Chronique de mai 2026 Hippocrate, et ses humeurs (Histoires d’eaux, partie 1)

Remettons brièvement un pied dans l’Antiquité afin de nous familiariser davantage avec les conceptions médicales alors en vigueur. Cet apparent recul nous permettra, en réalité, de mieux sauter, puisque nous effectuerons ensuite un grand écart entre l’Antiquité et le XVIIe siècle¹ !


Au Ve siècle av. J.-C., Hippocrate, le « père de la médecine », pose les premiers jalons de son art. Il formule la théorie dite des humeurs, qu’il reprend à d’autres disciples d’Esculape², tel Alcméon de Crotone. Le corps est constitué de quatre fluides : le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire. Chacun correspond à l’un des quatre éléments constitutifs de l’univers : l’eau, la terre, l’air et le feu. Le corps humain devient donc la réplique, en miniature (microcosme), de l’univers (macrocosme). Les maladies résultent d’une mauvaise répartition et/ou circulation de ces fluides dans l’organisme.

Concernant le sommeil, Hippocrate postule qu’il trouve son origine dans le ventre — il est d’ailleurs notable qu’aujourd’hui, avec ses 200 millions de neurones, l’intestin soit surnommé le « second cerveau » —, et qu’il résulte du flux de deux humeurs : le sang et l’atrabile (la bile noire). Ce flux influe sur les rêves : rêver en rouge (une maison en feu, par exemple) traduit un excès de sang, tandis que rêver en noir (une mer démontée, par exemple) signale un dysfonctionnement biliaire. Hippocrate confère ainsi au rêve une valeur de symptôme, utile au diagnostic des maladies. Il s’agit là d’une position résolument rationaliste, à une époque où la fonction prophétique des songes demeure la norme. Cet accent mis sur le rationnel transparait, entre autres, dans ce passage de Du régime (Chapitre IV) : « Lorsque les songes annoncent des affections corporelles, les interprètes se contentent de prescrire des prières aux dieux. Prier est sans doute chose convenable et excellente ; mais, tout en invoquant les dieux, il faut s’aider soi-même » !


¹À l’image de l’os lancé dans les airs — dans 2001, l’Odyssée de l’espace (le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, sorti en 1968) —, qui, après avoir servi à assommer le chef d’une horde préhistorique ennemie, cède soudain la place à une station spatiale en orbite autour de la Terre... ellipse stupéfiante, suggérant que l’humanité n’a accompli aucun progrès significatif entre l’invention de la première arme (il y a deux millions d’années) et le déploiement de l’astronautique (en 2001, donc) !

²Dieu de la médecine chez les Grecs.


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