Chronique d’avril 2013 Aphrodite hors la vie

Cette femme qui, lors de la copulation, s’épanouit en affaiblissant l’homme (cf. la chronique du mois de mars 2013), ne peut être que l’ennemie de ce dernier ; une pure incarnation du mal ! C’est d’ailleurs, probablement, pour cette raison que, dans toutes les mythologies, on retrouve la mort sous les traits d’une femme !


« La mort est femme », disait Simone de Beauvoir.

La lune - froide, stérile et souvent considérée comme maléfique -, est au féminin dans presque toutes les langues. Alors que le soleil, pour sa part - source de vie -, est le plus souvent au masculin. Dans le taoïsme, le Yin (l’élément féminin) est le froid, l’ombre, la pluie, le nord et l’inférieur. Alors que le Yang (l’élément masculin) est le ciel, la chaleur, l’ensoleillement, le sud et le supérieur.

Dans le même ordre d’idées, les ethnologues rapportent que, dans les sociétés traditionnelles, le vagin est le plus souvent vécu comme une force dévorante, une ventouse dentée et mortelle. Selon un mythe maori (Nouvelle-Zélande) : « Le vagin est la maison de la mort et du malheur ». Et selon le Mahabharata : « Il n’y a rien qui soit plus coupable qu’une femme. En vérité les femmes sont les racines de tous les maux ».

Un fantasme se retrouve, par ailleurs, aux quatre coins du globe : ce qui a engendré est capable de réabsorber ! Ainsi donc, alors même qu’elle est indiscutablement source de vie, la femme est, finalement, surtout perçue, dans certaines sociétés traditionnelles, comme une menace perpétuelle de mort !

En outre, la femme est associée au sang, le sang des menstrues : impur, dégoûtant, malfaisant. Du coup, la femme sera sorcière, elle portera les maléfices…

Ainsi donc, pour avoir été trop « sexuée », trop proche de la vie - d’Eros -, la femme fut rangée par l’homme (et ce depuis l’avènement du patriarcat) aux côtés de Thanatos. Pour avoir été trop « chaude lapine », elle fut assimilée à la mante religieuse (cf. Le déséquilibre Aphrodite, la précédente chronique) !

En attribuant à la mort des traits féminins, en ordonnant à la femme de devenir le signifiant du non-être, l’homme s’est, finalement, imposé en tant que référent de l’être. Voilà donc comment l’homme a utilisé la culture afin de transformer la femme en symbole de l’altérité. Une altérité malveillante. L’homme fut désormais l’un… la femme dû se contenter d’être l’autre.

Notons, incidemment, que le symbole historique de l’altérité, à savoir le Juif, procède, également, (quoique mythiquement) d’une mort : celle du Christ. On pourrait ainsi soutenir, avec un brin de provocation, que, dans les sociétés patriarcales, la femme est à l’homme ce que le Juif est au monde ! L’analogie entre femme et Juif se retrouve, du reste, chez de très nombreux auteurs. À côté du délirant Otto Weininger (« Le Juif comme la femme incarne l’immoralité, la dégénérescence, le négatif… »), se côtoient Henry Miller, David Herbert Lawrence, Ernest Hemingway, Pierre Drieu La Rochelle, etc.

Dans Mœurs et sexualité en Océanie (1935), Margaret Mead, l’immense anthropologue, écrivait que « pendant longtemps, le rôle de la femme fut de s’occuper des morts ».

De ses semblables, pourrions-nous rajouter !


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