspension des rep&#232;res spatio-temporels. Car dormir, c'est faire l'exp&#233;rience de l'infini et de l'&#233;ternel, c'est d&#233;river sur un oc&#233;an sans fin. Il s'agit aussi de mettre un terme aux ruminations mentales anxiog&#232;nes, les &#171; je n'ai donc dormi que &#231;a ! &#187; ou les &#171; je n'ai donc plus que &#231;a &#224; dormir ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Chaque jour &#224; la m&#234;me heure, ch&#232;re L&#233;onie, tu te l&#232;veras (7 jours sur 7) et &#224; la lumi&#232;re du jour tu t'exposeras (pendant au moins 1 heure, m&#234;me &#224; travers la fen&#234;tre, mais sans lunettes solaires). En hiver, tu pourras &#233;galement avoir recours au casque de lumi&#232;re et &#224; la m&#233;latonine. Ceci est primordial pour r&#233;gler l'horloge biologique. Dite circadienne (environ 1 jour), cette horloge doit &#234;tre constamment r&#233;gl&#233;e car elle est &#171; plus longue &#187; que l'horloge g&#233;ophysique : avec sa moyenne de 25 heures 20 minutes, elle retarde en permanence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Avant d'aller te coucher, ch&#232;re L&#233;onie, ta temp&#233;rature corporelle chuter tu feras. Pour ce faire, tu pourras pratiquer un sport entre 17 et 20 heures ou prendre un bain chaud 2 heures avant de te coucher. Le sommeil est entra&#238;n&#233; par la chute circadienne de temp&#233;rature corporelle (&#224; 17 heures : 37,2&#176;C &#8211; &#224; 5 heures : 36,2&#176;C). Tout ce qui peut accentuer cette chute est donc bienvenu. Mais des &#233;tudes r&#233;centes montrent que la hausse de temp&#233;rature aux extr&#233;mit&#233;s du corps entra&#238;ne &#233;galement le sommeil. Comme le dit avec humour un chercheur hollandais : &#171; pour s'endormir, il faut manger une glace sans la tenir et tenir un th&#233; chaud sans le boire ! &#187; En ce qui te concerne, ch&#232;re L&#233;onie, une bouillote devrait suffire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	20 minutes avant le coucher, ch&#232;re L&#233;onie, une l&#233;g&#232;re collation sucr&#233;e (et contenant du tryptophane) tu prendras. Le tryptophane est un acide amin&#233; pro-sommeil. Il est le pr&#233;curseur biochimique de la s&#233;rotonine, un neurotransmetteur fortement impliqu&#233; dans le sommeil. Et cette s&#233;rotonine est elle-m&#234;me pr&#233;curseur de la m&#233;latonine, la cl&#233; qui ouvre la porte du sommeil. On trouve du tryptophane dans le lait, le miel et les bananes. Les prot&#233;ines au souper &#233;galement tu &#233;viteras (car elles ont une action pro-&#233;veil). Ainsi que l'alcool tard en soir&#233;e (lequel est un somnif&#232;re pervers : il facilite l'endormissement et alt&#232;re ensuite fortement la qualit&#233; du sommeil). Et ainsi que la caf&#233;ine apr&#232;s 14 heures (elle accro&#238;t la vigilance en se fixant sur les r&#233;cepteurs neuronaux &#224; ad&#233;nosine, ce qui bloque l'effet hypnog&#232;ne de cette substance). La caf&#233;ine a donc une action anti-sommeil. Sa tr&#232;s longue demi-vie est d'environ huit heures. Ce qui signifie que huit heures apr&#232;s ingestion, le sang en contient encore la moiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4. L'approche relaxologique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vue sous cet angle, l'insomnie de L&#233;onie proc&#232;de surtout de l'augmentation de sa tension mentale et physique. Le fonctionnement est tout simple :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; je me pr&#233;occupe de plus en plus de mon insomnie &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; ma tension mentale et musculaire augmente en cons&#233;quence &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; mon insomnie augmente en proportion &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du traitement, je proposerai &#224; L&#233;onie de l'imagerie mentale (sophrologie, auto-hypnose, biofeedback) et/ou de la relaxation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;5. L'approche respiratoire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vue sous cet angle, l'insomnie de L&#233;onie est surtout li&#233;e &#224; une hyperventilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici le processus :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; l'anxi&#233;t&#233; me fait respirer trop fort &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'hyperventilation entra&#238;ne &#224; son tour de l'insomnie,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'insomnie entra&#238;ne plus d'hyperventilation et plus d'anxi&#233;t&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du traitement, je proposerai &#224; L&#233;onie de suivre une r&#233;&#233;ducation kin&#233; de son hyperventilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;canisme g&#233;n&#233;ral li&#233; &#224; la 3&#232;me question : seule chose &#224; faire : ne pas s'en faire&#8230; et ne rien faire !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu l'Acte 1 et l'Acte 2.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Place &#224; pr&#233;sent au Final&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec un peu de chance (il en faut toujours), nous avons fait un sort - L&#233;onie et moi - &#224; son insomnie (en tout ou en partie). Mon travail peut donc s'arr&#234;ter l&#224;. Ou bien, L&#233;onie peut se rendre compte que son insomnie lui a en quelque sorte servi d'alibi, lui permettant en fait de pousser avec plus de facilit&#233; la porte d'un psychologue. Et elle peut me proposer d&#232;s lors de troquer ma casquette de somnologue contre celle de psychoth&#233;rapeute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a, c'est une pi&#232;ce qui se joue sur une autre sc&#232;ne&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le sommeil : mythes et r&#233;alit&#233;</title>
		<link>https://rolandpec.org/Le-sommeil-mythes-et-realite.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://rolandpec.org/Le-sommeil-mythes-et-realite.html</guid>
		<dc:date>2010-04-02T07:55:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Pec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Roland Pec &lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;tude scientifique du sommeil a d&#233;but&#233; dans les ann&#233;es trente, gr&#226;ce &#224; l'invention de l'&#233;lectroenc&#233;phalogramme. Cependant, ce n'est qu'&#224; partir des ann&#233;es cinquante que la recherche a r&#233;ellement pris son essor, avec notamment la d&#233;couverte du sommeil paradoxal. Les ann&#233;es septante ont vu appara&#238;tre les laboratoires de sommeil &#224; vis&#233;e clinique (dont le r&#244;le est de diagnostiquer des troubles), ainsi que se d&#233;velopper la nosologie (la classification des troubles). Puis, des traitements vraiment (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://rolandpec.org/-Articles-Somno-.html" rel="directory"&gt;Articles Somno&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Pec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_94 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://rolandpec.org/local/cache-vignettes/L198xH299/mythes-7484d.jpg?1698763261' width='198' height='299' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude scientifique du sommeil a d&#233;but&#233; dans les ann&#233;es trente, gr&#226;ce &#224; l'invention de l'&#233;lectroenc&#233;phalogramme. Cependant, ce n'est qu'&#224; partir des ann&#233;es cinquante que la recherche a r&#233;ellement pris son essor, avec notamment la d&#233;couverte du sommeil paradoxal. Les ann&#233;es septante ont vu appara&#238;tre les laboratoires de sommeil &#224; vis&#233;e clinique (dont le r&#244;le est de diagnostiquer des troubles), ainsi que se d&#233;velopper la nosologie (la classification des troubles). Puis, des traitements vraiment efficaces ont commenc&#233; &#224; voir le jour &#224; partir des ann&#233;es quatre-vingts. Aujourd'hui, la polysomnographie (l'&#233;tude &#233;lectrophysiologique du sommeil) est devenue un examen diagnostique de routine, et la somnologie une sp&#233;cialit&#233; en voie de reconnaissance. Les m&#233;dias se sont r&#233;cemment pris de passion pour la somnologie, tant dans la presse &#233;crite, qu'&#224; la radio ou &#224; la t&#233;l&#233;vision. Ainsi, le grand public a d&#233;j&#224; eu l'occasion d'&#234;tre sensibilis&#233; &#224; des th&#232;mes tels que : l'architecture du sommeil, les troubles les plus fr&#233;quents, l'utilisation des somnif&#232;res, etc. Ce dossier fait plus sp&#233;cifiquement le point sur les fausses croyances concernant le sommeil. Combattre ces fausses croyances &#8211; ces mythes &#8211; proc&#232;de de la th&#233;rapie dite cognitive - un des fers de lance de la prise en charge non pharmacologique des troubles du sommeil. Une bonne connaissance du sommeil aide les patients &#224; mieux comprendre leurs probl&#232;mes, et leur permette ainsi de mieux g&#233;rer ces probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; QUIZ
&lt;p&gt;Testez vos connaissances en somnologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et d&#233;terminez votre &#171; coefficient somnomythique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;1.	La privation de sommeil est mortelle chez l'homme : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Un insomniaque est quelqu'un qui ne dort pas assez : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Les heures avant minuit comptent double : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Il faut dormir ses 8 heures pour &#234;tre en forme : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5	Le monde appartient &#224; celui qui se l&#232;ve t&#244;t : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Faire la sieste est un comportement pr&#233;judiciable : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	On ne r&#234;ve que lorsqu'on se souvient d'un r&#234;ve : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.	On dort pour se reposer : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.	1 personne sur 2 est insomniaque : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.	Avec l'&#226;ge on a moins besoin de sommeil : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.	Les benzodiaz&#233;pines ne provoquent pas de d&#233;pendance : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12.	Le r&#234;ve est li&#233; au sommeil paradoxal : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13.	Le sommeil paradoxal r&#233;gule l'humeur et la cognition : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14.	On a prouv&#233; que la m&#233;latonine est un produit toxique : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15.	L'horloge biologique est r&#233;gl&#233;e sur 24 heures : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16.	C'est le matin qu'on est le plus performant : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17.	L'alcool est un bon somnif&#232;re : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18.	Le dauphin ne peut dormir que d'un h&#233;misph&#232;re &#224; la fois : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19.	C'est tr&#232;s dangereux de r&#233;veiller un somnambule : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20.	Il vaut mieux mettre un nourrisson sur le ventre : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21.	1 personne sur 10 ronfle : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22.	Faire une apn&#233;e de sommeil c'est oublier de respirer : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23.	Les apn&#233;es sont surtout d&#233;rangeantes pour le conjoint : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24.	On s'habitue progressivement au bruit au cours des nuits : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25.	La temp&#233;rature de confort dans le lit est de 20 degr&#233;s : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26.	Au cours du sommeil la sexualit&#233; est au repos : VRAI ou FAUX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27.	Le sommeil paradoxal est antid&#233;presseur : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28.	L'impuissance sexuelle et le sommeil n'ont aucun lien : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29.	Un bain chaud avant le coucher entra&#238;ne le sommeil : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30.	La caf&#233;ine agit pendant 4 heures : VRAI ou FAUX ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;REPONSES AU QUIZ&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;1.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La privation de sommeil tue un rat en 1 semaine. Mais elle ne tue jamais un homme. Le record de nuits blanches est d&#233;tenu par un certain Randy Gardner qui, en 1963, &#224; San Diego, est parvenu &#224; rester 11 jours sans dormir une seule seconde. Il a tout r&#233;cup&#233;r&#233; en 2 nuits de sommeil - fort longues il est vrai - et se portait par la suite comme un charme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un insomniaque est quelqu'un qui dort mal. Son sommeil est fragment&#233; de nombreux micro-&#233;veils, son sommeil profond r&#233;parateur est d&#233;ficitaire et parasit&#233; par des ondes d'&#233;veil et la cyclicit&#233; de son sommeil est d&#233;structur&#233;e. En moyenne, la dur&#233;e de sommeil d'un insomniaque, objectiv&#233;e &#224; la polysomnographie, diff&#232;re seulement d'une demi-heure par rapport &#224; un bon dormeur. L'insomnie est donc plus une question de qualit&#233; de sommeil que de quantit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 3 premi&#232;res heures de sommeil sont les plus r&#233;paratrices, car elles contiennent le plus de sommeil profond. Ceci est vrai quelle que soit l'heure du coucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e de sommeil n&#233;cessaire pour chacun est programm&#233;e g&#233;n&#233;tiquement. M&#234;me si la moyenne est de 7 heures 30, il y a des &#171; petits dormeurs &#187; qui se contentent parfaitement de 4 heures 30 de sommeil (c'&#233;tait le cas d'Edisson) et des &#171; gros dormeurs &#187; qui ont besoin de 11 heures de sommeil pour &#234;tre en forme (c'&#233;tait le cas d'Einstein).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que certains h&#233;ritent d'yeux bleus et d'autres d'yeux marrons, certains sont des sujets du soir - des &#171; night owls &#187; et d'autres du matin - des &#171; early birds &#187;. Contrarier ce rythme endog&#232;ne est du m&#234;me ordre que de contrarier un gaucher. Dans la mesure du possible, mieux vaut &#234;tre &#224; l'&#233;coute de sa tendance, se respecter et ne pas se faire ali&#233;ner par la normalisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour la sieste. Certains sont des dormeurs &#171; monophasiques &#187; et d'autres &#171; biphasiques &#187;. Tant ceux qui condamnent la sieste que ceux qui en font l'&#233;loge agissent en v&#233;ritables dictateurs de sommeil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#234;ve toutes les nuits pendant plusieurs heures. Mais il faut se r&#233;veiller au cours d'un r&#234;ve pour s'en souvenir. Sans r&#233;veil, l'amn&#233;sie du r&#234;ve se produit en quelques minutes de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience le prouve, &#234;tre couch&#233; et b&#233;n&#233;ficier d'un massage peut &#234;tre tout aussi reposant que de dormir. En r&#233;alit&#233;, en 50 ans de recherche, on n'a pas encore compris &#224; quoi sert exactement le sommeil ! Mais sait-on &#224; quoi sert l'&#233;veil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insomnie chronique, celle qui constitue r&#233;ellement pour le sujet un probl&#232;me de vie, touche 1 personne sur 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#226;ge, le besoin de sommeil reste identique. C'est la distribution du sommeil au cours des 24 heures, et son architecture, qui se modifient. Le sommeil devient &#171; polyphasique &#187;, l'horloge biologique se d&#233;cale dans le sens de l'avance de phase et le sommeil profond tend &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des gens d&#233;veloppent une d&#233;pendance aux benzodiaz&#233;pines ; lorsqu'ils arr&#234;tent d'en prendre, ils subissent un &#171; syndrome de sevrage &#187; : ils sont en manque et ont un rebond d'insomnie, d'anxi&#233;t&#233; et de cauchemars. Pendant une p&#233;riode plus au moins longue, le sommeil est donc encore plus mauvais qu'avant le d&#233;but du traitement. 1 an de prise de benzodiaz&#233;pines = 1 mois de syndrome de sevrage ; 10 ans de prise = 1 an de syndrome de sevrage ! Voil&#224; pourquoi il faut toujours penser &#224; r&#233;duire tr&#232;s progressivement les doses lors de l'arr&#234;t d'un tel traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;veill&#233; en sommeil paradoxal, on se souvient mieux des r&#234;ves et on a plus de mots pour en faire le r&#233;cit. Cette sup&#233;riorit&#233; mn&#233;sique et verbale a fait croire pendant longtemps que l'occurrence des r&#234;ves &#233;tait r&#233;serv&#233;e &#224; ce stade de sommeil. En r&#233;alit&#233;, les r&#234;ves se produisent dans tous les stades, mais c'est en sommeil paradoxal qu'on les &#171; capture &#187; le plus facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la conclusion de nombreuses &#233;tudes. Pourtant il y a quantit&#233; de contre-exemples. Prenons le cas de ce soldat isra&#233;lien qui, en 1973, lors de la guerre de Kippour, re&#231;oit un &#233;clat de grenade dans l'endroit pr&#233;cis de l'enc&#233;phale g&#233;n&#233;rant le sommeil paradoxal. Depuis lors, ce stade de sommeil a compl&#232;tement disparu chez lui. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, cette personne vit tout &#224; fait normalement, tant sur le plan cognitif (il exerce toujours une profession intellectuelle) que sur celui de l'humeur (sa vie affective est parfaitement &#233;panouie) . Le sommeil paradoxal est vraiment paradoxal &#224; plus d'un titre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la vente de m&#233;latonine &#233;tait interdite en Belgique jusqu'en avril 2006, c'&#233;tait pour des raisons purement commerciales et non pas scientifiques. Cette &#171; hormone de l'obscurit&#233; &#187;, v&#233;ritable horloge parlante, doubl&#233;e d'une cl&#233; qui ouvre la porte du sommeil, a prouv&#233; d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 80, chez l'homme, tant son efficacit&#233; que son innocuit&#233; (dans le traitement &#224; court et moyen terme en tout cas). Personne ne conna&#238;t &#233;videmment les r&#233;percussions de la prise de cette hormone sur une longue dur&#233;e. Mais n'en va t-il pas exactement de m&#234;me pour la pilule contraceptive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horloge biologique est r&#233;gl&#233;e, en moyenne, sur 25 heures et demi. Chaque matin, on fait donc l'effort, inconscient, d'avancer l'horloge d'une heure et demi pour rendre son rythme circadien (+/- 24 heures) en phase avec le cycle du soleil. Voil&#224; pourquoi les voyages vers l'Ouest &#8211; lorsqu'on retarde l'horloge &#8211; sont plus ais&#233;s que les voyages vers l'Est &#8211; lorsqu'on avance l'horloge. Lorsqu'&#224; titre d'exp&#233;rience on isole des sujets, les privant ainsi de tout rep&#232;re temporel, le cycle endog&#232;ne s'allonge consid&#233;rablement, pour atteindre parfois un rythme &#171; circabidien &#187; (+/- 48 heures).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'apr&#232;s-midi qu'on est le plus performant. Le pic de m&#233;moire est vers 13 heures, le pic d'intelligence abstraite vers 15 heures, le pic d'intelligence concr&#232;te vers 17 heures, le pic de performance physique vers 18 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alcool entra&#238;ne plus facilement l'endormissement, mais alt&#232;re la qualit&#233; du sommeil par la suite. L'alcool &#171; vieillit &#187; litt&#233;ralement le sommeil : il le fragmente d'innombrables micro-&#233;veils et &#233;veils persomniques, le prive de sommeil profond et de sommeil paradoxal ; il le rend donc moins r&#233;parateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une possibilit&#233; qu'il lui est offerte, &#224; lui comme &#224; tous les mammif&#232;res marins du reste. On pense que c'est pour ne pas oublier de remonter &#224; la surface pour respirer pendant le sommeil. Mais le dauphin peut tr&#232;s bien &#233;galement dormir des deux h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun danger ! Dans le pire des cas, le somnambule vous en voudra de l'avoir brutalement tir&#233; de son sommeil profond. Pour son confort, il vaut donc quand m&#234;me mieux le ramener &#224; son lit sans le r&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le contraire ! Depuis de nombreuses ann&#233;es, on s'est aper&#231;u que le risque de mort subite du nourrisson est consid&#233;rablement r&#233;duit lorsqu'on couche b&#233;b&#233; sur le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ronflement touche 40 % des femmes et 60 % des hommes. On peut donc dire que 1 personne sur 2 ronfle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez l'adulte, faire une apn&#233;e consiste &#224; faire une pause respiratoire par obstruction des voies a&#233;riennes sup&#233;rieures. L'infortun&#233; sujet apn&#233;ique fait des efforts d&#233;sesp&#233;r&#233;s pour respirer mais, rien &#224; faire, l'air ne passe plus. Un &#171; bouchon &#187; s'est form&#233; dans sa gorge. On d&#233;plore chez lui un v&#233;ritable probl&#232;me de plomberie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les apn&#233;es sont mortelles, c'est une bombe &#224; retardement ! Un syndrome apn&#233;ique s&#233;v&#232;re multiplie par 23 le risque d'infarctus et d'attaque c&#233;r&#233;brale ! (le tabac, lui, n'augmente ce risque &#171; que &#187; de 8 fois). Qui plus est, la somnolence diurne excessive engendr&#233;e par un tel syndrome accro&#238;t consid&#233;rablement le risque d'accident de la route et du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On finit effectivement par ne plus entendre le bruit et &#224; trouver le sommeil sans trop de difficult&#233;s. Mais la qualit&#233; du sommeil reste alt&#233;r&#233;e par des sortes de micro-&#233;veils, r&#233;ponses sp&#233;cifiques au bruit, baptis&#233;s &#171; complexes K &#187;. En outre, au cours du sommeil, le syst&#232;me cardio-vasculaire est hyperactiv&#233; par le bruit (et il le reste &#224; l'&#233;veil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temp&#233;rature de confort (neutralit&#233; thermique)est de 32&#176;C. C'est la temp&#233;rature qu'il fait sous la couette lorsqu'il fait 19&#176;C dans la chambre &#224; coucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de chaque phase de sommeil paradoxal, autrement dit plus ou moins 20 minutes toutes les 90 minutes, l'homme comme la femme est sexuellement excit&#233;. Et ceci n'a rien &#224; voir avec les r&#234;ves &#233;rotiques. Sur une nuit, on passe donc presque 2 heures en moyenne &#224; &#234;tre pr&#234;t pour une relation sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le sommeil paradoxal est li&#233; &#224; la d&#233;pression. Plus on est priv&#233; de cette phase de sommeil moins on est d&#233;prim&#233;. Les m&#233;dicaments antid&#233;presseurs r&#233;duisent d'ailleurs consid&#233;rablement le sommeil paradoxal. Voil&#224; pourquoi on est l&#233;g&#232;rement euphorique apr&#232;s une petite nuit, voire une nuit blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 impuissant sur 4 est apn&#233;ique, et 1 homme sur 3 souffrant de mouvements p&#233;riodiques des membres au cours du sommeil est impuissant. En traitant ces pathologies de sommeil, on fait dispara&#238;tre l'impuissance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bain chaud juste avant le coucher entra&#238;ne le r&#233;veil car il provoque, sur le moment-m&#234;me, une augmentation de la temp&#233;rature corporelle. Une heure avant le coucher, par contre, un bain chaud entra&#238;ne le sommeil car, via le processus de sudation, il provoque &#224; terme une diminution de la temp&#233;rature corporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30.	FAUX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La demi-vie de la caf&#233;ine est de 8 heures. C.-&#224;-d. que 16 heures apr&#232;s son ingestion, la caf&#233;ine est toujours l&#233;g&#232;rement active. Si on est sensible &#224; la caf&#233;ine, il ne faut donc plus en prendre apr&#232;s 14 heures.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; VOTRE &#171; COEFFICIENT SOMNOMYTHIQUE &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De 24 &#224; 30 r&#233;ponses &#171; FAUX &#187; :	Coefficient somnomythique minimal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bravo ! Le sommeil n'a (presque) aucun secret pour vous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faites-en profiter les autres, et devenez &#224; votre tour un d&#233;mythifieur de &lt;br class='autobr' /&gt;
sommeil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De 16 &#224; 23 r&#233;ponses &#171; FAUX &#187; :	Coefficient somnomythique inf&#233;rieur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien ! Vous avez peu de fausses croyances par rapport au&lt;br class='autobr' /&gt;
sommeil. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, vous avez &#233;chapp&#233; aux sch&#233;mas de pens&#233;e impos&#233;s par la soci&#233;t&#233;, &#224; des fins d'autorit&#233; et de discrimination, entre &lt;br class='autobr' /&gt;
autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De 8 &#224; 15 r&#233;ponses &#171; FAUX &#187; :	Coefficient somnomythique sup&#233;rieur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas terrible ! Vous attribuez beaucoup de choses fausses au sommeil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais rien n'est perdu &#8230; Informez-vous aupr&#232;s de personnes faisant&lt;br class='autobr' /&gt;
partie de la premi&#232;re cat&#233;gorie, et vous serez remis &#224; niveau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De 0 &#224; 7 r&#233;ponses &#171; FAUX &#187; :	Coefficient somnomythique maximal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sol&#233; de vous l'apprendre : le sommeil est pour vous une v&#233;ritable mythologie ! Vous avez sacr&#233;ment bien fait de lire cet article !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
