Chronique d’octobre 2026 Peucer et Rabelais : brumes et vapeurs (Histoires d’eaux, partie 4)

Pour Peucer, la description du processus qui conduit à la formation des rêves demeure pour le moins… brumeuse.


Des vapeurs chaudes (d’humeurs, forcément), en provenance du corps — Peucer ne se risque pas à désigner tel ou tel organe, comme le cœur ou l’estomac —, remontent continuellement vers le cerveau en empruntant la voie des vaisseaux sanguins. Durant le sommeil, alors que l’air de la nuit s’est rafraîchi, ces vapeurs se condensent et viennent arroser les racines nerveuses. Cette rosée nocturne (la « semi-humectation » de Descartes) présente la particularité d’être « brute », comme du champagne ! Elle trouble et grise le cerveau, provoquant des fantasmes qui finiront par constituer les rêves. La condensation des vapeurs de bile jaune fera naître des rêves de feu ardent ou d’envol, tandis que celle des vapeurs de bile noire engendrera des rêves de fumée noire, d’odyssées nocturnes ou de fantômes.

À la même époque, Rabelais (écrivain, mais également prêtre et médecin, donc expert de l’âme à triple titre) développe des idées sur la digestion et son impact sur les rêves… dont les prémisses sont tout aussi vaporeuses : « La modération est louée en toutes circonstances […] Vous ne mangerez à souper ni fèves, ni lièvres, ni d’autres viandes, ni poulpe, ni choux, ni d’autres mets qui puissent troubler et obscurcir vos esprits animaux. Car de même que le miroir ne peut représenter les simulacres des choses placées et exposées devant lui si son poli est terni par l’haleine ou par un temps brumeux, de même l’esprit ne reçoit pas les formes de la divination par songes si le corps est agité et troublé par les vapeurs et fumées des viandes précédemment absorbées » (Tiers Livre, 1546 [c’est moi qui souligne]). Ici, bien entendu, c’est avant tout le médecin qui parle.

Nihil novi sub sole (rien de nouveau sous le soleil). En un peu plus de vingt siècles, les théories sur le sommeil et les rêves ont peu évolué : ce furent toujours les mêmes « histoires d’eaux » !


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