Chronique de mai 2022 Une boussole providentielle (Le rêve biblique, partie 5)

La sociologie nous apprend que les idéologies ne sont jamais coupées du monde réel. Nous pouvons donc supposer que les thèses oniromythiques développées dans la Bible hébraïque correspondent peu ou prou aux oniromythes qui circulaient au Proche-Orient — principal berceau de notre civilisation — il y a quelque 2 500 ans.


À l’âge du fer, dans le Croissant fertile, de la Mer Rouge au Golfe Persique, les rêves étaient donc perçus comme des messages adressés par le dieu unique à ses humbles créatures… les anges se chargeant de la transmission vocale. La rencontre entre ces hérauts ailés et les destinataires endormis avait lieu de nuit, au domicile des derniers. Conseil, ordre, interdit, avertissement, prophétie… le but était d’aider le pauvre mortel à y voir plus clair, à se diriger plus surement dans un monde dont le sens profond lui échappe fondamentalement. Doté de cette boussole providentielle, l’homme était capable d’opérer ses choix en connaissance de cause… et que s’exerce, ensuite, son libre arbitre.

Sur le plan psychophysiologique, le rêve des temps bibliques était marqué tant par un état de vigilance spécifique (du sommeil peu profond, ce que corrobore la somnologie d’aujourd’hui en pointant le sommeil paradoxal) que par un état de conscience spécifique (que l’on qualifierait de nos jours de modifié). Le sommeil peu profond et l’état de conscience modifié constituaient ainsi le double sésame permettant d’ouvrir le canal unique entre l’ici-bas et les mondes intermédiaires, lieu de résidence des anges, à la lisière entre l’ici-bas et le là-haut.

Seul Moïse déroge à la règle (Exode, Pentateuque, 3/1,7). Dès sa rencontre avec le buisson ardent qui jamais ne se consume (sur le mont Horeb, dans le pays de Madian, en plein désert du Sinaï), il se met à jouir de la prérogative inouïe de pouvoir communiquer avec la transcendance — qu’elle soit divine ou angélique — tant à l’état vigile que dans un état de conscience non modifié ! Il fait donc fi et de la torpeur — qui permet, à ceux qui le méritent, de communiquer avec Dieu — et du double sésame — qui permet, toujours à ceux qui le méritent, de communiquer avec les anges.

Mais les exégètes diront qu’à partir de ce moment-là, Moïse n’était déjà plus un être humain… il s’était transformé, lui-même, en ange !


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