Chronique de septembre 2024 Robin des Bois (En quête d’une définition, partie 2)

Le Littré, le doyen (1863), et le plus prestigieux des dictionnaires français, est plus descriptif :


« Combinaison involontaire d’images ou d’idées, souvent confuses, parfois très nettes et très suivies, qui se présentent à l’esprit pendant le sommeil ». L’inconscient, notion qui se révèle de plus en plus en cette seconde moitié du XIXe siècle, plane, manifestement, derrière chaque terme de cette définition : « combinaison involontaire », « souvent confuses », « qui se présentent à l’esprit ». Notons, par ailleurs, que le docte dictionnaire ne fournit aucune étymologie pour l’entrée « rêve », l’étymologie étant pourtant l’un de ses fers de lance. Mais il en donne une, en revanche, pour l’entrée « rêver ». Ainsi, ce mot pourrait dériver du latin vagus (ainsi que de l’anglais to rove) : vagabonder, errer, faire le bandit ! De quel vagabondage pourrait-il donc s’agir, sinon celui de la pensée ? De quelles errances, sinon celles des images, qui s’entrechoquent et s’associent de façon si inattendue ? De quel banditisme, sinon celui commis par les « processus primaires¹ » de l’appareil mental, qui créent les images et les idées du rêve (le contenu manifeste) à partir d’éléments psychiques volés, puis travestis (le contenu latent) ; qui, à l’instar de Robin des Bois, déshabillent Pierre (l’esprit inconscient) pour habiller Paul (l’esprit conscient), dans le but de produire un scénario onirique dont la remémoration puisse être tolérée par la censure interne ? Le Dictionnaire de la langue française (véritable titre du Littré) nous apprend, en outre, qu’au XVIIe siècle, la rêve (au féminin, donc) était un impôt à payer sur les marchandises partant à l’exportation. Hasard ou coïncidence, à l’orée du XXe siècle, Sigmund Freud allait commencer à théoriser la notion de « travail² du rêve » : processus mental générant le « contenu manifeste », sorte de taxe à payer² par le Moi afin que les désirs exportés par l’inconscient — le « contenu latent » — ne réveillent point le dormeur !

Pas davantage d’étymologie pour le substantif « rêve » en ce qui concerne le Dictionnaire étymologique Larousse, lequel renvoie, à son tour, au verbe « rêver ». Jusqu’au XVe siècle, « vagabonder » demeurerait bien la signification prégnante. Mais, par la suite, et ce jusqu’au XVIIe siècle, le sens évoluerait progressivement vers « délirer » (desver, en vieux français, signifie « perdre le sens »). Une montée en puissance, donc, puisqu’à force d’errer, le vagabond finit par s’égarer : il perd le contact avec la réalité ! De même, dream, en anglais, et traum, en allemand, dérivent, tous deux, du germanique ancien draugma : « image trompeuse »… les langues allemandes et anglaises mettent donc en exergue les hallucinations visuelles : l’imaginaire (la machine à fabriquer des images) qui triomphe du réel. La grille de lecture constructiviste va fortement nuancer ce dualisme imaginaire/réel. Mais n’allons pas trop vite en besogne.


¹Mécanismes de défense psychologiques « archaïques », décrits par la psychanalyse, ayant pour noms : « déplacements », « condensations », « symbolisations », « formations réactionnelles », etc.
²La racine grecque du mot « travail » — erg — se retrouve dans le mot « argent »… lequel sert à payer les taxes !


© Roland Pec | | Plan du site |

Réalisation : Mieux-Etre.org