Chronique de mai 2012 Devoir d’orgasme De la sexualité féminine

La révolution sexuelle date du début des années soixante (conventionnellement, depuis l’invention de la pilule contraceptive, en 1960, par le docteur Gregory Pincus). Quel regard porter, aujourd’hui, sur l’évolution de la sexualité féminine au cours de ces dernières décennies, apparemment de plus en plus « vénusiennes » ?


D’abord, une donnée qui n’a pas changé, et qui concerne… les hommes ! Les pères d’aujourd’hui sont toujours aussi absents que ceux d’hier ! Deux chiffres récents : une femme salariée consacre 42 minutes quotidiennes aux soins des enfants, contre 6 minutes pour le père. Les pères passent 4 fois moins de temps que les mères en tête-à-tête avec l’enfant. Le nouveau père reste donc la particularité d’une niche sociologique.

Une petite fille qui est principalement élevée par sa mère, se développe inévitablement avec un déficit œdipien. C’est-à-dire qu’elle ne se sent pas suffisamment désirée. A l’âge adulte, dans les relations amoureuses, gare dès lors aux transferts ! A travers sa relation aux hommes, la femme va le plus souvent chercher en réalité à se protéger d’un père manquant ! Aussi, et pour reprendre les paroles de la princesse de Clèves (qui résonnent depuis 1672), la femme est-elle tentée de « refuser de s’abandonner de peur d’être abandonnée »… De nombreux problèmes sexuels peuvent ainsi découler de ce souci particulier, celui de ne surtout pas tout donner à son partenaire. De peur de tout perdre. De peur de se perdre. La règle absolue : ne pas se retrouver sous l’emprise de cet homme, qui va probablement finir par en préférer une autre ! Partant, l’équation des femmes souffrant d’anorgasmie, de dyspareunie ou de vaginisme est très souvent, aujourd’hui comme hier : jouir = perdre le contrôle = être à la merci ! Heureusement, avec l’âge - et le recul pris par conséquent vis-à-vis des conflits infantiles -, nombre de ces femmes s’autorisent un jour à jouir. Il en est ainsi depuis des lustres : sur ce plan, rien de nouveau sous le soleil, donc.

Ce qui perdure également, aujourd’hui, c’est le mythe de la mère virginale. Pour l’idéal chrétien - et nous baignons toujours dans une culture chrétienne, même si la société s’est laïcisée sur le plan de la doxa et de la praxis -, une mère ayant cessé de procréer se doit de prendre congé du sexe ! De nombreuses femmes sont encore, par conséquent - dans notre société actuelle - en proie à un conflit intérieur. Comme si elles devaient choisir entre la maman et la putain (pour paraphraser le titre d’un des fleurons de la Nouvelle vague). Qui plus est, la sexualité n’est jamais aussi facile (c’est-à-dire sans difficultés), pour l’homme comme pour la femme, que lorsque le corps peut s’en aller vivre sa vie. Sans se soucier du cœur. L’amour étant alors identifié à la maman, et le sexe à la putain. C’est pour toutes ces raisons que la femme, aujourd’hui encore, ne perd très souvent ses inhibitions que lorsque vient la maturité. Passé la cinquantaine, la ménopause venue, souvent la libido se réveille (ou parfois s’éveille pour la première fois). Et la femme de s’autoriser enfin à prendre du plaisir…

Ce qui a fondamentalement changé, en revanche, c’est le fait que la pilule contraceptive a permis de différencier l’orgasme féminin de la notion de procréation. Jusqu’au XVIIe siècle, l’orgasme signifiait un accès de colère ! Au XVIIIe siècle, une « attaque d’orgasme » était une crise d’hystérie (Diderot et d’Alembert). Ce n’est que vers 1830 que l’orgasme s’est mis à désigner l’acmé du plaisir sexuel… mais de l’homme, uniquement ! Les femmes n’auront droit à l’orgasme - sémantiquement s’entend - qu’au cours du XXe siècle ! Mais ce droit à l’orgasme, oh ! combien porté par le mouvement féministe, s’est insidieusement transformé en obligation. Le devoir d’orgasme, nouveau diktat de la culture ambiante, transmis par les médias (y compris les films pornos, immédiatement accessibles sur le net), impose aujourd’hui aux femmes - et ce dès la puberté, voire même avant - une véritable tyrannie. Laquelle les éloigne de leurs désirs propres. De leur intimité profonde. Au sein de laquelle l’orgasme n’occupe absolument pas une place à ce point centrale.

Pas sûr que la révolution sexuelle ait donc tant profité que ça aux femmes d’aujourd’hui !

Et à quand une psychoéducation de l’érotisme - et non plus une « éducation sexuelle » - à l’école ?


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