Chronique de février 2019 La psychologie : une science occulte ? (Un cruel défaut de signalétique, partie 1)

Lorsqu’il m’arrive de donner une conférence sur les rêves (ou de tenir un séminaire, ou encore de participer à une émission de radio où les auditeurs sont invités à prendre la parole), je suis toujours frappé par ce même constat : la grande majorité des questions qui me sont posées portent sur les rêves prémonitoires.


Et, je dois bien le reconnaitre, les réponses que je suis en mesure d’apporter sont généralement accueillies avec la plus grande consternation. Car les réponses attendues sont d’ordre parapsychologique, bien sûr, et non psychologique.

Confondre le psychologue avec le parapsychologue est symptomatique, me semble-t-il, de la profonde crise de sens que nous traversons, actuellement, en Occident (l’inflation des troubles de l’humeur, à partir, disons, du milieu des années 1970, l’est tout autant, bien entendu). En écoutant mes patients, je note l’évolution suivante : nous autres, Occidentaux, manifestons un besoin croissant de donner signification et direction (donc sens) à nos vies. Rien de bien nouveau, me direz-vous... Et pourtant, si, car ce qui nous est demandé, aujourd’hui — pour la première fois dans l’Histoire —, c’est de procéder nous-mêmes à cette délicate mission. Plongés, que nous sommes, dans une société à la fois athée, démocratique et individualiste — c’est-à-dire, privés de dieu, de roi et de père (ainsi que de pairs, d’ailleurs) —, dans laquelle l’être humain est devenu, bien malgré lui, sa propre mesure, nous avons progressivement perdu l’essentiel de nos repères. Pourtant, à partir du milieu du XIXe siècle, le scientisme — la « religion de la science » — s’était progressivement emparée d’à peu près tous les registres de la vie, se substituant au dieu déchu, à la métaphysique obsolète et aux valeurs désuètes. Mais aujourd’hui, la doctrine positiviste a fait son temps ; elle ne cesse de péricliter depuis la fin des Trente Glorieuses. La foi dans le progrès technico-scientifique a vécu… ainsi que la confiance aveugle dans un capitalisme à tout crin, avatar économico-politique du même positivisme. Aussi la question se pose, lancinante : alors que nos sextants ne trouvent plus la moindre petite étoile à se mettre sous le miroir, comment parvenir, malgré tout, à calculer longitude et latitude d’un chemin de vie, comment s’y prendre pour faire le point existentiel ?

Aux prises avec ce cruel défaut de signalétique, d’aucuns souhaiteraient voir la psychologie se transformer en science occulte : une discipline capable de détecter, puis d’interpréter, correctement, les signes semés sur notre parcours par des puissances aussi invisibles que bienveillantes, dans le but, ô combien louable, de nous guider.

C’est compréhensible. D’autant que de très grandes figures du champ — tels Jung ou, plus tard, Koestler — avaient déjà montré la voie par le passé.


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