Chronique de janvier 2013 Je dors... donc je maigris !

Le manque de sommeil favorise la prise de poids. 77% de la population semblent ignorer ce fait, ou ne pas le croire…


Plusieurs études épidémiologiques prouvent que la privation de sommeil entraîne l’obésité. Elles montrent également que, en retour, la nutrition influence le sommeil et la vigilance (d’où l’importance des règles d’hygiène alimentaire ainsi que des préceptes de la chronodiététique).

Le sommeil est un régulateur d’appétit. Il représente la plus longue période sans prise alimentaire de la journée. Pour résister à ce jeune forcé (qui sera finalement interrompu par ce que les anglophones appellent le breakfast, le repas qui - mot à mot - « casse le jeûne »), les cellules graisseuses (adipocytes) produisent une hormone appelée leptine. Cette dernière fait disparaître la sensation de faim (satiété), tout en augmentant la dépense énergétique. La leptine permet donc de ne pas prendre du poids (dans une certaine mesure, elle permet même d’en perdre). Et ce, de nuit comme de jour (l’effet de la leptine persiste au-delà du temps de sommeil). Pendant l’éveil, l’estomac secrète une autre hormone : la ghréline. Celle-ci a une action diamétralement opposée : elle stimule la faim, avec une prédilection pour les graisses et les sucres. La réduction du temps de sommeil a pour effet direct, une diminution de la durée de sécrétion de la leptine, doublée d’une augmentation de la durée de sécrétion de la ghréline. Par voie de conséquence, l’appétit augmente, naturellement, poussant l’individu à manger plus, plus gras et plus sucré !

Par ailleurs, la sérotonine est un des principaux neurotransmetteurs impliqués dans la régulation du sommeil. Et la mélatonine - dont la sérotonine est le précurseur chimique -, est l’hormone « horloge parlante », celle qui se charge de dire au cerveau : « C’est la nuit, il faut dormir ! ». Pour que la sérotonine puisse être synthétisée, la concentration en tryptophane dans l’organisme (un acide aminé que notre corps est incapable de fabriquer par lui-même) doit être plus élevée que celle des autres acides aminés. Un repas riche en sucres (glucides) et faible en protéines augmente, de façon indirecte, la concentration en tryptophane, tout en facilitant son passage dans le cerveau. Ce qui favorise, in fine, la production de sérotonine et de mélatonine. Mais manger des sucres ne suffit pas. Afin d’augmenter davantage la concentration en sérotonine (et donc en mélatonine), il est également nécessaire d’ingérer du tryptophane directement. Lequel se trouve en abondance dans le miel, le lait et les bananes.

Enfin, 58% des personnes obèses souffrent d’un syndrome obstructif d’apnées-hypopnées du sommeil (SOAHS). L’excès de graisse au niveau du cou, de la langue et de l’oropharynx entraîne un rétrécissement des voies respiratoires supérieures (lesquelles vont dès lors s’obstruer pendant le sommeil, à la faveur du relâchement musculaire). L’excès de graisse au niveau du thorax et de l’abdomen engendre, quant à lui, une diminution de la capacité musculaire à désobstruer les voies aériennes, lors de l’inspiration. Or, chaque apnée provoque un « micro-éveil » (petit éveil inconscient, de l’ordre de quelques secondes), phénomène qui induit, in fine, une fragmentation du sommeil, doublée d’une déstructuration de son architecture. Perturbations qui, sur la production de leptine et de ghréline, ont exactement les mêmes effets que la privation de sommeil ! La personne souffrant d’apnées du sommeil se retrouve donc vite prisonnière d’un cercle vicieux : plus elle grossit, plus son syndrome s’aggrave, et plus son syndrome s’aggrave, plus elle grossit… Cercle vicieux dont seule la ventilation par pression positive continue (CPAP) permet le plus souvent de sortir.

En guise de conclusion, quiconque souhaite maigrir a donc intérêt à se procurer un meilleur sommeil. Tant sur le plan de la quantité que sur celui de la qualité.


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